« Marineland est un zoo comme un autre, avec les mêmes obligations et les mêmes devoirs », selon son directeur Pascal Picot

INTERVIEW Le parc marin d’Antibes rouvre ses portes au public sans ses ours blancs vendredi après près de sept mois de fermeture et alors que les militants anticaptivité maintiennent la pression

Propos recueillis par Fabien Binacchi
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Les quatre autres orques de Marineland
Les quatre autres orques de Marineland — F. Binacchi / ANP / 20 Minutes
  • Fermé depuis près de sept mois suite aux restrictions décidées en France pour lutter contre la pandémie, Marineland rouvre ses portes ce vendredi.
  • A la veille de ce week-end de relance et de manifestation anticaptivité, Pascal Picot, le directeur général de Marineland, a répondu en exclusivité aux questions de 20 Minutes.

Fermé depuis plus de six mois suite aux restrictions décidées en France pour freiner l’épidémie de Covid-19, Marineland s’apprête à accueillir à nouveau du public dès ce vendredi, selon un protocole sanitaire strict. Mais sans ses ours blancs. Flocke et ses triplés ont rejoint le Yorkshire Wildlife Park en Grande-Bretagne, fait savoir le parc ce jeudi, « pour leur permettre de jouer leur rôle d’ambassadeurs de l’Arctique dans d’autres zoos ». Leur ancien enclos servira prochainement à d’autres espèces, et notamment aux manchots de Humboldt.

Cette réouverture intervient alors qu’une proposition de loi votée par l’Assemblée nationale en début d’année pourrait signer la fin prochaine de la captivité des cétacés et que des associations maintiennent la pression. L’ONG One Voice a d’ailleurs prévu un nouveau rassemblement dimanche devant Marineland pour réclamer « la fermeture des delphinariums ».

A la veille de ce week-end de relance et, donc, de manifestation, Pascal Picot, le directeur général du parc, a répondu en exclusivité aux questions de 20 Minutes.

Le directeur général du parc marin d'Antibes, Pascal Picot

Comment se sont organisées les choses sur place pendant cette nouvelle fermeture ?

Le parc a continué à fonctionner complètement normalement à part, logiquement, pour la partie publique. Il a fallu s’occuper des animaux, de la maintenance technique, des espaces verts et de toutes les installations en général. Entre 70 et 80 personnes sont restées à temps plein. Et puis l’autre partie, soit également près de 80 personnes, qui est composée du personnel d’accueil, de la restauration, de comptabilité, des boutiques, était en chômage partiel évidemment.

Quelles sont les conséquences économiques de ce nouveau confinement ?

La plus grosse difficulté, ça a été de fonctionner plus de 230 jours avec zéro euro de chiffres d’affaires. C’était ça le principal challenge de l’hiver. Comment assurer les salaires de tous les employés avec aucune entrée d’argent. On a eu quelques aides minimes de l’Etat, mais nous avons surtout obtenu des prêts de nos partenaires bancaires.

Avez-vous dû faire appel à Parques reunidos, le groupe espagnol propriétaire du parc ?

Nous n’en avons pas eu besoin. On s’est débrouillé avec nos partenaires bancaires sans souci.

Vos quatre ours blancs ont été transférés dans un autre parc en Grande-Bretagne. Y a-t-il eu des naissances parmi vos animaux ou malheureusement des décès pendant cette période ?

Un bébé otarie est né lundi. On va le baptiser en hommage à un employé qui nous a quittés de façon tragique récemment [il a été appelé Picasso].

Quel sera le protocole en vigueur pour cette réouverture ?

On repart sur la même chose que l’an dernier et en fonction des réglementations en vigueur. Avec le port du masque obligatoire, la présence de gel hydroalcoolique et un sens de circulations dans les bâtiments fermés. Jusqu’au 30 juin, on ne peut accueillir que 65 % de la capacité maximum du parc, soit 14.000 visiteurs en simultané. Mais en rouvrant mi-juin, ce sera de toute façon assez calme. Le parc devrait commencer à vraiment se remplir à partir du 5 ou du 6 juillet, quand il n’y aura plus de limitation.

Pour la première fois, lors de l’annonce votre réouverture, vous avez évoqué le « zoo de Marineland », alors que votre communication tourne d’habitude autour du mot « parc ». Pourquoi ce changement ?

En fait, nous avons toujours été un zoo. On fonctionne comme un zoo. On a un agrément zoo, un arrêté préfectoral zoo, un arrêté d’ouverture zoo. On est aussi membre de l’association française des parcs zoologiques. On communiquait essentiellement sur le terme « parc marin » mais on a effectivement décidé de rappeler à tout le monde qu’on est un zoo comme un autre, avec les mêmes obligations et les mêmes devoirs et qu’on est soumis aux mêmes règles.

Est-ce une manière aussi de vous préparer à devenir un zoo peut-être plus traditionnel, sans certains animaux et notamment des cétacés ?

Non pas du tout. Les zoos présentent différents mammifères. Certains, des mammifères terrestres, alors que nous, on présente des mammifères marins. Mais on est un zoo comme un autre.

Une proposition de loi votée par l’Assemblée nationale en début d’année prévoit que la détention et la reproduction des cétacés en captivité soient interdites, tout comme leur participation à des spectacles. On peut imaginer que vous suivez ça de près.

Ce projet de loi n’a pas encore été du tout étudié par le Sénat. Et ce n’est qu’un projet qui pose souci pour le bien-être des animaux. Cette proposition de loi dit qu’on a plus le droit d’avoir des animaux mais ne dit pas ce qu’il faut en faire s’il y a un jour une éventuelle interdiction de les héberger en France. C’est incroyable. Elle n’explique pas non plus comment on doit leur administrer une contraception. Donc avant qu’une loi aussi imprécise passe, je crois qu’il va se passer un petit peu de temps. En attendant, on a à cœur d’accueillir le plus grand nombre de visiteurs et de sensibiliser le plus grand nombre d’enfants à la protection de la biodiversité marine.

Dernièrement, l’ONG One Voice a mis en doute la qualité de l’eau de vos bassins, où des algues sont apparues. Qu’avez-vous à lui répondre ?

Il faut simplement regarder des vidéos de l’année dernière ou de l’année d’avant : les algues vont et viennent. C’est un élément naturel alors, par moments il y en a plus, par moments il y en a moins et par moments il n’y en a pas. J’invite One Voice à relire ses cours de CM2 sur la photosynthèse. La qualité de l’eau de nos bassins et la filtration sont gérées par Veolia, le numéro 1 en France. L’utilisation de produits de traitement est gérée informatiquement en fonction de la température de l’air, de l’eau, du taux d’humidité, si c’est ensoleillé, s’il y a des nuages. Des capteurs sont là pour tout contrôler. Si les experts de One Voice arrivent à être meilleurs que ceux de Veolia sans même prélever de l’eau dans les bassins, sans l’analyser, mais juste en faisant voler un drone de manière illégale au-dessus de nos bassins, alors je n’ai plus rien à dire.