Pourquoi la lutte contre la prolifération du moustique-tigre est un « défi collectif »

PIQURES Si l'espèce se développe, c'est la faute à l'homme, qui l'entretient

Nicolas Bonzom

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Un moustique-tigre (illustration)
Un moustique-tigre (illustration) — LODI FRANCK/SIPA
  • Le moustique-tigre est présent sur au moins les trois quarts du territoire métropolitain français, et a colonisé plus de 40 % des communes sur le pourtour méditerranéen.
  • Pour lutter contre sa prolifération, il n’y a qu’une seule solution : que chacun adopte les bons gestes, en supprimant les eaux stagnantes des jardins et des terrasses.
  • Car la lutte contre cette espèce est « un défi collectif » : dans un quartier, si certains ne jouent pas le jeu, cela risque d’occasionner des nuisances dans tout le voisinage.

Chaque année, à l’arrivée des beaux jours, l'EID Méditerranée, l’organisme chargé de démoustiquer le littoral méditerranéen, dégaine sa campagne pour lutter contre la prolifération du moustique-tigre. Car si des épandages de larvicide mènent la vie dure aux moustiques traditionnels, qui se délectent des bords des étangs, combattre cette espèce-là, l’Aedes albopictus, est un véritable « défi collectif ».

Le moustique-tigre est apparu sur le pourtour méditerranéen il y a une quinzaine d’années. Il a d’abord colonisé Nice et Menton (Alpes-Maritimes), avant de s’étendre vers les côtes languedociennes, dont Montpellier (Hérault), où l’EID Méditerranée est implantée. « Il est d’abord arrivé en Italie dans les années 1990, avec le commerce de pneus usagés, confie Charles Jeannin, entomologiste médical au sein de cet organisme. C’est l’homme qui l’a déplacé, via les voitures, les camions, les trains… »

Particulièrement présent sur le pourtour de la Méditerranée

En France, le moustique-tigre gagne peu à peu du terrain. Au 1er janvier, le ministère de la Santé l’avait détecté sur les trois quarts du territoire métropolitain, essentiellement dans le sud et le centre de la France, et en région parisienne. Mais c’est sur le pourtour méditerranéen qu’il se la coule douce : dans les Alpes-Maritimes, le Var, les Bouches-du-Rhône, le Vaucluse, le Gard, l’Hérault, les Pyrénées-Orientales, plus de 40 % des communes sont colonisées par le moustique-tigre. La faute à qui ? A l’homme.

Car cette espèce se développe en ville, au plus près des habitants. « L’épandage de larvicide ne servirait strictement à rien, reprend Charles Jeannin. Déjà, il faudrait le pratiquer au-dessus des villes. » Impossible, et inutile. Car le moustique-tigre raffole, sur les terrasses, les balcons et dans les jardins, des coupelles remplies d’eau stagnante sous les pots de fleurs, des réservoirs d’eau non-couverts ou des bâches mouillées.

« Il faut répéter les messages »

Le seul moyen de lutter contre cette espèce, dont la piqûre provoque de désagréables démangeaisons et susceptibles de transporter des maladies, est que chacun adopte les bons gestes en supprimant ou en couvrant toutes les eaux stagnantes, où il pond.

« C’est une lutte communautaire, reprend l’entomologiste médical. Il faut répéter les messages. Si, dans un quartier, certains ne jouent pas le jeu, cela risque d’occasionner des nuisances dans tout le voisinage. » Si tout le monde s’y mettait, le moustique-tigre « perdrait du terrain, reprend Charles Jeannin. C’est l’homme qui l’entretient. » Les collectivités sont aussi visées par ces messages : certaines eaux stagnantes, où les femelles pondent entre 500 et 900 œufs dans sa vie, sont de leur ressort.