Climat : La France, quatrième pays le plus « vert » au monde ? Pas si vite !

FAKE OFF Des ministres se félicitent des conclusions d'une publication du MIT, une université américaine. Ce rapport est pourtant à prendre avec du recul

Mathilde Cousin

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Une manifestation contre le changement climatique à Paris, le 28 mars.
Une manifestation contre le changement climatique à Paris, le 28 mars. — Michel Euler/AP/SIPA
  • Christophe Castaner, Emmanuelle Wargon, et même Bruno Le Maire. Le gouvernement et la majorité se sont félicités des conclusions d'une publication du MIT, qui classe la France quatrième pays le plus « vert » au monde.
  • La méthodologie du rapport, pourtant, interroge. 40 % de la note finale de chaque pays repose sur des prédictions.
  • Ce rapport a par ailleurs été sponsorisé.

« Oui, notre politique environnementale est ambitieuse. » « On peut agir concrètement, plutôt que briser des rêves. » Bruno Le Maire, ministre de l’Economie et des Finances, et Christophe Castaner, chef du groupe LREM à l’Assemblée, rejoints par plusieurs députés de la majorité, n'ont pas manqué d’éloges pour la politique du gouvernement en matière de climat.

La source de leur satisfaction ? Un rapport qui classe la France « quatrième pays le plus vert au monde ». Un classement bienvenu pour l’exécutif, qui a fait face aux critiques de l’opposition et de spécialistes sur son projet de loi climat. Toutefois, plusieurs scientifiques ont pointé plusieurs failles dans cette publication. Olivier Fontan, directeur exécutif du Haut conseil pour le climat, a lui aussi souligné des manquements.

FAKE OFF

Le rapport, publié initialement par la MIT Technology Review le 25 janvier, établit un « indice vert d'avenir » (« Green Future Index »). Cet indice classe 76 pays « en fonction de leurs progrès et de leur engagement en faveur d’un avenir à faible émission de carbone ».

Des scientifiques s'interrogent ainsi sur la méthodologie du rapport, qui a été sponsorisé par trois entreprises bénéficiant chacune d’une pleine page de publicité dans ce document d’une trentaine de pages. En particulier, 40 % de la note est calculé à partir des politiques engagées par le pays et de ses intentions pour lutter contre le changement climatique. Des promesses qui peuvent tarder à être réalisées voir être annulées, par exemple à la faveur d’une alternance politique.

Si la France est classée quatrième pays le plus vert au monde, c’est parce qu’elle arrive deuxième ex-aequo avec le Danemark sur cette question des engagements futurs. Les auteurs soulignent le soutien français à l’hydrogène, ainsi qu’un plan de soutien du gouvernement à Air France « assorti de conditions écologiques, telles que
l’introduction de carburant durable et la réduction des
des liaisons intérieures ».

Une méthodologie qui interroge

En revanche, la France a des scores moins élevés sur les quatre autres piliers de ce rapport, qui composent les 60 % restants de la note. Ces axes sont les émissions de carbone, la transition énergétique, une « société verte » et « l’innovation propre ».

Pour les émissions de carbone, la France arrive 13e. Si notre pays apparaît bien classé, la méthodologie retenue par les auteurs du rapport comporte une omission importante. « On parle des émissions uniquement du point de vue de la production et non pas de la consommation », a détaillé le chercheur Frédéric Ghersi auprès du Huffington Post. Cela signifie que le calcul ne prend pas en compte les émissions des produits que la France importe. La diminution des émissions de carbone est un des points majeurs de l'accord de Paris pour diminuer le dérèglement climatique.

Dans le rapport, notre pays se classe neuvième pour « l’innovation propre », un classement qui prend en compte les brevets dans le secteur vert, les investissements transfrontaliers dans les énergies propres et les startups de la « foodtech », ces entreprises spécialisées dans les nouvelles technologies et l’alimentation.

En revanche, pour la transition énergétique et la « société verte », la France arrive en 62e et 57e places sur 76. Dans la « société verte », les auteurs incluent les bâtiments verts, le recyclage, la consommation de viande et de produits laitiers et l’évolution du boisement.

Globalement, huit des dix premiers pays du classement sont européens, et sept d’entre eux font partie de l’UE. Les auteurs du rapport soulignent que l’UE « a mis en place des politiques climatiques depuis plus de dix ans », ce qui explique, en partie, le bon score de ses membres.