Sun Trip, le « Vendée Globe terrestre » qui veut montrer que le vélo solaire tient la route

MOBILITE Bruxelles, Riga, Constanta, Porto… et Lyon. Le Sun Trip s’élance ce mercredi dans un tour d’Europe. Pour cette course à vélo à itinéraire libre et sans assistance, on avance à la force des mollets. Ou grâce au soleil, seule autre énergie autorisée. Et ça va vite !

Fabrice Pouliquen

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Des participants du Sun Trip 2020, l'été dernier, qui, dans un contexte Covid-19, s'est traduit par un grand tour de France du vélo solaire. Lancer le diaporama
Des participants du Sun Trip 2020, l'été dernier, qui, dans un contexte Covid-19, s'est traduit par un grand tour de France du vélo solaire. — Agence Zeppelin / Sun Trip
  • Une course à itinéraire libre et sans assistance. Pour le Sun Trip, le Savoyard Florian Bailly a pris la recette du Vendée Globe, la plus dure des courses à la voile, pour la transposer aux vélos solaires, les seuls admis au départ.
  • Autrement dit, des vélos électriques dont les batteries ne peuvent être chargées pendant la course que par l’énergie du soleil. Aux participants, donc, de faire parler leur créativité pour embarquer sur leur vélo 2,5 m² de panneaux photovoltaïques maximum.
  • Au Sun Trip, vous verrez des vélos étonnants, mais qui tiennent la route. Après un Lyon- Guangzhou en 2018, une nouvelle édition démarre ce mercredi avec un grand tour d’Europe à boucler en 100 jours. Les premiers mettront bien moins de temps.

Des vélos, une compétition sportive, une grande boucle et un départ en juin… Ce sont à peu près les seuls points qu’ont en commun le Tour de France, qui s’élancera le 26 juin de Brest, et le Sun Trip , qui partira de Bruxelles ce mercredi. Pour tout le reste, Florian Bailly, fondateur de la course, se réfère bien plus au Vendée Globe, l’épreuve reine de la course à la voile.

Visez plutôt. La trentaine de concurrents s’élancera dans un périple autour de l’Europe. La règle est simple : ils doivent rejoindre Lyon en moins de 100 jours, avec l’obligation de passer par cinq points d’étapes. Riga (Lettonie), Constanta (Roumanie), le col du Passo Stelvio (Italie), le mont Veleta (Espagne), Porto (Portugal). Le tout donne une expédition de 10.000 km. Un ordre de grandeur, car sur le Sun Trip, comme au Vendée Globe, « les participants sont totalement libres de tracer leur route », indique Florian Bailly.

Des vélos électriques… qui carburent à l’énergie solaire

L'épreuve se fait aussi sans assistance. Un détail qui compte, car on ne risque pas seulement un pneu crevé sur le Sun Trip. On ne l’a pas encore dit, mais seuls les vélos solaires peuvent y prendre part. En clair : des vélos électriques dont les batteries se rechargent avec l’énergie du soleil. Et uniquement celle-ci durant le Sun Trip, une autre règle de la course.

« La surface des cellules photovoltaïques visibles, lorsque l’engin est en mouvement, doit être comprise entre 0,75 m² minimum et 2,50 m² maximum », stipule le règlement. A chacun ensuite de faire parler sa créativité. Florian Bailly décrit deux grandes familles. « Il y a ceux qui optent pour des vélos "classiques", auxquels ils fixent des panneaux solaires sur l’avant et l’arrière, ou sur une remorque ; et ceux qui font le pari du vélo couché, à trois roues, surmonté d’une toiture solaire », détaille-t-il. En précisant que la deuxième solution est la tendance qui monte sur les dernières éditions.

A moins qu’Arnaud Négrier ne bouscule tout cela ? Pour sa première participation au Sun Trip, lui qui n’avait jamais entendu parler de la course dix-huit mois plus tôt, le Lyonnais de 42 ans, ingénieur en mécatronique, s’alignera sur la ligne du départ avec l’inclassable « Sunny Rocket », qu’il a bricolé dans son salon. Pas de remorque, pas de toiture solaire… En revanche, son vélo couché est intégré dans une carrosserie en kevlar qui lui donne un côté Formule 1 à pédales. « L’intérêt est d’être le plus aérodynamique possible, raconte-t-il. Même les roues avant sont pleines, comme celles utilisées en contre-la-montre au Tour de France, pour éviter les prises au vent. » L’autre intérêt de la carrosserie est de pouvoir y intégrer les panneaux solaires. « J’en ai devant, derrière, mais aussi deux sur les côtés », reprend Arnaud Négrier.

Pour sa première participation à Sun Trip, le Lyonnais Arnaud Negrier partira avec un vélo solaire qui ne ressemble à aucun autre.
Pour sa première participation à Sun Trip, le Lyonnais Arnaud Negrier partira avec un vélo solaire qui ne ressemble à aucun autre. - DR

Un Lyon-Guangzhou en 44 jours

Pas facile d’imaginer ces drôles d’engins parvenir au bout du Sun Trip et de ses 10.000 km de routes… parfois un peu cabossées. Mais le vélo solaire a déjà fait ses preuves sur ce genre de périple. Florian Bailly avait bouclé, en solitaire et sans assistance, un Savoie-Shanghaï-Tokyo en quatre mois en 2010 avec un vélo électrique tirant une remorque couverte de panneaux solaires.

Ce premier voyage était le point de départ de The Sun Trip, dont l’épreuve qui débute ce mercredi est déjà la quatrième édition internationale. Avant cela, il y a eu Lyon-Astana (Kazakhstan) en 2013, Milan-Turquie-Milan en 2015 et, surtout, Lyon- Guangzhou (Chine) en 2018. Soit 12.000 km le long des nouvelles routes de la Soie, que « le vainqueur a bouclés en 44 jours, à un rythme de 290 km par jour et sans rouler la nuit, ce que le règlement du Sun Trip interdit, rappelle avec fierté Florian Bailly. On est vraiment dans la roue des exploits du Solar Impulse. »

Covid oblige

Le Savoyard serait bien reparti sur un Lyon-Guangzhou cette année encore. Mais le Covid-19 a obligé à revoir le tracé. D’où ce tour d’Europe, qui ne s’annonce pas facile pour autant. « Il y aura des montagnes – le Mont Veleta, point de passage obligé, est à 3.398 m d’altitude –, il faudra aussi gérer la chaleur, des routes qui ne sont pas toujours en bon état en Europe de l’Est, éviter les erreurs de navigation », glisse Florian Bailly. Il prévoit que les premiers en finissent au bout de 30 à 35 jours.

Arnaud Négrier espère être de ceux-là, lui qui s’est beaucoup entraîné pour cette épreuve. « Je pense pouvoir parcourir au moins 300 km par jour à une vitesse de croisière de 40 km/h », planifie-t-il. Suffisant pour gagner ? Pas sûr, car la concurrence sera rude. Bernard Cauquil, prof en IUT génie mécanique à Pau et vainqueur du Milan-Turquie-Milan en 2015, sera aussi de la partie avec son vélo couché surmonté d’une ombrière solaire. « Je vise les trois premières places », glisse-t-il dans un sourire.

Bernard Cauqil avec son vélo couché solaire, grand gagnant de l'édition 2015 du Sun Trip, vise les trois premières places cette année et profitera de la course pour tester le vélo solaire sans chaine.
Bernard Cauqil avec son vélo couché solaire, grand gagnant de l'édition 2015 du Sun Trip, vise les trois premières places cette année et profitera de la course pour tester le vélo solaire sans chaine. - DR

« Montrer qu’on peut parcourir le monde avec zéro émission »

Mais le Sun Trip ne se résume pas à une compétition sportive. « C’est d’abord une aventure humaine à laquelle prennent part des jeunes, des moins jeunes [le doyen aura 73 ans cette année], des personnes porteuses de handicap, chacun à son rythme », insiste Florian Bailly. Ni Bernard Cauquil, ni Arnaud Négrier n’oublient cette dimension, et insistent aussi sur la formidable promotion des énergies renouvelables qu’est le Sun Trip. « C’est ma principale motivation, assure même le Palois. Prouver qu’on peut parcourir le monde sans aucune émission de gaz à effet de serre et en utilisant seulement l’énergie qui nous tombe du ciel. »

« Pour les usages du quotidien, typiquement les liaisons domicile-travail, le vélo solaire n’apportera pas grand-chose de plus au vélo électrique "classique", complète Arnaud Négrier. Mais pour les voyages, quand on n’a pas la garantie d’avoir toujours des prises électriques sur son parcours, c’est le vélo parfait. » Et avec le slow tourisme, en vogue aujourd’hui, le vélo solaire a une belle carte à jouer.

Le Sun Trip, une vitrine pour le vélo solaire, mais aussi un laboratoire d’idées

Le Sun Trip ne vise pas seulement à montrer qu’on peut voyager en longue distance et sans assistance en vélo solaire. La course permet aussi à certains participants de tester grandeur nature des innovations et améliorer ainsi les vélos solaires. « Il y a déjà eu beaucoup d’évolutions depuis la première édition, glisse Florian Bailly. Notamment sur la finesse des panneaux solaires, et donc leur légèreté, ce qui n’est pas rien quand on parcourt de longues distances. On commence également à voir des participants équipés de systèmes d’orientation GPS des panneaux solaires, qui permettent d’optimiser leur exposition au soleil en toutes circonstances, et donc d’optimiser leurs rendements. »

Pour le Sun Tour Europe qui s’élance ce mercredi, Bernard Cauquil veut pousser plus loin encore l’innovation en testant le vélo solaire sans chaîne dont il a eu l’idée pendant la course Lyon-Guangzhou. « En clair, je ne pédalerai pas pour avancer mais pour faire tourner une génératrice à pédale qui me permettra de produire de l’électricité, explique-t-il. Celle-ci complétera celle déjà fournie par mes panneaux solaires. » L’intérêt de ce vélo hybride ? « Limiter les potentielles casses, une génératrice électrique étant moins fragile qu’une chaîne », glisse Bernard Cauquil. Surtout, avec le vélo solaire, il n’y a plus de différence entre les routes de plaine et de montagne. « C’est un peu comme si vous avanciez sur un ergocycle [le vélo de la salle de sport] », reprend le Palois, qui pourra toujours augmenter la difficulté de pédalage lorsqu’il sera en montagne.