Méditerranée : « Menacée » par les interdictions de mouillage pour préserver la posidonie, l’économie du yachtisme appelle à l’aide

ENVIRONNEMENT Les arrêtés en vigueur depuis octobre 2020 sur la Côte d'Azur, et notamment à Cannes et Antibes, sont pourtant « une absolue nécessité » selon les autorités qui craignent de voir disparaître « le poumon de la mer »

Fabien Binacchi

— 

La baie d'Antibes en août 2020 (Illustration)
La baie d'Antibes en août 2020 (Illustration) — MARIO FOURMY/SIPA
  • Dans les Alpes-Maritimes notamment, des arrêtés interdisent désormais le mouillage des yachts, de plus de 20 m ou 24 m selon les endroits, dans les herbiers de posidonie.
  • Ces textes encourageraient la fuite de ces navires vers les eaux italiennes, espagnoles, croates ou encore turques et « menaceraient » donc l’économie du yachtisme, qui fait vivre « directement 6.000 personnes sur la Côte d’Azur ».

A Cannes, Antibes et ailleurs dans les Alpes-Maritimes, même au-delà, des concerts de cornes de brume pour une même revendication. Depuis plus de trois semaines, tous les jours à 14 heures, des marins se sont fait entendre pour réclamer « la suspension » d’arrêtés interdisant le mouillage des yachts, de plus de 20 m ou 24 m selon les endroits, dans les herbiers de posidonies. Sous peine de poursuites pouvant aller jusqu’à 150.000 euros d’amende et un an d’emprisonnement.

En vigueur dans les Alpes-Maritimes depuis le mois d’octobre 2020, ces textes signés par la préfecture maritime de Méditerranée encourageraient la fuite de ces navires vers les eaux italiennes, espagnoles, croates ou encore turques. Et « menaceraient » donc l’économie du yachtisme, qui fait vivre « directement 6.000 personnes sur la Côte d’Azur », pointe Mathieu Reix, le président de SOS Navigation.

Cette association en a même appelé à Emmanuel Macron dans un courrier : « Faire appliquer un tel décret avec le contexte actuel dû au Covid-19, qui a déjà beaucoup touché ce secteur économique, est une incohérence ». Cet arrêté est pourtant « une absolue nécessité » pour prévenir les arrachages dus aux ancres, selon la préfecture maritime qui prévient : « On est en train de perdre le poumon de la mer ».

La posidonie a régressé de 30 % en cinq ans autour d’Antibes

Plante marine à fleurs endémique de la Méditerranée, la Posidonia oceanica joue un rôle écologique majeur pour la biodiversité sous-marine et la protection contre l’érosion, rappellent les autorités. « Il est interdit de la détruire depuis 1988. Et pourtant son déclin continue à s’accélérer, assure la capitaine de vaisseau Christine Ribbe, porte-parole du préfet maritime. La surface des herbiers a diminué de 10 % sur les 100 dernières années et même de 30 % en cinq ans dans certains endroits très fréquentés, comme autour d’Antibes. Il fallait donc faire quelque chose et ces arrêtés [des textes similaires ont été signés sur tout le pourtour méditerranéen] ont été pris en concertation avec les acteurs du secteur. »

Des acteurs, « des syndicats », dans lesquels « les salariés des armateurs » que l’association SOS Navigation a fédérés disent aujourd’hui ne pas se reconnaître. « On est des marins. On aime la mer. Alors évidemment qu’il faut protéger les posidonies. Mais il faut le faire intelligemment, lâche Mathieu Reix. L’écologie c’est bien, mais pas quand elle se fait au détriment de milliers d’emplois. Rien qu’à Antibes, il y a déjà 38 annulations de réservation cette année, soit 1,5 million d’euros qui partent en fumée. On dit que ça concerne des riches, OK, mais en tapant sur des riches, on tape aussi sur nous qui travaillons pour eux. »

Selon les données du CRT Côte d’Azur, 40 % de la flotte mondiale des yachts croise au large de la région Sud. Pour une manne non négligeable. Les retombées économiques annuelles, directes et indirectes, de la filière représenteraient 3 milliards d’euros. « Ce serait un crève-cœur de voir tout ça s’écrouler », poursuit Mathieu Reix.

Un rendez-vous avec le préfet maritime vendredi

Depuis quelques jours, les marins ont cessé leurs concerts et repris un peu espoir. « Nous avons obtenu un rendez-vous ce vendredi avec le préfet maritime, annonce le président de l’association SOS Navigation à 20 Minutes. On sait bien que les arrêtés ne seront pas annulés mais il faut reprendre une concertation pour les aménager. Une des premières pistes serait de réduire l’interdiction aux unités supérieures à 30 ou 35 m. Au moins un moment. Le temps de trouver des solutions. »

« LA solution », selon lui, serait l’installation de « corps morts » au large de la Côte d’Azur. Des blocs de béton immergés à des endroits bien précis, exempt de posidonie, sur lesquels les yachts pourraient venir se fixer. « Il n’y a que Bonifacio, en Corse, qui en aura installé cet été. Ailleurs, ça traîne », dit-il. Des études sont bien en cours du côté de Saint-Tropez, pour un projet d’installation en 2022. Dans l’ouest des Alpes-Maritimes, les collectivités planchent également sur un projet. Mais qui ne se concrétisera de toute façon pas avant plusieurs années.