Bretagne : Une campagne contre les algues vertes lancée pour contrer « la pression des lobbys »

ENVIRONNEMENT L'association Eau et rivières de Bretagne a lancé une grande pétition afin d'ouvrir le débat avant les élections régionales

Camille Allain

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Partout, dans la baie de Saint-Brieuc, des affiches alertent du danger de l'hydrogène sulfuré dégagé par les algues vertes en putréfaction. Ici en 2019.
Partout, dans la baie de Saint-Brieuc, des affiches alertent du danger de l'hydrogène sulfuré dégagé par les algues vertes en putréfaction. Ici en 2019. — M. Pavard / 20 Minutes
  • En Bretagne, le sujet des algues vertes aura une place importante dans le débat des élections régionales prévues les 20 et 27 juin.
  • L’association Eau et rivières de Bretagne lance une grande campagne et une pétition pour demander « la fin des marées vertes ».
  • Les échouages sont particulièrement concentrés sur la baie de Saint-Brieuc cette année. L’agriculture est pointée du doigt.

La pression s’intensifie autour du fléau des algues vertes. En Bretagne, plusieurs associations avaient demandé la publication du rapport de la Cour des comptes avant le scrutin régional prévu les 20 et 27 juin. Ce mercredi, c’est au tour de l’association Eau et rivières de Bretagne de lancer une grande campagne « pour mettre fin aux marées vertes » assortie d'une pétition. « En se dégradant, les algues vertes dégagent un gaz mortel, l’hydrogène sulfuré. Des humains et des animaux en sont morts. La biodiversité s’appauvrit sur les estrans, les touristes fuient les plages touchées : la nature, l’économie et l’image de la Bretagne en pâtissent », justifie l’association.

Plusieurs personnalités ont déjà signé le texte comme le musicien Alan Stivell ou l’ancien entraîneur de Lorient, Rennes et Nantes Christian Gourcuff ainsi que de nombreuses associations comme Greenpeace ou France Nature Environnement. L’association espère que la question soit centrale dans le débat des élections régionales. Le président sortant, le socialiste Loïg Chesnais-Girard, et son ancien vice-président Thierry Burlot, candidat LREM, seront très attendus sur leur bilan. Tout comme l’Etat, à qui le rapporteur public réclame des «mesures plus contraignantes» notamment auprès des agriculteurs.

L’agriculture pointée du doigt

Les premières conclusions de la Cour des comptes confirment ce que tout le monde sait déjà. La prolifération des algues vertes est due aux excédents de nitrates dans les cours d’eau, en raison de l’épandage de lisier et de l’utilisation de produits phytosanitaires dans les champs. Acheminés par les rivières, ces nitrates saturent certaines baies. Cette année, 90 % des échouages sont concentrés dans la seule baie de Saint-Brieuc. Peu profonde et rarement brassée, l’anse a été la plus touchée par le phénomène ces dernières années.

L’association Eau et Rivières de Bretagne estime que les algues vertes sont toujours là « malgré les promesses » et « les plans de lutte qui se succèdent ». Ses représentants n’hésitent à critiquer « la pression des lobbys » visant les prises de position de la FNSEA ou encore les grands groupes agroalimentaires bretons qui pèsent lourd dans l’économie régionale. L’association souhaiterait que l’objectif de « produire moins mais mieux », notamment en favorisant la diminution du cheptel breton et en conditionnant les aides publiques aux exploitations les plus vertueuses.

Un sujet au cœur des régionales

Lors de son entrée en campagne, le président sortant, successeur de Jean-Yves Le Drian, a joué la carte du rassemblement. « La Bretagne ne doit pas tourner le dos à ce qu’elle est. Il faut réconcilier la production et l’écologie. Je veux et les usines et l’écologie », avait lancé Loïg Chesnais-Girard. La liste écologiste emmenée par Claire Desmares-Poirrier s’était montrée plus radicale en évoquant «un modèle agricole à genoux». La question n’a pas fini de faire débat.