Mercantour : Pourquoi dix-neuf bouquetins du parc de la Vanoise ont été obligés de déménager près de la Côte d’Azur

ANIMAUX Victime de la chasse, l’espèce Capra ibex avait déjà disparu du massif mais c’est une autre menace qui pèse désormais sur elle

Fabien Binacchi
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Neuf mâles et dix femelles ont changé de lieu de vie pour renforcer les populations locales
Neuf mâles et dix femelles ont changé de lieu de vie pour renforcer les populations locales — O. Gouix
  • Une opération menée il y a deux semaines a permis le transfert de dix-neuf bouquetins entre le parc de la Vanoise où « la diversité génétique est la plus élevée » et celui du Mercantour qui affiche, pour cette espèce, « la plus faible variabilité génétique de l’ensemble des Alpes ».
  • Le parc du Mercantour espère ainsi offrir à ses bouquetins « une meilleure adaptation face aux aléas sur le long terme, comme l’évolution du climat ou les maladies émergentes ».

L’opération s’est achevée il y a quelques jours. Au beau milieu du printemps. Dix-neuf bouquetins capturés dans le parc national de la Vanoise (Savoie) ont été réimplantés à plus de 150 km de là, dans celui du Mercantour (Alpes-Maritimes). Un voyage à travers les Alpes pour apporter, en urgence, « de la diversité génétique » indispensable aux populations présentes près de la Côte d’Azur. Et éviter que l’histoire se répète.

Victime de la chasse, l’espèce Capra ibex avait déjà totalement disparu du massif de l’Argentera-Mercantour. Réintroduits avec « trop peu d’individus » au début du XXe siècle, les bouquetins du coin présenteraient aujourd’hui « la plus faible variabilité génétique de l’ensemble des Alpes », selon des études. Et le parc est catégorique : cette situation entraîne « une grande fragilité pour l’espèce ».

« Capturer des femelles déjà pleines »

Pour y remédier « et permettre une meilleure adaptation face aux aléas sur le long terme, comme l’évolution du climat ou les maladies émergentes », les spécialistes du parc sont allés chercher les groupes de bouquetins qui avaient au contraire « la diversité génétique la plus élevée ». Grâce à un programme européen transfrontalier, les candidats à corne du parc de la Vanoise ont été identifiés. Et certains d’entre eux ont été prélevés.

Les opérations de capture ont notamment mobilisé les équipes des deux parcs nationaux
Les opérations de capture ont notamment mobilisé les équipes des deux parcs nationaux - C. Gotti / PNV

« Le printemps était la période la plus favorable pour réaliser cette opération, explique Emmanuel Gastaud du Service sensibilisation et valorisation du territoire au parc national du Mercantour. Les animaux descendent dans les vallées pour y trouver de l’herbe et c’est un moment où ils se reproduisent. On espérait ainsi capturer des femelles déjà pleines pour faire d’une pierre deux coups ».

« Certains sont déjà partis dans les vallées voisines »

Il faudra encore patienter pour savoir si parmi les dix femelles récupérées par télé-anesthésie, filet tombant ou cage piège, certaines donneront bientôt naissance. Et également si les neuf autres mâles déménagés s’acclimatent rapidement à leur nouvel habitat et à leurs congénères. Tous ont été équipés d’une balise GPS pour assurer un suivi de leur implantation depuis la vallée de la Vésubie où ils ont été relâchés le 1er mai.

Bonne nouvelle : « Certains sont déjà partis dans les vallées voisines et même en Italie, explique encore Emmanuel Gastaud. Ce sont des animaux qui cherchent rapidement à rejoindre des groupes ».