Méditerranée : Monaco au chevet des hippocampes, ces mystérieux poissons dont « les populations naturelles décroissent »

PRESERVATION Engagé dans un projet de sauvegarde, l’institut océanographique de la Principauté vient d'« accompagner, dans les meilleures conditions, la naissance de jeunes hippocampes »

Fabien Binacchi

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Monaco au chevet des hippocampes, ces mystérieux poissons dont « les populations naturelles décroissent » — 20 Minutes
  • Les hippocampes en Méditerranée sont considérés par l’Union internationale pour la conservation de la nature (IUCN) comme « quasi menacés ».
  • L’institut océanographique de Monaco a décidé de lancer une étude pour « proposer des mesures de protection adaptées dans le futur ».

Et si les hippocampes venaient à disparaître en Méditerranée ? Ce scénario est crédible. Et il est pris très au sérieux du côté de Monaco. Encore assez mystérieux pour les scientifiques, ces curieux  poissons sont en effet considérés par l’Union internationale pour la conservation de la nature (IUCN) comme « quasi menacés ».

« Cela signifie que les populations naturelles décroissent », expose l’Institut océanographique de la Principauté qui a décidé de s’emparer du problème, sans doute causé par la pression de l’homme sur le milieu marin. Mais le phénomène reste difficile à quantifier tant l’observation de cette espèce, douée de camouflage, est compliquée.

Lancé dans un projet de sauvegarde, l’institut vient en tout cas d’en valider une étape importante en « accompagnant, dans les meilleures conditions, la naissance de jeunes hippocampes ».

Avec l’aide de technologies de pointe

Après neuf mois passés dans les bassins de son Centre monégasque de soins des espèces marines (CMSEM), élevés sous le regard des scientifiques, sept Hippocampus guttulatus juvéniles viennent d’être implantés dans leur milieu naturel. Ils ont été libérés entre 15 et 20 mètres de profondeur, à quelques encablures de la Principauté et en présence du prince Albert II de Monaco dont la fondation est partenaire du projet.

Le prince Albert II de Monaco a participé à la mise à l'eau des spécimens
Le prince Albert II de Monaco a participé à la mise à l'eau des spécimens - F. Binacchi / ANP / 20 Minutes

Nés d’un père (les œufs d’hippocampe sont portés par les mâles) prélevé en mer l’été dernier lors d’une campagne de plongée de 160 heures durant laquelle seuls trois individus ont été observés, ces spécimens vont être désormais suivis pendant au moins cinq ans. « L’idée est d’améliorer nos connaissances sur ces espèces, de déterminer les meilleures options pour leur protection et, enfin, d’engager des actions de conservation », explique Olivier Brunel, chef du service aquarium à l’Institut.

Les sept hippocampes mouchetés en question mais également d’autres poissons de l’espèce pourront être repérés, lors de nouvelles plongées, grâce à des technologies innovantes et non invasives développées avec le bureau d’études Biotope : la photo-identification, l’acoustique passive et l’ADN environnemental.

« Réduire l’impact de l’homme »

« On les a filmés. On les a écoutés. Et on les a même reniflés. C’est-à-dire qu’on a prélevé de l’ADN dans l’environnement, explique Robert Calcagno, le directeur général de l’Institut. En plus de leur empreinte sonore, qui permettra de confirmer leur présence, nous pourrons l’évaluer également en analysant les traces génétiques présentes dans de grands volumes d’eau. »

Un véritable travail d’enquêteurs qui permettra d’avoir « un suivi de la population d’hippocampes en principauté de Monaco », dit-il. « Soit on en observe d’autres et tout va bien, soit la population continue à décliner et on devra intervenir », pointe encore Robert Calcagno.

« Mais la reproduction assistée doit rester le dernier recours, assure l’océanologue Patrick Louisy, un spécialiste des hippocampes également associé au projet. Il vaut mieux travailler sur leur écosystème et voir comment réduire l’impact de l’homme sur ce dernier. » Un travail qui pourrait également servir à de nombreuses autres espèces.