Australie : Des diables de Tasmanie sont nés en pleine nature, 3.000 ans après leur disparition

ANIMAUX Le diable de Tasmanie est en danger d’extinction à cause d’une grave forme de cancer contagieux

20 Minutes avec agences

— 

Un diable de Tasmanie, photographié en 2012 au zoo de Sydney, en Australie.
Un diable de Tasmanie, photographié en 2012 au zoo de Sydney, en Australie. — Rob Griffith/AP/SIPA

C’est le retour des diables de Tasmanie en Australie. Ces marsupiaux disparus il y a 3.000 ans du pays sont nés en pleine nature sur l’immense île-continent dans le cadre d’un ambitieux programme de protection de l’espèce, ont annoncé lundi des associations. Une coalition d’organisations de protection de l’environnement a révélé que sept de ces mammifères carnivores étaient nés dans un sanctuaire de 400 hectares à Barrington Tops, à trois heures et demie au nord de Sydney (Sud-Est).

Une espèce menacée par une grave forme de cancer contagieux

C’est dans cet espace grillagé, pour les protéger de diverses menaces, comme les maladies ou la circulation automobile, que 26 diables adultes avaient été réintroduits il y a près d’un an, lors d’une opération alors présentée comme « historique ». Ce programme de conservation ex situ vise à créer une population préservée, le diable étant menacé sur l’île de Tasmanie par une grave forme de cancer contagieux.

« Une fois que les diables étaient libérés dans la nature, c’était à eux de jouer, et c’était nerveusement éprouvant, a confié le président d’une des organisations, Aussie Ark, Tim Faulkner. Il a fallu observer de loin jusqu’à ce que l’on puisse y entrer et avoir confirmation de la naissance des premiers petits nés dans la nature. Quel moment ! »

Des spécialistes ont pu inspecter les poches des femelles et constaté que les petits étaient « en parfaite santé ». D’autres examens auront lieu dans les semaines à venir.

Décimés par les dingos il y a 3.000 ans en Australie

Le diable de Tasmanie, aussi appelé « Sarcophilus harrisii », n’est pas dangereux pour l’homme ou le bétail mais se défend s’il est attaqué, pouvant provoquer de graves blessures. Ce marsupial nocturne à la fourrure noire ou brune, qui dégage une forte odeur quand il stresse, est frappé depuis 1996 par une maladie, la tumeur faciale transmissible du diable de Tasmanie (DFTD), fatale à presque 100 % et qui a décimé 85 % de sa population. L’espèce est désormais en danger d’extinction.

Ce cancer contagieux – le cancer ne l’est normalement pas, sauf chez certaines espèces animales – se transmet via les morsures que s’infligent entre eux les diables, très agressifs et dotés de mâchoires puissantes, quand ils s’accouplent ou se battent.

Les animaux meurent notamment de faim lorsque la tumeur atteint leur bouche, les empêchant de manger. On estime à 25.000 les diables vivant encore dans la nature, contre 150.000 avant l’apparition de cette maladie. En Australie continentale en revanche, ils ont vraisemblablement disparu il y a 3.000 ans, a priori décimés par les dingos.

« C’est de bon augure »

Pour Don Church, président de l’association Re : wild, ces naissances sont « l’un des signes les plus tangibles » de la réussite du projet de réintroduction. « C’est de bon augure, non seulement pour cette espèce en danger, mais aussi pour les autres espèces que nous pouvons sauver avec des programmes de ré-ensauvagement de l’Australie », a-t-il dit.

Aussie Ark compte introduire davantage de diables dans le sanctuaire, de même que des dasyrus, des wallabies et des bandicoots. Avant peut-être d’introduire ces diables dans des zones non clôturées pour les soumettre à la concurrence de davantage d’espèces.

Ce projet rappelle celui, emblématique, de la réintroduction du loup dans le parc américain de Yellowstone dans les années 1990, qui a, selon des experts, eu une cascade d’effets positifs : régénération des buissons en bord de rivières, stabilisation des cours d’eau, retour des oiseaux et castors…