Brest : Les scientifiques s’inquiètent des effets des pollutions humaines sur le plancton

BIOLOGIE MARINE Une étude menée par l’Ifremer dans la rade de Brest montre que la composition du plancton marin a été considérablement affectée depuis la Seconde Guerre mondiale

J.G. avec AFP
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Les chercheurs de l'Ifremer ont procédé à des analyses de sédiments présents dans la rade de Brest.
Les chercheurs de l'Ifremer ont procédé à des analyses de sédiments présents dans la rade de Brest. — Fred Tanneau / AFP
  • Une étude de l’Ifremer révèle que la composition du plancton a été durablement affectée par les pollutions humaines depuis la Seconde Guerre mondiale.
  • Les analyses ont été menées dans la rade de Brest où la présence de métaux lourds suite aux bombardements a été constatée.
  • Les eaux de la rade sont également contaminées par l’agriculture intensive.

Il ne fait pas bon être un plancton dans la rade de Brest. Une étude publiée ce lundi par l’Ifremer montre ainsi que la composition de ces micro-organismes a été affectée de manière irréversible par les pollutions dues à la Seconde Guerre mondiale et à l’agriculture intensive. Pour parvenir à ce résultat, les chercheurs de l’institut ont prélevé des carottes de sédiments de plusieurs mètres de longueur dans la rade puis ont analysé l’ADN préservé dans ces sédiments pour déterminer à quels organismes il appartient.

Les scientifiques ont ainsi pu retracer les espèces de plancton présentes dans l’eau depuis environ 1.400 ans. Les variations les plus radicales apparaissent à partir de la Seconde Guerre mondiale. Et à partir des années 1980, les chercheurs ont constaté une augmentation de l’abondance de microalgues toxiques, comme le dinoflagellé Alexandrium minutum qui produit des toxines paralysantes.

La présence de métaux lourds à cause des bombardements

« On s’attendait à trouver un changement des communautés de microalgues sur les dernières décennies, mais pas forcément un changement aussi drastique en remontant jusqu’à la deuxième Guerre mondiale », explique Raffaele Siano, biologiste à l’Ifremer. La présence de polluants comme les métaux lourds ou le PCB seraient à l’origine de ce changement.

« La rade de Brest a été marquée par des événements de pollution extrêmes lors de la deuxième Guerre mondiale, avec notamment les bombardements des Alliés, nous en avons retrouvé la trace avec de fortes teneurs de métaux lourds dans les couches de sédiments de l’époque », ajoute Raffaele Siano. « Et depuis, la rade est le réceptacle d’une pollution chronique avec des contaminants issus notamment de l’agriculture intensive, c’est ce qu’on retrouve dans les sédiments plus récents des années 1980 et 1990 », poursuit-il.

Le plancton joue un rôle-clé dans les écosystèmes marins

Au cours du temps, le plancton n’a pas retrouvé la composition qui était la sienne au Moyen-Age, ce qui « démontre l’irréversibilité des changements observés après l’effet cumulatif des pollutions de la guerre et de l’agriculture », selon l'étude publiée dans la revue scientifique américaine Current Biology.

Les changements de composition du plancton, qui joue un rôle-clé dans les écosystèmes marins, pourraient d’ailleurs avoir des « effets en cascade sur d’autres composants biologiques de l’écosystème, affectant l’ensemble du réseau trophique marin », estiment les auteurs de l’étude.