Tourisme : Sentiers abîmés, lacs bondés… Comment les zones naturelles vont gérer l’afflux de visiteurs post-Covid cet été

REGULATION La faune et la flore sont parfois perturbées par le passage de nombreux touristes

Nicolas Raffin

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Des randonneurs dans le parc régional des Volcans d'Auvergne.
Des randonneurs dans le parc régional des Volcans d'Auvergne. — JAUBERT
  • De plus en plus de Français prévoient des vacances hors des littoraux, souvent noirs de monde.
  • Les espaces naturels font donc face à une fréquentation en hausse, ce qui pose parfois problème.
  • Les autorités locales réagissent et s’organisent pour cet été.

Cet été, de nombreux vacanciers ne prendront pas le chemin de la plage, mais plutôt celui de la campagne ou de la montagne. Selon un sondage Ipsos-Alliance France Tourisme réalisé début mai, 76 % des Français interrogés expliquent vouloir « éviter les lieux très fréquentés » pendant leurs congés. Ils sont également 29 % à prévoir des vacances « à l’intérieur des terres » plutôt que sur le littoral. C’est quasiment dix points de plus qu’il y a un an.

Certains territoires auparavant moins fréquentés l’été pourraient donc avoir à gérer un afflux considérable de nouveaux touristes. Les acteurs économiques locaux (hôtels, restaurants…) s’en réjouissent, évidemment. Mais ce bouleversement n’est pas sans conséquence pour les espaces naturels, devenus très prisés par des Français désireux de prendre l’air après avoir été enfermés pendant des mois.

Le Lac d'Allos, dans le Mercantour.
Le Lac d'Allos, dans le Mercantour. - Régine Descamps

Des marmottes absentes

Illustration au lac d’Allos, au cœur du Parc national du Mercantour, dans les Alpes. Un site très apprécié… Voire trop. « L’été dernier, le site a connu une affluence record parce que les gens avaient envie de nature, rappelle Emmanuel Gastaud, responsable de la fréquentation du parc. Sur certaines journées, on avait 1.500 personnes qui venaient au lac, avec des infrastructures (parkings) complètement saturées. Il y a eu des abus en termes de nuisances sonores et de bivouac : lors d’une soirée, plus de 80 tentes étaient installées sur les berges ».

Des comportements qui influent directement sur la faune et la flore locales. « L’érosion des sols autour du lac et sur son tracé est très avancée (…), les marmottes ne se nourrissent plus dans les pâturages, les chevrées de chamois (femelles et petits) ne reviennent pas sur site avant que l’affluence ne baisse », note le rapport 2021 édité par le Parc.

Une garde monitrice du Parce du Mercantour.
Une garde monitrice du Parce du Mercantour. - ERIC DESSONS

Le Mercantour, qui anticipe un nouvel afflux cet été, a donc pris des mesures pour limiter les désagréments. L’accès au parking le plus proche du lac d’Allos sera ainsi fermé à partir de 17h les vendredis et samedis, pour limiter l’affluence. Les touristes auront également la possibilité de réserver une place pour se garer en amont de leur visite, et un partenariat avec Waze permettra de les prévenir sur leur smartphone en cas de saturation. « Le but est d’arriver, à terme, à une fréquentation maximale de 750 visiteurs par jour sur le site afin de le préserver » indique Emmanuel Gastaud. Soit moitié moins que le pic de l’été dernier.

« Les chiens en liberté, ils n’arrivent pas tous par le TGV »

Au Pays basque (Pyrénées-Atlantiques), c’est la cohabitation entre différents usagers de la montagne qui pose question. « En montagne, il n’y a pas que des promeneurs, il y a aussi des gens qui travaillent et qui fabriquent des produits de qualité » rappelle Jean-Baptiste Laborde, élu local et conseiller délégué à la montagne à l’agglomération Pays basque.

Certains bergers se sont ainsi plaints de nombreux chiens sans laisse qui effrayaient les brebis et perturbaient leur travail. Et ce n’est pas forcément la faute des touristes venus de loin : « Les chiens en liberté, ils n’arrivent pas tous par le TGV », plaisante Jean-Baptiste Laborde.

Des randonneurs sur le mont Mondarrain, dans le Pays basque, en mai 2020.
Des randonneurs sur le mont Mondarrain, dans le Pays basque, en mai 2020. - GAIZKA IROZ

« Expliquer les conséquences des comportements »

« Certains visiteurs ont une méconnaissance de la montagne et de ses codes, confirme Emmanuel Gastaud. Quand on va dans un musée, on parle doucement. Dans un parc national, ça doit être pareil ». « Un parc naturel, ce n’est pas un jardin public », abonde Aurélien Bazin, directeur général des services du Parc des volcans d’Auvergne. 

Cet été, il a prévu de déployer des « gardes-nature » supplémentaires. « Ils auront avant tout une mission d’explication. Leur but ne sera pas de dire aux promeneurs « c’est interdit », mais d’expliquer les conséquences de tel ou tel comportement, poursuit Aurélien Bazin. Par exemple, les gens peuvent vouloir faire des selfies avec les brebis en leur courant après. Sauf que cela stresse énormément les animaux ».

L’autre enjeu, pour les espaces naturels, c’est de convaincre les touristes de ne pas se focaliser sur les endroits les plus fréquentés. Dans le Mercantour, « nous réfléchissons à travailler avec des influenceurs, confie Emmanuel Gastaud. Au lieu de montrer le lac d’Allos complètement désert, ce qui ne correspond pas à la réalité l’été, ils pourraient prendre des clichés au moment où il y a du monde et les partager sur les réseaux. » « Nous allons proposer aux touristes de visiter des sites moins connus que le Puy de Dôme ou le Puy de Sancy, mais tout aussi intéressants et magnifiques », indique pour sa part Aurélien Bazin. Pour permettre à tout le monde de respirer et de profiter de ses vacances en pleine nature.