Bretagne : La baie de Saint-Brieuc confrontée à des échouages massifs d’algues vertes

POLLUTION Les échouages sont particulièrement précoces et intenses dans certains secteurs de Bretagne

Camille Allain

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La plage du Valais à Saint-Brieuc, fermée en raison des algues vertes, le 17 juillet 2019.
La plage du Valais à Saint-Brieuc, fermée en raison des algues vertes, le 17 juillet 2019. — M. Pavard / 20 Minutes
  • Les échouages d’algues vertes sont particulièrement précoces et prolifiques sur le littoral breton.
  • Le secteur de la baie de Saint-Brieuc est le plus touché et concentre 90 % des échouages.
  • Le plan de lutte lancé par l’Etat est étudié par la Cour des comptes, dont le rapport est attendu fin juin.

Le printemps signe souvent le retour des beaux jours, des oiseaux qui chantent et des arbres qui bourgeonnent. En Bretagne, la saison rime souvent avec le retour des algues vertes en masse dans les baies les plus exposées. Après un hiver peu tempétueux et donc peu propice à disperser les algues en mer, leur échouage semble particulièrement précoce cette année. Faisant craindre le pire à certains secteurs déjà submergés par les tristement célèbres ulves. « Dans les baies sableuses, la précocité des échouages serait largement supérieure à la moyenne », explique la préfecture de Bretagne. De l’ordre de 30 à 40 % de plus que la moyenne établie depuis 2002. Et proches des « records » réalisés en 2017 et 2019 où les échouages avaient déjà été précoces.

Second constat : « D’après les premières évaluations, la baie de Saint-Brieuc (Côtes d’Armor) concentrerait à elle seule près de 90 % de la surface d’algues échouées observée par le Centre d’étude et de valorisation des algues (CEVA). La baie de Fresnaye est également concernée mais dans une moindre mesure. Les vasières du golfe du Morbihan et de la Ria d’Étel, où le ramassage est impossible, sont déjà couvertes de dépôts denses, « comme cela avait été le cas en 2020 et 2019, dans des conditions météorologiques assez comparables », poursuit la préfecture.

« On se moque un peu du monde »

Au-delà de la quasi absence de houle cet hiver, c’est surtout la chaleur soudaine et l’ensoleillement dont profite la Bretagne depuis plusieurs semaines qui semblent venir gonfler des stocks d’algues déjà conséquents. Chez les élus des communes de la baie, la prolifération printanière inquiète. « Lorsque vous vous rendez régulièrement sur les plages de la cinquième baie du monde et que vous voyez ce petit tracteur avec sa petite remorque qui va faire sa journée, vous vous dites qu’on se moque un peu du monde », taclait il y a quelques mois le maire de Hillion, confronté chaque année au fléau des algues vertes.

Dans son communiqué, la préfecture de Bretagne tente de justifier son action pour endiguer le phénomène. L’État explique travailler « avec le monde agricole afin de réduire les fuites d’azote dans les cours d’eau ». Ce plan passe par des rotations de culture, des actions de couverture des sols, des tentatives de « fertilisation équilibrée » ou encore par une incitation à la conversion à l’agriculture biologique. Pour l’heure, ces actions demeurent insuffisantes pour mettre un terme au phénomène des algues vertes. Le plan mis en place par l’État contre leur prolifération est actuellement étudié de près par la Cour des comptes. Son rapport devrait être rendu public en juin, juste après les élections régionales. Un timing contesté par plusieurs associations environnementales, qui réclament que le rapport soit dévoilé avant le scrutin régional prévu les 20 et 27 juin.