Pas-de-Calais : Une enquête de L214 pourra-t-elle empêcher l’agrandissement d’un élevage de poulets ?

ANIMAUX L’association de défense des animaux s’élève contre le projet d’un agriculteur de multiplier par cinq sa production de poulets

Mikaël Libert

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L'élevage de Pihem, dans le Pas-de-Calais.
L'élevage de Pihem, dans le Pas-de-Calais. — L214
  • Un éleveur du Pas-de-Calais veut augmenter sa production pour passer de 150.000 à plus de 800.000 poulets par an.
  • L’association L214 vient de publier une enquête pour tenter de démontrer l’incongruité écologique et en termes de bien-être animal du projet.
  • L’enquête publique a abouti à un avis favorable. La décision finale est entre les mains du préfet du département.

L’air du temps n’est pas le même pour tous. D’un côté, on voit clairement une tendance des marques de l’agroalimentaire à vanter la qualité de vie de ses volailles élevées en plein air auprès des consommateurs. De l’autre, on constate la volonté de créer ou d’agrandir des élevages intensifs de poulets. C’est notamment le cas dans le Nord, avec l’autorisation obtenue auprès de la préfecture par un agriculteur de Steenwerck pour exploiter un élevage avicole de 823.000 poulets par an. A Pihem, dans le Pas-de-Calais, un éleveur attend la décision du préfet pour quintupler sa production de poulets. L’association L214 s’est emparée de ce dernier dossier qui semble pourtant déjà bien ficelé.

En ce qui concerne l’élevage de Steenwerck, l’affaire semble pliée. Fin mars, le préfet a en effet signé l’autorisation permettant à l’exploitant de construire son poulailler industriel. Malgré cela, les opposants restent mobilisés en organisant, notamment, une manifestation, samedi. A Pihem, les anti élevage intensifs peuvent garder espoir, d’autant que L214 a largement bossé pour apporter de l’eau à leur moulin. Dans une enquête, publiée ce mercredi, l’association pointe différents arguments pour dénoncer l’incongruité du projet.

Le bien-être animal n’entre pas en ligne de compte dans la décision

En premier lieu, le faible revenu que l’exploitant pourrait en tirer. Il sera d’un peu plus de 900 euros par mois pour le gérant et 1.500 euros par mois s’il embauchait son épouse. « Seriez-vous prêt à emprunter 1,4 million d’euros et rembourser plus de 10.000 euros par mois pendant douze ans […] et tout ça pour peut-être gagner 900 euros par mois ? », s’interroge l’association. L214 pointe aussi « l’augmentation importante des émissions de gaz à effet de serre » et « l’impact des particules fines, antibiorésistance, conséquence de l’administration systématique d’antibiotiques aux animaux ». Trois points qui n’ont pas posé problème à l’enquêteur public, lequel a rendu, fin mars, un avis favorable à la réalisation du projet.

L'élevage de Pihem, dans le Pas-de-Calais.
L'élevage de Pihem, dans le Pas-de-Calais. - L214

L’argument le plus fort de l’association, mais qui n’aura aucune influence sur la future décision du préfet, c’est celui du bien-être animal. « Conditions de vie effroyables […], entassement, nombreux et graves problèmes de santé, utilisation systématique d’antibiotiques », avance L214 en appuyant ses propos d’images choquantes. Sur les plus de 700 réponses à l’enquête publique, la question des conditions de vie des poulets est aussi celle qui revient le plus souvent. De son côté, l’exploitant a affirmé que ses poulets « sont élevés dans de bonnes conditions de confort : température, ventilation, brumisation, cycles lumineux, alimentation adaptée et abreuvement à volonté ».

De toute façon, « la mission du commissaire enquêteur n’est pas de donner son avis personnel sur la condition animale », est-il précisé dans l’avis rendu par ce dernier. Et la législation n’y changera rien puisque le projet de loi sur le bien-être animal a été expurgé des mesures visant les animaux d’élevage avant d’être adopté par l’Assemblée nationale.

Dernière ligne droite avant la décision finale de la préfecture

Pour le député (Lrem) du Nord, Dimitri Houbron, il s’agit de rester vigilant pour éviter que les autorités et les exploitants profitent de cela pour faire passer de tels projets : « Favoriser l’élevage intensif alors que l’impact sur le climat, la souffrance animale et les conditions de travail des éleveurs sont documentés… Pas trop tard pour renoncer à cette folie », a-t-il réagi sur Twitter.

L’avis favorable rendu par le commissaire enquêteur a été assorti de deux réserves. L’une concernant l’accessibilité de l’exploitation, l’autre sur le financement de la totalité du projet. La prochaine étape, c’est la rédaction sur la base de cet avis d’un rapport par la Direction départementale de la protection des populations (DDPP). Fin mai, début juin, le Conseil départemental de l’environnement et des risques sanitaires et technologiques examinera l’ensemble du dossier et rendra un « avis consultatif », explique la préfecture du Nord à 20 Minutes. A l’issue, c’est le préfet qui tranchera.