Ariège : L’implantation de cabanes de luxe sur les berges du lac de Montbel fait des vagues

FEU AU LAC Une société s’est vue dispenser d’étude d’impact environnemental pour implanter 25 cabanes à destination d’une clientèle haut de gamme, sur les rives du lac de Montbel, en Ariège, où vivent des espèces protégées.

Eric Dourel
— 
Les berges d'un lac. Ilustratiion.
Les berges d'un lac. Ilustratiion. — Frederic Scheiber/20 Minutes
  • Le chantier de construction de 25 cabanes de haut standing pour touristes doit commencer d’ici la fin de l’année sur les rives du très couru lac de Montbel, en Ariège.
  • Un projet que les associations écologistes du cru jugent incompatible avec la présence sur les lieux de nombreuses espèces protégées.
  • Mais les promoteurs ont obtenu d’être exonérés d’une étude d’impact détaillée.

Un projet d’écotourisme haut de gamme qui fait bondir les écolos… La société Coucoo, spécialisée dans l’hébergement insolite va investir quatre millions d’euros pour construire d’ici à la fin de l’année sur un terrain privé, aux abords du lac de Montbel (à une 1h30 de Toulouse​), pas moins de 25 cabanes luxueuses (avec spa) sur pilotis. Outre un parking de 60 places et deux bâtiments (de 500 m2 et 150 m2), une piscine à débordement de 180 m² est également prévue, le tout, sur une surface grande comme neuf terrains de rugby.

129 espèces protégées

A cheval sur les départements de la Haute-Garonne, de l’Aude et de l’Ariège, le lac de Montbel, retenue d’eau artificielle de 600 hectares, était destiné lors de sa création en 1984 à l’irrigation. Plus grand lac de l’ancienne région Midi-Pyrénées, Montbel est aujourd’hui très prisé des amateurs de pêche, de nautisme, de randonnée et de bronzette. Séparée par une digue, une partie de cette étendue (80 hectares) demeurée particulièrement sauvage, est devenue le territoire de prédilection des loutres, hérons cendrés, tritons marbrés, grandes aigrettes… Soit 129 espèces protégées, dont 58 figurent sur la liste rouge des espèces menacées. C’est sur ce secteur que Coucoo va édifier ses cabanes.

Un projet poussé par le propriétaire et gestionnaire du lac, l’Institution Interdépartementale pour l’Aménagement du Barrage de Montbel, fortement soutenue par la communauté de communes du Pays de Mirepoix, mais qui s’est heurté aux réserves de l’autorité environnementale régionale. Dans un premier avis de mai 2020, l’autorité tique sur les « insuffisances du présent dossier » : elle recommande par exemple « de procéder à des inventaires plus précis pour l’ensemble des espèces », et de « présenter un évitement strict des zones à enjeux, notamment les zones de quiétude de la loutre » en « rendant impossible toute détérioration de ces secteurs ».

Dans son deuxième avis de septembre 2020, alors que le lac abrite des zones humides, elle s’étonne de ne pas les voir « mentionnées » dans le dossier. Dans les deux cas, elle conclut en demandant au porteur de projet de lui présenter « une étude d’impact ». Et elle prévient : « Si cette étude d’impact remet en cause l’implantation envisagée aujourd’hui pour les cabanes, il faudra évidemment proposer une nouvelle révision du Plan local d’urbanisme ».

Recours gracieux

Réponse de Gaspard de Moustier (cofondateur avec Emmanuel Huchet de la Bédoyère de Coucoo) : « Tous les éléments de réponses étaient dans le dossier qu’on leur a adressé. Cela valait amplement une étude d’impact ». En fait, les deux entrepreneurs ont écrit au directeur de la Dreal (direction régionale de l’aménagement et de l’environnement) d’Occitanie pour lui signifier à quel point cette demande d’étude d’impact leur paraissait « injustifiée ».

Du coup, ils ont demandé « un recours gracieux » pour éviter de faire cette étude. La Dreal, qui n’a aucune obligation de suivre les préconisations de l’autorité environnementale, a accepté sans sourciller et donné son feu vert au projet. La Préfecture de l’Ariège justifie cette décision en indiquant à 20 Minutes que « la société Coucoo a apporté des éléments sur le fond qui ont complété le dossier d’examen » dont « un plan de gestion prenant en compte les enjeux naturels ». Mais elle n’en demeure pas moins prudente, en assurant que « le projet doit désormais obtenir l’ensemble des autorisations nécessaires avant tout démarrage des travaux ». Pour elle, « le processus n’est pas à ce jour abouti ».

Recours judiciaire envisagé

Des arguments qui sont loin de convaincre les associations écologistes (le Chabot, le Comité écologique ariégeois et Nature en Occitanie) qui s’apprêtent à lancer une procédure en justice pour demander que la société dépose en bonne et due forme un dossier de demande de dérogation au titre de la « destruction, la mutilation, la capture, l’enlèvement ou la perturbation intentionnelle d’espèces animales non domestiques ou végétales non cultivées et la destruction, l’altération ou la dégradation des habitats d’espèces protégées ».

Les écolos sont épaulés par un collectif de riverains, d’usagers et d’amoureux de la nature, dénommé « A Pas de loutre » qui fin février a organisé une manifestation de plus de 400 personnes aux abords du lac.