« Agent orange » toxique : Une Franco-Vietnamienne « déterminée » à poursuivre la bataille judiciaire contre les multinationales

PROCES Elle accuse 14 firmes d’avoir vendu l’herbicide ultra-toxique à l’armée américaine pendant la guerre du Vietnam

20 Minutes avec AFP
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La Franco-Vietnamienne Tran To Nga a réaffirmé qu'elle poursuivrait son combat judiciaire contre 14 multinationales de l'agrochimie qu’elle accuse d’avoir vendu de l'agent orange pendant la guerre du Vietnam.
La Franco-Vietnamienne Tran To Nga a réaffirmé qu'elle poursuivrait son combat judiciaire contre 14 multinationales de l'agrochimie qu’elle accuse d’avoir vendu de l'agent orange pendant la guerre du Vietnam. — Thibault Camus/AP/SIPA

Elle ne lâchera rien. A peine sa demande déboutée par le tribunal d’Evry (Essonne), la Franco-Vietnamienne Tran To Nga a réaffirmé mardi qu’elle poursuivrait son combat judiciaire comme victime de « l’agent orange ». La septuagénaire avait assigné en justice 14 multinationales de l’agrochimie – dont le géant Bayer-Monsanto- pour avoir produit cet herbicide ultra-toxique et l’avoir fourni à l’armée américaine pendant la guerre du Vietnam (1955-1975).

Alors que le tribunal d’Evry a déclaré lundi irrecevables ses demandes, Tran To Nga a répété lors d’une visioconférence de presse qu’elle ferait appel de la décision. Mais plusieurs années de procédure seront nécessaires avant qu’une nouvelle audience de plaidoiries se tienne devant la Cour d’appel de Paris, a prévenu un de ses conseils, Me Amélie Lefebvre.

« Je suis déçue, je suis même en colère »

« De toute façon, on a gagné parce que pendant six années (de procédure), j’ai réussi à faire ressurgir ce passé », a déclaré Tran To Nga. « Je suis déçue, je suis même en colère, mais je ne suis pas triste parce que je m’attendais quand même un peu à ça » (…), a-t-elle ajouté.

Née en 1942 dans l’Indochine française, elle s’était engagée dans le mouvement indépendantiste du nord du Vietnam et avait aussi couvert la guerre comme journaliste, au moment où l’armée américaine épandait « l’agent orange » sur les forêts et les champs pour empêcher la progression de la guérilla communiste. « L’agent orange » aux effets durables a été déversé par dizaines de millions de litres par l’armée américaine entre 1962 et 1971.

Une « immunité de juridiction »

Le tribunal a considéré que les sociétés avaient « agi sur ordre et pour le compte de l’Etat américain » et qu’elles pouvaient de ce fait se prévaloir de « l’immunité de juridiction ». Un principe du droit international qui établit qu’aucun Etat souverain ne peut assujettir un autre Etat souverain à sa juridiction. Une personne de droit privée – en l’occurrence une multinationale assignée – peut en bénéficier « lorsqu’elle intervient dans l’accomplissement d’un acte sur ordre ou pour le compte de cet Etat, constitutif d’un acte de souveraineté ».

Cette immunité « ne peut être le prétexte d’une impunité », a dénoncé mardi Me Lefebvre. Tran To Nga dit souffrir de pathologies « caractéristiques » d’une exposition à cet herbicide. Atteinte d’un diabète de type 2 avec une allergie à l’insuline « rarissime », elle a aussi contracté deux tuberculoses, a eu un cancer et une de ses filles est décédée d’une malformation cardiaque.