Strasbourg : La combustion du bois des centrales biomasse polluerait plus que le diesel, dénonce un collectif

POLLUTION DE L'AIR Plus d’une quarantaine de médecins, d’associations et de riverains lancent un appel pour demander l’arrêt de l’exploitation et du développement des centrales biomasse à Strasbourg

Gilles Varela
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Strasbourg le 10 octobre 2016. Inauguration de la chaufferie biomasse du Wacken.
Strasbourg le 10 octobre 2016. Inauguration de la chaufferie biomasse du Wacken. — C. Varela / 20 Minutes
  • Des médecins, des professionnels de santé, des riverains se regroupe avec le collectif Strasbourg Respire pour lancer un appel réclamant l’arrêt de la combustion du bois dans les centrales biomasse à Strasbourg.
  • Cela émettrait plus de particules fines et de gaz cancérigènes – tels que les hydrocarbures aromatiques polycycliques (HAP) – que n’importe quelle autre source, y compris le charbon ou le fuel.
  • Ils demandent également la mise en place de stations de mesures permanentes dans le quartier du port du Rhin.

Depuis de longues années déjà, des associations environnementales, des collectifs alertent sur les dangers de la combustion du bois. Cela émettrait plus de particules fines et de gaz cancérigènes – tels que les hydrocarbures aromatiques polycycliques (HAP) – que n’importe quelle autre source, y compris le charbon ou le fuel.

En novembre dernier, le docteur et radiologue Thomas Bourdrel, fondateur du collectif Strasbourg Respire, relatait une étude inédite à laquelle le collectif avait participé. Une étude dirigée par le professeur Tim Nawrot, scientifique de l’université de Hasselt en Belgique et relatant que des millions de nanoparticules toxiques avaient été retrouvées dans les urines de petits strasbourgeois qui avaient participé à l’expérience. Des nanoparticules provenant du diesel, de l’industrie mais aussi de la combustion du bois.

L’Appel de Strasbourg lancé

Une pollution sur la ville confirmée par la suite par de nouvelles mesures, assure Strasbourg Respire. Aussi près d’une cinquantaine de médecins, de professionnels de santé, d’associations et de riverains lancent un Appel. Ils demandent l’arrêt de l’exploitation et du développement des centrales biomasse dans la capitale alsacienne. Ils réclament aussi la mise en place de stations de mesures permanentes dans le quartier du port du Rhin.

« Nous ne sommes pas contre les centrales biomasse, précise Thomas Bourdrel, mais contre la combustion du bois qui représente une grande partie du combustible utilisé dans ces centrales. Elles fonctionnent en grande partie au bois, ce qui pollue beaucoup plus. Alors qu’elles peuvent aussi fonctionner avec d’autres déchets, moins polluants, tels que les déchets végétaux agricoles. C’est surtout contre la partie « bois » que nous sommes vent debout. » Selon plusieurs études, rapporte le collectif, la combustion du bois serait la plus émettrice de polluants toxiques pour la santé. Le bois émettrait même 35 fois plus de HAP cancérigènes que le fioul domestique, alors que les chauffages au gaz et à l’électricité n’en émettent pas du tout. Pire encore : la combustion du bois serait également la source la plus émettrice de particules fines, de composés organiques volatils (COV) et métaux lourds. De quoi limiter sérieusement les bienfaits espérés sur la pollution de l’air avec l’instauration de la prochaine ZFE pour limiter la pollution diesel.

La solution du gaz ?

Strasbourg compte deux grandes centrales biomasse. Une au Wacken et une autre, classée et donc très surveillée, au Port du Rhin. Mais aussi des petites, collectives, notamment dans les nouveaux ensembles urbains qui se construisent un peu partout dans l’agglomération. Si les centrales récentes sont équipées notamment de filtres à manche permettant de diminuer les émissions de particules, ceux-ci laissent passer les particules les plus fines, les plus dangereuses, relève le collectif.

Pas de chauffage au fioul, au charbon, au bois, alors quelle solution ? Le gaz, prône Thomas Bourdrel, mais l’Etat va interdire son installation dans les logements neufs. « C’est un mauvais choix d’énergie qui est privilégié. Le gaz, pour une ville asphyxiée en permanence comme Strasbourg, serait la meilleure solution, en attendant que l’on ait du photovoltaïque, l’hydrogène et d’autres énergies vertes. Mais pour la transition, le gaz, et notamment le biogaz, devrait être privilégié. »

Aussi, l’Appel pour Strasbourg qui dénonce une pollution industrielle « sous estimée », demande l’arrêt de la combustion de biomasse ainsi que l’arrêt des centrales biomasses-incinérateurs adossées aux sites industriels. « De plus en plus de riverains sont excédés assure le collectif. Ils pourraient bien se regrouper pour porter ces questions devant la justice. »