Hérault : Pourquoi stérilise-t-on les œufs de goélands sur le littoral ?

ANIMAUX Cette espèce protégée peut occasionner d’importantes nuisances pour les riverains

Nicolas Bonzom
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Des goélands (illustration)
Des goélands (illustration) — SUPERSTOCK/SUPERSTOCK/SIPA
  • Pour les riverains du littoral, les goélands peuvent être une source de nuisances.
  • Pour tenter de s’en prémunir, les collectivités peuvent mener, sur dérogation des services de l’Etat, des opérations de stérilisation des œufs de goélands.
  • Cette opération fait croire aux parents que les œufs vont éclore, et permet qu’ils continuent à les couver. Si on ne les détruit pas directement, c’est parce que cela entraînerait aussitôt une nouvelle ponte, et générerait de nouvelles nuisances.

C’est beau, un goéland. Quand on est un touriste, de passage sur le littoral. Mais pour les riverains, ces volatiles peuvent être une véritable source de nuisances. Les cris qu’ils poussent lors des parades amoureuses, leurs déjections, leur fâcheuse tendance à chiper tout ce qui leur tombe sous le bec (du linge, des câbles…) et, aussi, leur côté un peu cracra exaspèrent ceux qui habitent au bord de la mer.

« Au fil des ans, les populations de gabians [le nom occitan du goéland] deviennent trop nombreuses, confient à 20 Minutes les services de la commune de Frontignan La Peyrade. Cette surpopulation entraîne inévitablement des problématiques de propreté, d’hygiène et de sécurité sanitaire pour les habitants. » Les goélands sont « assez forts » pour « sortir les sacs-poubelles des corbeilles et à les éventrer », déplore le maire de Palavas-les-Flots, Christian Jeanjean (LR). « Et cela éparpille des saletés partout. Des compacteurs sont en train d’être installés pour éviter ce genre d’inconvénients. »

Sur dérogation de l’Etat

Dans l'Hérault, pour tenter de réguler (un peu) cette envahissante population, de nombreuses collectivités du littoral font appel à des entreprises spécialisées, qui mènent dans les nids, des campagnes de stérilisation des œufs de goélands. L’espèce étant protégée, elles ne peuvent être menées que sur dérogation des services de la préfecture. C’est le cas dans le Pays de l’Or. Mais aussi à Mèze, à Sète et au Cap d’Agde. Mais aussi à Frontignan La Peyrade, où l’opération a débuté le 15 avril.

Les œufs sont ainsi enduits d’huile végétale, en général deux fois, à une dizaine de jours d’intervalle. Cela permet « qu’il n’y ait plus d’échanges gazeux entre l’œuf et l’extérieur, ce qui empêche le développement », car il n’y a pas l’oxygène nécessaire, explique Camille Fraissard, chargée de mission à la Ligue de protection des oiseaux (LPO), qui contrôle de près ces stérilisations. Il n’y a pas encore, lors de cette opération, de bébé goéland dans l’œuf : elle est effectuée « au stade embryonnaire ».

Une opération de stérilisation des oeufs de goélands
Une opération de stérilisation des oeufs de goélands - Ville de Frontignan La Peyrade

Une opération loin d’être anodine

Cette stérilisation fait ainsi croire aux parents que les œufs vont éclore, et permet qu’ils continuent à les couver. Si on ne les détruit pas directement, c’est parce que cela entraînerait aussitôt une nouvelle ponte. « Cela permet de stabiliser les goélands dans un lieu, et d’éviter qu’ils se déplacent, qu’ils fassent une ponte de remplacement à quelques mètres de là, souvent sur le même bâtiment ou à proximité, qui occasionnerait de nouvelles nuisances pour les riverains », reprend Camille Fraissard.

Mais la stérilisation des œufs des goélands ne doit être menée qu’en dernier recours. Les collectivités doivent, d’abord, empêcher que les goélands puissent accéder facilement aux ordures, en adoptant une gestion saine des déchets, et éviter qu’ils puissent trouver des refuges douillets sur les bâtiments. Car cette stérilisation des œufs de goélands est loin d’être anodine : cela reste un « compromis » à trouver, entre la protection de cette espèce et la réduction des nuisances qu’elle occasionne.