Brésil : La forêt amazonienne désormais émettrice nette de carbone

ENVIRONNEMENT Les scientifiques s’inquiètent d’un essoufflement des forêts tropicales et craignent qu’elles puissent de moins en moins bien jouer leur rôle de puits de carbone

20 Minutes avec agences
— 
Un incendie vu du ciel en Amazonie, le 28 août 2019.
Un incendie vu du ciel en Amazonie, le 28 août 2019. — Joao LAET / AFP

La forêt amazonienne brésilienne, victime de l’Homme, a rejeté depuis 2010 plus de carbone qu’elle n’en a absorbé, un basculement majeur et inédit pour cet écosystème crucial dans la limitation du réchauffement de la planète, selon une nouvelle étude. Sans les forêts, un des « poumons » de la planète qui absorbe entre 25 % et 30 % des gaz à effet de serre émis par l’Homme, le dérèglement climatique serait bien pire.

Mais depuis plusieurs années, les scientifiques s’inquiètent d’un essoufflement des forêts tropicales et craignent qu’elles puissent de moins en moins bien jouer leur rôle de puits de carbone. L’inquiétude vient notamment de la forêt amazonienne, qui représente la moitié des forêts tropicales de la planète. L’étude, publiée ce jeudi dans Nature Climate Change par une équipe internationale se penche sur l’Amazonie brésilienne, qui représente 60 % de cette forêt primaire.

Perte de biomasse

Entre 2010 et 2019, cette forêt a perdu de sa biomasse : l’Amazonie brésilienne a ainsi émis environ 18 % de plus de carbone qu’elle n’en a absorbé, avec 4,45 milliards de tonnes rejetées, contre 3,78 milliards de tonnes stockées. Pour l’instant, a priori, « les autres pays compensent les pertes de l’Amazonie brésilienne » et ainsi « l’ensemble de l’Amazonie n’a pas encore basculé, mais elle pourrait le faire bientôt », explique un chercheur à l’Institut français de recherche pour l’agriculture, l’alimentation et l’environnement (Inrae).

« Jusqu’à présent, les forêts, en particulier les forêts tropicales, nous protégeaient en permettant de freiner le réchauffement. Mais notre dernier rempart, l’Amazonie, est en train de basculer », met en garde le chercheur. Et « on ne sait pas à quel moment le basculement pourrait être irréversible ».

« Point de rupture »

Avec la fonte des calottes glaciaires, le dégel du permafrost ou la disparition des récifs coralliens, le dépérissement de la forêt amazonienne fait partie des « points de rupture » ou « points de bascule » identifiés par les scientifiques comme des éléments-clés dont la modification substantielle pourrait entraîner le système climatique vers un changement dramatique et irrémédiable. L’étude met d’autre part en avant la responsabilité méconnue, mais majeure, des « dégradations » de la forêt.

Contrairement à la déforestation, qui fait disparaître la surface boisée, les dégradations incluent tout ce qui peut l’abîmer, sans pour autant la détruire totalement : arbres fragilisés en bordure des zones déforestées, coupes sélectives, petits incendies, mortalité des arbres liée à la sécheresse. Des atteintes moins facilement décelables que de grandes étendues rasées.

En utilisant un indice de végétation issu d’observations satellitaires micro-ondes, qui permettent de sonder l’ensemble de la strate de végétation et pas seulement le sommet de la canopée, l’étude conclut que ces dégradations de la forêt ont contribué à 73 % des pertes de carbone, contre 27 % pour la déforestation, pourtant de grande ampleur.