Bretagne : L’élevage de porcs sur paille, une alternative pour protéger les cours d’eau

AGRICULTURE Quelques éleveurs bretons se sont lancés dans cette démarche plus respectueuse de l’environnement et du bien-être animal

Jérôme Gicquel

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A Médréac près de Rennes, les cochons de Yannick Denoual sont élevés sur paille.
A Médréac près de Rennes, les cochons de Yannick Denoual sont élevés sur paille. — J. Gicquel / 20 Minutes
  • En Bretagne, pays où le cochon est roi, des cours d’eau sont régulièrement pollués par du lisier provenant d’élevages porcins.
  • Quelques éleveurs de la région élèvent leurs cochons sur de la paille et non sur du béton comme la très grande majorité.
  • Ce modèle d’élevage se veut plus soucieux du bien-être animal et de la protection des ressources en eau.

Tout n’est peut-être pas si bon dans le cochon. La Bretagne, qui comptait en 2019 un cheptel de 7,6 millions de têtes, peut en témoigner. Régulièrement, des cours d’eau sont décimés dans la région par des pollutions d’origine agricole, et notamment par du lisier émanant des élevages porcins. Le dernier épisode remonte à seulement deux semaines. Coulant près de Morlaix, la rivière La Penzé a été ravagée début avril par un déversement de lisier qui a tué tous les poissons sur plus de trois kilomètres. Un énième accident qui a fait bondir les associations de pêche et de protection de la nature locales qui réclament « une réponse judiciaire forte » et « une véritable audience pénale, sans transaction financière avec les pollueurs ».

Au pays du cochon, les mentalités évoluent tout de même et le modèle agricole intensif est de plus en plus critiqué. Il reste encore toutefois beaucoup de chemin à parcourir dans une région où 95 % des porcs sont élevés dans des bâtiments industriels sur caillebotis. Mais des alternatives existent comme l’élevage de porcs sur paille. Installé à Médréac, à une demi-heure à l’ouest de Rennes, Yannick Denoual a opté pour ce modèle au début des années 2000 en reprenant la ferme familiale. Et ce n’est pas la facilité qui a guidé son choix. « Cela demande plus de travail car il faut pailler tous les jours », reconnaît-il.

La paille résorbe une partie de l’azote

Mais sensible à l’environnement et au bien-être animal, Yannick Denoual a tenu bon. Dans son exploitation de 125 hectares, il élève entre 250 et 300 cochons répartis par âge. Sur leur matelas de paille, les animaux n’ont pas l’air malheureux. « Le porc est un animal qui a besoin de fouiner et de mâchouiller, c’est son instinct naturel, et il ne peut pas le faire sur du ciment, ça le stresse », indique-t-il. Son élevage, qui n’est pas bio, ne menace pas non plus la ressource en eau car la paille a l’avantage de résorber une partie de l’azote contenue dans les déjections de porcs, limitant ainsi les risques de ruissellement dans les cours d’eau.

Engagé dans cette démarche, Yannick Denoual a rejoint naturellement en 2004 le Réseau Cohérence qui a vu le jour la même année. Depuis, cette association promeut l’élevage de porcs sur paille à travers un cahier des charges « progressiste » auquel les éleveurs doivent adhérer. « Les porcs doivent être engraissés sur litière et il ne doit pas y avoir d’OGM dans leur alimentation », détaille sa présidente Carole Le Blechec. L’usage des antibiotiques sur les animaux n’est par ailleurs autorisé qu’à titre curatif et chaque bête doit disposer d’une surface de 1,5 m².

De nouveaux débouchés pour les éleveurs vertueux

Autant de critères de durabilité pour s’assurer que l’éleveur produise un porc « écologiquement responsable ». Les candidats sont toutefois assez rares avec « seulement » treize éleveurs sur toute la Bretagne qui ont reçu l’agrément du Réseau Cohérence. Pour que de nouveaux se convertissent à la paille, l’association vient de signer un partenariat avec Terres de Sources, projet initié par la collectivité Eau du Bassin Rennais pour encourager des pratiques agricoles locales vertueuses pour l’eau potable. En contrepartie de leurs efforts, les éleveurs se voient ainsi proposer de nouveaux débouchés comme la restauration scolaire.

A Rennes et dans quinze autres communes de la métropole, les cantines servent ainsi déjà les produits d’une vingtaine d’agriculteurs locaux et un nouveau marché public doit bientôt être lancé avec des objectifs encore plus ambitieux. « Les éleveurs veulent une meilleure rémunération et c’est bien normal et il faut leur trouver des opportunités et des nouveaux débouchés pour qu’ils rejoignent notre démarche », souligne Carole Le Blechec. Car contrairement à leurs cochons, les éleveurs bretons ne veulent pas finir sur la paille.