Electricité : Bretagne ? PACA ? Grand Est ?… Quelles sont les régions françaises les plus vertes ?

CLASSEMENT A dix jours du premier tour des élections régionales, Greenpeace publie ce jeudi son premier classement des régions françaises en fonction de leurs efforts de sobriété énergétique et de conversion vers une électricité 100 % renouvelable. « 20 Minutes » a mis le nez dedans

Fabrice Pouliquen

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Une centrale photovoltaïque sur l'ancienne base aérienne de Marville-Montmedy à Marville dans la Meuse (Grand-Est).
Une centrale photovoltaïque sur l'ancienne base aérienne de Marville-Montmedy à Marville dans la Meuse (Grand-Est). — JEAN-CHRISTOPHE VERHAEGEN / AFP
  • C’est la première fois que Greenpeace s’attelle à un classement des régions métropolitaines en fonction de leur sobriété énergétique et de dynamique de développement des énergies renouvelables.
  • Après avoir défini une trajectoire nationale, faisant le pari d’une France 100 % renouvelable sur sa production d’électricité en 2050, Greenpeace a décliné celle-ci région par région, en la comparant avec les efforts qui avaient été réellement entrepris dans les territoires depuis 2013.
  • Sobriété énergétique, éolien en mer, terrestre, énergie solaire. Les régions ont été notées sur quatre critères. Aucune n’est totalement sur la bonne trajectoire, note Greenpeace, qui donne tout de même des bons points au Grand Est et des mauvais à la Bretagne et à Auvergne Rhône-Alpes.

Auvergne Rhône-Alpes ? Un immense gâchis. Bourgogne-Franche-Comté ? De chouettes ambitions, un rythme d’escargot. La Bretagne ? Un géant qui s’ignore… Greenpeace publie ce jeudi son classement des régions métropolitaines dans leur transition vers la sobriété énergétique et une électricité 100 % renouvelable.

Un exercice inédit pour l’ONG, dont la publication tombe à dix jours du premier tour des élections régionales. « Elle n’est pas à voir comme le bilan de l’équipe sortante, mais plus comme un point d’étape de ce qu’ont entrepris les régions depuis 2013 et les ambitions qu’elles se sont fixées », prévient Nicolas Nace, chargé de campagne Transition énergétique à Greenpeace. Avec l’espoir, tout de même, que ce classement nourrisse le débat électoral, « pour l’instant de très faible qualité sur cet enjeu et pollué par les postures politiciennes et le peu de visions », regrette-t-il. Puis qu’il inspire les futurs responsables régionaux.

Une transition qui se joue d’abord en région ?

L’enjeu est de taille en tout cas, alors que cette décennie 2030 est jugée cruciale pour bien lancer la transition vers la neutralité carbone en 2050. Si sa planification et son financement se font au niveau national, c’est bien dans les régions qu’elle se concrétise. « Elles financent des installations, accompagnent des projets citoyens, mobilisent des fonds européens… », rappelle Nicolas Nace.

Pour évaluer leurs actions, Greenpeace a d’abord établi une trajectoire nationale de référence, baptisée SobRE, en s’appuyant sur différents scénarios prospectifs* déjà existants. Elle va plus loin que ce sur quoi la France s’est aujourd’hui engagée/que l’engagement pris par la France. Notamment sur la question du nucléaire. « L’Etat a seulement acté qu’en 2035, la part du nucléaire dans le mix électrique serait ramené à 50 %, rappelle Nicolas Nace. Au-delà, le gouvernement se laisse le choix de construire de nouveaux réacteurs ou d’aller vers un mix 100 % renouvelable. »

Une trajectoire 100 % renouvelable en 2050 comme point de départ

SobRE ne tergiverse pas et fait le pari d’une France 100 % renouvelable en 2050. « Ambitieux mais réaliste », estime Nicolas Nace. Dans le détail, elle anticipe une très légère baisse de la consommation totale d’électricité en France, de 456 térawatt/heure (TWh) en 2019 à 447 en 2050. Ceci grâce à d’importants efforts de sobriété énergétique et malgré une électrification d’une partie significative des usages qui dépendent aujourd’hui des énergies fossiles. L’essor de la voiture électrique typiquement. En parallèle, SobRE prévoit que cette consommation électrique française soit assurée presque exclusivement par les seules filières hydroélectriques, photovoltaïques et éoliennes (terrestre et en mer).

Il restait ensuite à décliner cette trajectoire nationale en région. « Ce que nous avons fait en prenant en compte le potentiel de chacune, précise le chargé de campagne à Greenpeace. C’est-à-dire leur gisement de vent, leur taux d’ensoleillement, leur démographie, leur superficie. » L’ONG s’est alors retrouvée avec 13 trajectoires qu’elle a comparées à ce qui a concrètement été entrepris dans les territoires entre 2013 et 2019.

/ Infographie Greenpeace
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La sobriété énergétique encore trop négligée dans les régions ?

Premier critère noté : la sobriété énergétique. Un pilier de la transition énergétique que Greenpeace juge globalement négligé par les régions. L’ONG a regardé l’évolution de la consommation électrique dans chacune d’elles. Six l’ont vu augmenter entre 2013 et 2019, note le rapport. Elles récoltent alors un 0/10. A l’inverse, Greenpeace récompense d’un 10/10 les Hauts-de-France et l’Ile-de-France, et d’un 9,6/10 le Grand Est. Elles sont « sur une trajectoire ambitieuse de baisse de la consommation d’électricité », justifie le rapport.

Il manque toutefois les raisons précises des baisses de consommation constatées dans ces trois régions. Est-elle le résultat de politiques ambitieuses de sobriété énergétique, ou plutôt à des facteurs socio-économiques, comme la désindustrialisation par exemple. Greenpeace concède le besoin d’une analyse approfondie.

Certaines régions trop en avance sur l’éolien terrestre ?

Greenpeace s’est ensuite penché sur les dynamiques en matière de développement des EnR. Sur l’éolien terrestre, Greenpeace distingue quatre régions qui ont connu un essor intense ces dernières années. La Bourgogne-Franche-Comté, l’Occitanie, le Grand Est et les Hauts-de-France. Presque trop même, en particulier pour les deux dernières. « Elles ont un rythme de développement trois à quatre fois plus grand que celui que nous préconisons pour ces deux territoires dans SobRE », indique Nicolas Nace. Greenpeace leur demande alors de rééquilibrer leurs efforts sur les autres renouvelables.

Dans les mauvais élèves maintenant, il y a la Corse et PACA, qui ont vu leur production d’éolien terrestre stagner voire baisser depuis 2013. Le reste forme un grand ventre mou, avec des notes allant de 2,5 à 5 sur 10.

L’éolien en mer et le solaire encore trop peu développé

Greenpeace s’est aussi penché sur l’éolien en mer, bien qu’aucun parc ne soit aujourd’hui connecté au réseau électrique français depuis nos littoraux. Sept tout de même devraient voir le jour entre 2022 et 2027, et d’autres sont dans les cartons. Au regard de leur répartition, les Hauts-de-France, la Normandie et les Pays-de-la-Loire pourraient attendre les objectifs de la trajectoire SobRE de Greenpeace. Il est peu probable que ce soit le cas, en revanche, pour les autres régions côtières que sont la Bretagne, la Nouvelle Aquitaine, l’Occitanie et PACA, poursuit l’étude.

Enfin, les treize régions ont été notées sur la place qu’elles faisaient au photovoltaïque. Comme l’éolien en mer, « la filière est encore très sous-développée en France et les régions très en retard sur leurs objectifs », commence Nicole Nace. Le chargé de campagne à Greenpeace ne voit qu’une tête qui sort un peu de l’eau : la Nouvelle-Aquitaine, qui décroche un 6,5/10. Et encore. Sil la dynamique est encourageante, elle reste insuffisante. Mais c’est mieux que l’ensemble des douze autres régions, jugées largement en retard. A l’exception de la Bourgogne-Franche-Comté et d’Auvergne-Rhône-Alpes, toutes doivent quasiment décupler leur rythme annuel de développement pour atteindre les objectifs 2030 de la trajectoire SobRE.

Le Grand Est bon élève, la Bretagne et Auvergne Rhône-Alpes à la traîne

Greenpeace ne dresse pas de classement général compilant les notes sur les quatre critères pris en compte. « S’il fallait ressortir une région, ça serait tout de même Grand Est, qui a bien réduit sa consommation, bien développé l’éolien terrestre – même si donc un peu trop vite à notre goût –, commencé à mettre le paquet sur le photovoltaïque », estime Nicolas Nace. Le chargé de campagne pointe aussi deux régions « très en retard sur leur transition électrique, ce qui est d’autant plus inquiétant dans la mesure où elles ont un potentiel très fort de développement des énergies renouvelables. C’est la Bretagne et l’Auvergne Rhône-Alpes ».