Vagues de gel extrêmes, printemps précoces...Comment les viticulteurs peuvent-ils s'adapter pour affronter les aléas du dérèglement climatique ?

VIGNES Confrontés à des épisodes climatiques extrêmes, les viticulteurs du Rhône vont devoir s’adapter pour supporter les effets du changement climatique

Caroline Girardon

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Vague de gel extrême, printemps précoce...Comment les viticulteurs vont devoir s'adapter pour faire face aux aléas climatiques.
Vague de gel extrême, printemps précoce...Comment les viticulteurs vont devoir s'adapter pour faire face aux aléas climatiques. — Konrad / Sipa
  • Le récent épisode de gel a fortement endommagé une grande partie des vignobles.
  • Plus que le gel, les viticulteurs redoutent de voir des printemps de plus en plus précoces et s’interrogent sur la façon dont ils vont devoir s’adapter face aux conséquences du dérèglement climatique.
  • Si certains plaident pour un renouvellement des cépages, d’autres alertent sur le fait que la tâche s’apparente à un véritable « casse-tête ».

L’épisode de gel, qui a fortement secoué les vignobles français, est « historique ». Les viticulteurs le reconnaissent. Rare sont ceux qui avaient déjà vécu un épisode d’une telle intensité en cette période de l’année, « même si les gelées d’avril sont fréquentes ». « Les températures sont descendues très bas sur l’ensemble du territoire (-5 °C en moyenne) et la question aujourd’hui est de savoir quelle sera la capacité des bourgeons à résister », interroge Philippe Pellaton, président d’Inter Rhône pour lequel le problème n’est pas tant l’arrivée de cette vague de froid que « la précocité du printemps ».

« Cette année, nous avons eu un hiver relativement doux. La végétation dans les vignes a débuté avec quinze jours d’avance. On était sur les premiers bourgeons, quand le gel s’est abattu. S’ils avaient éclos deux semaines plus tard, on aurait passé la période de froid sans problème », souligne-t-il.

Printemps trop précoces

Pierre Combat, président de l’appellation Crozes-Hermitage, partage le même constat.  « Il n’est pas normal d’avoir à cette période de l’année, une végétation aussi développée de nos cépages. Les vignes sont trop en avance. Nous le constatons depuis trois ou quatre années. C’est malheureusement une conséquence directe du dérèglement climatique », pointe le vigneron.

« Les printemps précoces ne sont plus exceptionnels, ils vont se répéter pour s’inscrire dans la durée, alerte Christophe David, directeur délégué de l’Isara, école d’ingénieurs en agronomie, agroalimentaire et environnement de Lyon. On aura de plus en plus d’épisodes de stress hydrique (manque d’eau), de phénomènes climatiques extrêmes (fort gel, fortes précipitations ou grosse grêle). Les viticulteurs ne pourront plus travailler comme avant. Ils vont devoir changer de pratiques ».

Mais comment s’adapter ? Telle est l’épineuse question à laquelle sont confrontés aujourd’hui les vignerons. Faut-il planter de nouvelles variétés ? Tailler les vignes plus tard pour éviter des débourrements trop tôt ? « On se pose toutes ces questions mais c’est un vrai casse-tête. Pour l’instant, personne n’a encore de solution ni de baguette magique », répond sans détour Pierre Combat.

Faut-il revoir les cultivars ?

« On peut envisager d’avoir recours à des systèmes comme l’agrivoltaïsme qui vont protéger les plantes des aléas climatiques, suggère Christophe David. Il y a un vrai champ de recherche à explorer mais, il faudra très certainement revoir le cultivar en soi en revenant à des variétés plus anciennes, plus résistantes. Certains vignerons, installés dans le Sud-est de la France, le font déjà et ils s’en sortent très bien ».

Pierre Combat reste toutefois prudent car la tâche ne sera pas aussi aisée, souligne-t-il d’emblée. « Nous travaillons sur un patrimoine, du végétal vivant. Nos meilleures cuvées proviennent de vieilles vignes. Certains ont des pieds de 50 ans ou même 100 ans. Ils ne vont pas arracher ce qu’ils ont de mieux, appuie-t-il. Quand bien même, il s’agira d’un travail de longue haleine qui nécessitera, par ailleurs, de modifier le cahier des charges de nos appellations ».

Transformer les cépages ? « Une affaire de deux générations »

« Dans l’imaginaire de chacun, un vin de très bonne qualité ne peut être produit que par de vieilles vignes. Non », assure Christophe David, qui se réfère à d’autres pays commercialisant des vins dont la qualité concurrence voire dépasse celle des crus français. « Ils arrivent à avoir d’excellents vins avec des vignes qui ont seulement six ou sept ans et en utilisant de nouveaux cépages. Aujourd’hui en France, nous avons principalement trois cépages car nous avons beaucoup simplifié notre modèle agricole. Cependant, la solution passe par l’utilisation d’une agriculture plus diversifiée, estime-t-il. Ceux qui le feront seront ceux qui s’en sortiront ».

Mais là encore Pierre Combat affiche des réserves. « Certains estiment en effet que c’est la solution. Cependant, arracher et replanter 1.800 hectares de vigne pour les transformer en un autre cépage, cela ne peut pas se faire rapidement ni même en dix ans. C’est une affaire de deux générations », répond-il. Et de conclure : « La vigne ne se replante pas aussi facilement que le blé ou les légumes que l’on trouve en culture annuelle. » Un vrai casse-tête.