Pollutions aux hydrocarbures en Corse : La nappe d'hydrocarbures peut-elle atteindre les côtes provençales ?

MER En 2018, trois semaines après une collision au large du Cap Corse entre deux navires, des boulettes d’hydrocarbures avaient échoué sur les côtes du Var et les calanques de Marseille.

Alexandre Vella

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Opération de lutte anti-pollution au large de la Corse.
Opération de lutte anti-pollution au large de la Corse. — Marine Nationale
  • Une nappe d'hydrocarbures a été repérée vendredi midi au large de la Corse.
  • Vraisemblablement isue d'une dégazage sauvage, elle s'est rapprochée samedi des côtes corses avant de s'en éloigner à la faveur des conditions climatiques.
  • Les autorités ont déployé d'importants moyens pour tenter de récupérer ces hydrocarbures et contenir cette pollution.

La course contre la montre est enclenchée alors que se morcelle la nappe d'hydrocarbures désormais située au sud-est de la Corse. Mobilisant d’importants moyens, les autorités sont d’ores et déjà parvenues à récupérer trois à quatre tonnes de cette pollution marine, originellement répartie en deux nappes d’une longueur d’environ 35 kilomètres. Une partie, en revanche, continuera à dériver au gré des vents et des courants, mais dans quelle direction ? Des résidus peuvent-ils parvenir jusqu’à Marseille, comme cela s’était produit en 2018, après une collision entre deux navires au large du cap Corse ?

« D’un point de vue strictement théorique, note Isabelle Taupier-Letage, chercheuse à l’institut méditerranéen d’océanologie (MIO) et spécialiste de la circulation marine et atmosphérique de la Méditerranée, l’eau située le long de la côte est de la Corse remonte vers le Nord. Elle rejoint le golfe de Gênes, puis les côtes provençales et forme le courant Nord, qui passe devant Marseille », explique-t-elle. « Enfin, c’est en moyenne, car sinon ce serait trop facile, ajoute-t-elle, il y a des tourbillons qui peuvent retarder ou dévier cette trajectoire moyenne ».

Une hypothèse bien improbable

Entre moyenne théorique et réalité pratique de telles prévisions semblent en réalité bien hasardeuses, d’autant plus que les hydrocarbures ne se comportent pas comme le reste de la masse d’eau.

Une « nappe d’hydrocarbures, qui est en surface, dérivera plus avec le vent qu’avec les courants », ajoute l’océanologue, connue notamment pour avoir dirigé en 2011 une expédition sur le voilier scientifique Tara. « Le système de prévision de l’évolution des nappes d’hydrocarbures est constitué de deux parties : d’une part une partie dynamique qui simule la dérive de la nappe et d’autre part une partie physique qui prend en compte les modifications des caractéristiques de la nappe dans le milieu marin », précise dans une publication scientifique Pierre Daniel, de Météo-France, organisme qui assiste les autorités en cas de pollution marine par hydrocarbures avec des modélisations.

Du point de vue des conditions météorologiques, dans les deux semaines « un épisode de Sirocco, poussant la nappe vers le nord est prévu, suivi de Mistral, un vent qui pousse au Sud-Est », détaille Andrea Doglioli, physicien océanographe au MIO. « Je ne veux pas me hasarder à faire des prévisions, mais cela me semble très peu probable que ces hydrocarbures touchent à terme les côtes provençales », conclut-il.