« Rétrofit » : A Montreuil, Noil redonne vie aux vieux scooters en les passant à l’électrique

TRANSPORTS Le « rétrofit » consiste à remplacer le moteur thermique d’un véhicule par un moteur électrique. La start-up Noil, fondée par trois amis d’enfance, veut décliner ce concept aux deux-roues et vient d’obtenir l’homologation pour le faire sur le Solex. Juste un début

Fabrice Pouliquen

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A Montreuil, Noil redonne vie au solex en les électrifiant — 20 Minutes
  • En avril 2020, la publication d’un arrêté ministériel donnait une existence officielle au « rétrofit » en France, en précisant son cadre réglementaire.
  • Depuis, une vingtaine d’entreprises se sont lancées sur cette niche et ont déposé des demandes d’homologation de kit d’électrification. Et Noil, qui veut se spécialiser dans le « rétrofit » des deux-roues, est la première à toucher au but.
  • Fondée par trois amis d’enfance et installée à Montreuil, l’entreprise a obtenu l’homologation de son kit d’électrification pour le Solex, et le Peugeot 103 devrait suivre. Mais Noil ne vise pas que le marché des deux-roues vintages. Loin de là.

Et si le Solex faisait son grand retour dans les rues de Paris ? Engin providence pour des générations d’étudiants de l’après-guerre, le cyclomoteur n’est plus produit depuis 1988, du moins dans sa version thermique. « Et depuis 2016 et les mesures mises en place par Anne Hidalgo pour lutter contre la pollution, il n’est désormais plus possible de rouler avec dans la capitale* », rappelle Victor Breban, cofondateur de l’entreprise Noil. Ce qui vaut aujourd’hui pour Paris pourrait l’être aussi, à l’avenir, dans les 35 agglomérations qui seront dotées de Zones à faibles émissions (ZFE) d’ici à 2025.

Il reste alors au Solex à prendre le train de l’électrique. La marque existe d’ailleurs toujours et s’est spécialisée dans les vélos à assistance électrique (VAE), dont le design s’inspire des modèles originaux. A l’image du Solex Intemporel, copie conforme du premier Solex sorti en 1946.

Le « rétrofit » en avance sur les deux-roues

Mais bon, acheter un deux-roues flambant neuf n’offre pas de seconde vie aux milliers qui dorment dans les garages. Une autre solution est le « rétrofit ». Le procédé, qui s’applique autant aux deux-roues qu’aux voitures, camions, bateaux…, consiste à extraire le moteur thermique d’un véhicule, et toute la panoplie qui va avec, pour le remplacer par une motorisation électrique. Une autre façon, donc, d’aller vers la mobilité décarbonée, mais qui part de zéro en France. La faute à un cadre réglementaire longtemps inadapté. Un décret paru le 3 avril 2020 l’a précisé et devait permettre à la filière de véritablement décoller en France.

On y est ? Pas si simple. Une vingtaine d’entreprises se sont lancées sur cette niche et ont déposé des demandes d’homologation de kit d’éléctrification. Mais les procédures sont longues, notamment en raison des batteries de test de sécurité à passer. Mi-avril, dans une interview à 20 Minutes, Arnaud Pigoudines, coprésident de l’Association de filière du rétrofit électrique en France (AIRe), n’annonçait pas avant l’automne prochain les premiers véhicules « rétrofités » sur nos routes.

C’était sans compter Noil, lancée en mai 2019 par trois amis d’enfance*, passionnés de motos et désireux de décliner le « rétrofit » aux deux-roues. « Les procédures vont un peu plus vite sur ces véhicules, explique Victor Breban. Nous avons obtenu l’homologation pour "rétrofiter" le Solex il y a trois semaines. Nous avons aussi passé tous les tests pour le Peugeot 103 [autre mobylette mythique] et espérons obtenir l’homologation pour ce modèle d’ici à deux semaines. »

Un Solex électrique, mais avec sa transmission à galet et ses pédales

Noil dit avoir déjà reçu une centaine de commandes pour « rétrofiter » des Solex, et 75 autres pour des Peugeot 103. Les premières livraisons sont prévues courant juin. Elles partiront des ateliers de Noil, à Montreuil, ou du réseau d’une quinzaine d’installateurs, un peu partout en France, que l’entreprise est en train d’agréer.

Certes, il y aura des puristes pour considérer que passer ces vieux modèles à l’électrique est pêché. Noil a veillé, en tout cas, à ce que la transformation soit la plus discrète possible. Pour le Solex, par exemple, seule la batterie, installée sur le porte-bagages arrière, permet de s’en rendre compte. Sinon, le moteur électrique tient dans le même cylindre, sur la roue avant, que son prédécesseur thermique. « Cela a demandé un gros travail d’ingénierie pour arriver à le caser là-dedans, glisse au passage Victor Urban. Nous avons sinon conservé le galet pour la transmission, qui donne ce bruit si caractéristique du Solex, et même les pédales pour celles et ceux qui veulent s’en servir. ». Comme l’original également, on ne dépasse pas les 30 km/h. Quant à la batterie, elle offre une autonomie d’une trentaine de kilomètres et est amovible, ce qui permet de l’embarquer chez soi pour la recharger.

Ne pas se limiter au vintage

Noil a en tête d’autres modèles du passé à « rétrofiter ». Une troisième homologation, pour les Vespa PX, est espérée d’ici à la fin de l’année. Mais les deux-roues vintage ne sont qu’un des marchés visés par la start-up de Montreuil, pas même celui auquel elle pensait à son lancement. Le constat de départ était tout autre. « D’un côté, il y a encore peu d’offres de scooters électriques sur le marché, et ceux qui sont bien valent très chers, commence Victor Breban. De l’autre, il y a 1,5 million de scooters dans les catégories 125 cm³ et en dessous aujourd’hui en France, et dont la circulation pourrait être contrainte à l’avenir, du moins dans les grandes villes. Il est impensable de simplement les mettre à la casse pour les remplacer par autant de nouveaux scooters électriques. »

Ce sont donc bien les deux roues « modernes » que visent avant tout les Montreuillois. Le cadre réglementaire français autorise le « rétrofit » sur les deux-roues de plus de trois ans. Cela laisse un vaste terrain de jeu à Noil. Dans les trois années à venir, elle espère obtenir des homologations de ses kits d’électrification pour quinze à vingt modèles de 50 et 125 cm³, les gabarits que l’on croise le plus sur les routes. « Et même si possible d’ici à la fin de l’année pour le BMW C1 [reconnaissable avec son toit] ou le Xmax [de Yamaha], le 125 cm³ le plus vendu en France. Deux scooters pour lesquels nous avons déjà beaucoup de demandes », précise Victor Breban.

Convertir 10.000 deux-roues à l’électrique d’ici à cinq ans

Le prix de ces « rétrofit » pourrait toutefois être un frein pour certains. Pour le Solex, la transformation revient à 499 euros pour le particulier, une fois déduite l’aide de 1.100 euros instaurés par l’État et « que nous nous chargeons nous même d’aller chercher », poursuit le cofondateur de Noil. Le tarif grimpe à 899 euros pour un Peugeot 103 et entre 1.000 et 1.300 euros pour un 50 cm³, toujours en déduisant ces aides.

Pour les 125 cm3, Noil prévoit un autre modèle commercial. « On est sur des scooters plus puissants [90-100 km/h], auxquels il faudra apporter plus d’autonomie [100 km], explique Victor Breban. Cela augmente sensiblement le coût du "retrofit". Pour l’amortir au mieux et permettre au particulier de ne pas tout payer d’un coup, l’installation du kit sera facturée 1.600 euros, mais s’ajoutera ensuite un forfait mensuel de 35 euros comprenant l’entretien du moteur et de la batterie. »

Noil espère convertir à l’électrique 250 deux-roues d’ici à la fin de l’année et 10.000 dans les cinq ans. Pas seulement de particuliers, d’ailleurs. La ville de Montreuil envisage ainsi de travailler avec la startup pour « rétrofiter » les dix-huit scooters thermiques de son parc, annonçait le magazine municipal en février. « Nous sommes aussi en discussion avec d’autres villes, dont Paris », indique Victor Breban.

*A moins pour les véhicules anciens immatriculés sous le régime de la collection à condition d’être âgés d’au moins 30 ans et d’être en configuration d’origine, précise-t-on à la Fédération française des véhicules d’époque (FFVE). Et le solex est éligible à ce régime spécial. La FFVE dit déjà en avoir 2.000 enregistrés dans sa base.

** Outre Victor Breban, les deux autres cofondateurs de Noil sont Clément Fleau et Raphaël Setbon.