Inondations mortelles sur la Côte d’Azur : « Enlever du béton là où il ne devrait pas être »… Cinq ans après, le hameau de la Brague va être « renaturé »

URBANISME Les 24 logements du lotissement de Biot vont disparaître pour permettre à une rivière de retrouver son lit naturel

Fabien Binacchi

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Les premières démolitions au hameau de la Brague ont eu lieu le mercredi 24 mars 2021, sous l'œil des caméras
Les premières démolitions au hameau de la Brague ont eu lieu le mercredi 24 mars 2021, sous l'œil des caméras — F. Binacchi / ANP / 20 Minutes
  • Dans la nuit du 3 au 4 octobre 2015, les inondations meurtrières survenues sur la Côte d’Azur avaient dévasté un lotissement de la commune de Biot.
  • Construit sur le lit de la Brague, une rivière, alors que les « plans de prévention du risque inondation n’existaient pas encore », ce hameau va être « renaturé ».

Ce mercredi matin à Biot, Cécile Lagier est revenue pour la dernière fois dans la maison qu’elle avait acquise en 2014. Ces 54 m2 sur trois étages, rachetés par la Communauté d’agglomération d’Antibes Sophia-Antipolis (Casa) l’été dernier, vont être rasés.

Comme les 23 autres logements du hameau de la Brague, du nom de la rivière qui avait tout dévasté sur son passage lors des inondations meurtrières survenues sur la Côte d’Azur dans la nuit du 3 au 4 octobre 2015.

Cécile Lagier et ses enfants, dans leur ancienne maison juste avant sa destruction
Cécile Lagier et ses enfants, dans leur ancienne maison juste avant sa destruction - F. Binacchi / ANP / 20 Minutes

« Nous n’étions pas là, heureusement. L’eau est montée jusqu’à 1,70 m dans le salon. Quand j’ai acheté, pour 400.000 euros, j’ai eu vraiment le coup de cœur pour ce lotissement avec piscine et avec ce petit cours d’eau juste à côté. Je ne savais pas du tout qu’il y avait des risques », explique la jeune femme.

« Les plans de prévention du risque inondation n’existaient pas »

Régulièrement inondé, cet ensemble construit dans les années 1980 sur un méandre de la Brague l’a été en toute légalité, alors que les « plans de prévention du risque inondation n’existaient pas encore », rappelle Jean Léonetti.

Le maire LR d’Antibes et président de la Casa était sur place ce mercredi matin pour assister aux premiers coups de pelleteuses. « On corrige des situations. On vient enlever du béton là où il ne devrait pas être », explique-t-il.

Ce soir d’octobre 2015, le lotissement, construit sur des remblais sur le lit de la Brague, avait été frappé de plein fouet par les flots et avait peut-être finalement entravé une régulation plus naturelle de la crue. En aval, trois pensionnaires d’une maison de retraite inondée avaient été retrouvées mortes. Le parc Marineland d’Antibes se retrouvait également noyé sous la boue.

Le hameau de la Brague et d’autres dans la plaine

Pour limiter les effets de nouvelles crues centennales, le hameau de la Brague va donc être « renaturé ». La mairie de Biot, via le fonds Barnier, et la communauté d’agglomération ont donc racheté l’ensemble des logements pour 8,6 millions d’euros.

Après les travaux de démolition et l’élimination des remblais « sur au moins 2 m de hauteur, nous allons élargir à nouveau le lit de la rivière, en le faisant passer de 30 à 80 m à cet endroit », précise Valérie Emphoux, responsable de la prévention des inondations à la Casa. Un espace de promenade et un piège à embâcle seront également mis en place, pour un coût supplémentaire de 5,5 millions d’euros.

« La Brague retrouvera son tracé naturel tel qu’on retrouve sur le cadastre napoléonien, précise le maire LR de Biot, Jean-Pierre Dermit. Ces travaux permettront de baisser le niveau de l’eau de 80 cm en cas de crue centennale. »

D’autres chantiers sont encore prévus en contrebas, toujours dans la plaine de la Brague, frappée depuis des décennies par les inondations. « Nous allons aussi démolir les Moulières et le hameau du Pylône [également rachetés], explique Jean Léonetti. A la place, il y aura de la nature, rien que de la nature. »