Loire-Atlantique : Désolation dans le vignoble nantais où « 90 % des vignes sont endommagées par le gel »

CATASTROPHE Avec près d'une semaine de recul, le bilan des dégâts causés par le gel printannier se précise dans le vignoble nantais

Frédéric Brenon

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Un viticulteur du Landreau (Loire-Atlantique), dépité, après le gel du 12 avril.
Un viticulteur du Landreau (Loire-Atlantique), dépité, après le gel du 12 avril. — S.Salom-Gomis/AFP
  • L’ampleur des dégâts dus au gel est comparable à celle de l’année 1991, selon la fédération des vins de Nantes.
  • Un espoir de repousse partielle subsiste. Réponse dans un mois.
  • Le vignoble nantais, connu principalement pour son muscadet, s’étire sur 8.000 hectares en Loire-Atlantique.

Une semaine après deux épisodes de gel particulièrement intenses, le moment est venu d’évaluer les dégâts dans le vignoble nantais. Et le bilan est noir. Pas moins de « 90 % des vignes sont touchées par le gel », annonce Christian Gauthier, président de la fédération des vins de Nantes. « C’est le gel du lundi 12 avril qui a fait le plus de mal, raconte-t-il. Toutes les communes sont frappées, malgré les dispositifs mis en place par les viticulteurs. Chez moi, il n’y a plus rien. Les bourgeons sont grillés, tout secs. Quand on les touche, ils s’effritent comme du tabac. »

Le vignoble nantais avait déjà été durement pénalisé par le gel en 2016 et 2017. Mais les dégâts du printemps 2021 ressemblent davantage à « l’année 1991 ». « C’est la même ampleur », déplore le vigneron de Saint-Hilaire-de-Clisson qui avoue que « le moral des gars est durement touché ».

Les vignerons ont des stocks

Seul un sursaut de la nature pourrait permettre d’atténuer les conséquences sur la récolte. « Le cep de vigne ne va pas mourir d’une gelée de printemps, explique le président de la fédération des vins de Nantes. Il y aura une repousse et on a un peu d’espoir de retrouver quelques bourgeons. C’est trop tôt pour le dire. On les verra d’ici le 20 mai. Mais, de toute façon, la récolte sera amputée de plus de moitié. Et ce sera probablement beaucoup plus. »

Dans ces conditions, les consommateurs trouveront-ils encore du muscadet l’an prochain ? « Je pense qu’il y en aura suffisamment pour approvisionner le marché avant la récolte 2022. On a enregistré une très belle récolte en 2020 et, en parallèle, les ventes ont diminué avec la fermeture des restaurants et le Covid. Donc la plupart des vignerons ont des stocks. La chance qu’on a avec le vin, c’est qu’il se stocke très bien. »

Des aides pour mieux se préparer

La profession aura tout de même « besoin d’un soutien financier pour passer le cap », estime Christian Gauthier. Le gouvernement a promis d’aider financièrement la filière avec la création d'un « fonds de solidarité exceptionnel ». Une cellule de crise, copilotée avec le conseil régional, va aussi s’ouvrir en Pays-de-la-Loire. L’une des pistes serait de faciliter les achats de matériel de lutte anti-gel.

« La profession doit désormais se préparer à des épisodes de gel plus fréquents, est convaincu Christian Gauthier. On voit bien que les saisons ne sont plus exactement les mêmes. Moi je fais un lien avec le dérèglement climatique. Il faut donc développer la protection du végétal. Réfléchir aussi à revoir le système d’assurances, à mutualiser les risques à l’échelle d’un vignoble pour que tout le monde puisse être couvert en cas de pertes importantes. »