Provence : Des ruches trouvent place dans des parcs solaires pour relancer l’apiculture locale

INITIATIVE L’association Apicluster installe des ruches en entreprises et mène des projets plus locaux, comme au parc solaire de La Verdière dans le Var

Caroline Delabroy

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Apicluster, association basée à  Aix-en-Provence, installe des ruches en entreprise
Apicluster, association basée à  Aix-en-Provence, installe des ruches en entreprise — Engie Green
  • L’association Apicluster installe des ruches en entreprise, avec l’objectif de sensibiliser à la sauvegarde des colonies d’abeilles.
  • Avec Engie Green, qui a mis à disposition plusieurs de ses parcs solaires dans la région, elle aide de jeunes apiculteurs à s’installer.
  • Le parc solaire offre un environnement sécurisé aux ruches, souvent victimes de vols.

Un jour, on lui a offert une ruche vide, et l’histoire a commencé. « Ma première miellée, je l’ai faite dans ma cuisine », sourit Franck Quenault qui a depuis créé l’association Apicluster, basée à Aix-en-Provence. L’objectif : installer des ruches en entreprise. Il y a certes le volet biodiversité qui anime ce passionné de développement durable, mais une chose l’intéresse davantage encore : le travail sur la filière apiculture.

« Je me suis rendu compte que c’est une filière peu développée, peu soutenue en dehors des gros producteurs, explique-t-il. D’un côté, il y a les agriculteurs professionnels qui ont 400 ruches et ont la mainmise sur les champs de lavande, avec des ruches qui restent parfois sur des camions. De l’autre, il y a le papy qui a 20 ruches et va vendre son miel sur le marché pour en tirer un complément de revenu, sans que l’on connaisse les conditions d’hygiène dans lequel il est extrait. »

Pas question de « greenwashing »

Un peu comme une Amap, l’idée est de mettre en place un modèle économique en proposant des abeilles et des ruches issues de producteurs locaux avec strict cahier des charges. Le produit de la ruche revient ensuite à l’entreprise. Mais pas question pour Franck Quenault de cautionner du simple « greenwashing » : « Il faut que cela soit actif, que j’ai accès aux salariés, que l’on puisse parler du vivant, des abeilles, des bonnes questions à poser en achetant du miel en grande surface, sur un marché. Je veux pouvoir porter la bonne parole et aider les apiculteurs. »

Il a ainsi refusé la proposition d’un géant de la grande distribution, qui lui proposait pourtant les toits de tous ses magasins en région, mais sans aucune autre action derrière.

Des ruchers dans le parc solaire de La Verdière, dans le Haut-Var
Des ruchers dans le parc solaire de La Verdière, dans le Haut-Var - Engie Green

Des ruches protégées du vol dans les parcs solaires

Avec Engie Green, un véritable projet au long cours s’est mis en place. France Nature Environnement a joué les entremetteurs entre Apicluster et le producteur d’énergies renouvelables, qui compte dans la région Paca une cinquantaine de parcs solaires. A La Verdière, près du parc naturel régional du Verdon, une trentaine de ruches cohabitent depuis 2019 avec les moutons qui paissent tranquillement sous les panneaux solaires. « On est là pour 40 ans pour produire de l’électricité, mais il y a un espace que l’on veut valoriser en développant des projets locaux », explique Romain Verron, responsable développement chez Engie Green.

Ainsi, c’est une agricultrice de la commune, qui fait déjà de l’huile d’olive et du safran, qu’Apicluster a aidé à s’installer aussi comme apicultrice en amenant les premiers essaims, qu’elle duplique et vend à présent. Les abeilles profitent elles de la floraison des collines alentour, en thym et romarin. De même, c’est un berger local qui a installé là ses moutons il y a huit ans. « Un parc solaire, cela ne fait pas de bruit, il y a des retombées positives sur la reproduction du troupeau », assure Romain Verron.

D’autres projets prévus dans d’autres parcs de la région

Autre avantage pour les abeilles : le site, 11 hectares au total, est clos et surveillé de par son caractère industriel, un point d’importance quand l’on sait que le vol des ruches est un véritable fléau dans l’apiculture. 

Au parc solaire de Charleval, dans les Bouches-du-Rhône, des ruches ont aussi été installées en 2020. Là, c’est pour produire du miel. « Il y a deux ou trois nouveaux projets qui vont naître dans l’année, dans d’autres parcs de la région », annonce Romain Verron, qui précise que « l’idée est de rester dans une dimension humaine et locale ». Autrement dit, pas question d’installer 500 ruches sur un site. « Il faut plutôt multiplier les lieux que la quantité sur un espace donné, explique Franck Quenault. Oui j’ai des abeilles mais il existe d’autres insectes sur place. » A commencer par les abeilles sauvages.