Occitanie : Sangliers, chevreuils… Un site pour signaler les animaux sauvages morts sur la route (et rendre la circulation plus sûre)

BIODIVERSITE Désormais, en Occitanie, automobilistes et habitants peuvent signaler les animaux sauvages morts sur les routes. Un programme, lancé par les chasseurs, pour restaurer les couloirs écologiques et limiter les dégâts

Hélène Ménal
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Un chevreuil, un blaireau, un sanglier, un renard... Si vous croisez ces animaux morts, vous pouvez aider à les recenser sur Via Fauna. Montage d'illustration.
Un chevreuil, un blaireau, un sanglier, un renard... Si vous croisez ces animaux morts, vous pouvez aider à les recenser sur Via Fauna. Montage d'illustration. — Mary Evans - Thomas Winstone - Richard Bowles - Hennadi Minchenko - Sipa
  • Fouine, sanglier ou chevreuil, les collisions avec des animaux sont légion.
  • En Occitanie, le projet Via Fauna, lancé par les chasseurs, propose aux automobilistes et habitants d’aider à recenser la mortalité routière de la faune sauvage.
  • L’idée est de rechercher avec les exploitants des routes ou autoroutes des solutions pour les limiter les dégâts.
  • Dans le Lot, par exemple, des piquets réflecteurs viennent d’apparaître au bord d’une route départementale pour dissuader les chevreuils de traverser au passage des voitures.

On croirait une expo sauvage de boîtes de conserve. Les 125 piquets réflecteurs plantés depuis peu en bordure de la route départementale 802, entre les petites communes lotoises de Durbans et Cambes, sont en fait des bouées de sauvetage pour les automobilistes et les chevreuils. En réfléchissant la lumière des phares, ils sont censés créer une barrière lumineuse et empêcher les animaux surpris de traverser au moment fatidique.

Les poteaux sont là jusqu’en mai, régulièrement passés au chiffon par les agents du conseil départemental. L’objectif est de tester leur efficacité sur cette petite portion de route où cinq chevreuils ont été percutés au printemps dernier. Cette expérimentation est une conséquence concrète du programme Via Fauna, lancé en 2017 par la fédération régionale des chasseurs d’Occitanie. « L’idée était de croiser les enjeux entre le maintien de la biodiversité et la Sécurité routière », explique Johan Roy, l’écologue chef du projet. Et en lien avec les exploitants des routes, des autoroutes ou des canaux, de repérer les « interruptions de couloirs écologiques » pour restaurer ces derniers.

Buse obus, blaireaux ou lièvres

L’expérience lotoise est le résultat des modélisations de Via Fauna, désormais financée par la Région ou encore l’Office français de la Biodiversité, et qui jusqu’à présent se contentait d’observations de terrain de chasseurs ou d’agents. Mais le programme vient de prendre une autre dimension avec l’ouverture au public de son « observatoire de la mortalité routière de la faune sauvage ».

Désormais, n’importe qui peut via une appli sur android, ou un site Internet, signaler sa traversée de sangliers, la buse assommée sur un pare-brise ou son malheureux télescopage avec un lièvre. De la biche au serpent, en passant par les oiseaux et le blaireau, tous les animaux sauvages tombés sur le bitume peuvent être recensés, cartographiés en temps réel.

Une laie traverse 3.300 fois la route…

De quoi alimenter des chiffres pour l’heure lacunaires. « Une étude de 2008 évoque 24.000 collisions d’animaux par an en France et 180 millions d’euros de dégâts », relève Johan Roy.

Un exemple de cartographie de Via Fauna. Les oiseaux sont en violet.
Un exemple de cartographie de Via Fauna. Les oiseaux sont en violet. - Via Fauna

Depuis, pas grand-chose, si ce n’est l’intuition des chasseurs que le calme du confinement a sans doute changé temporairement les habitudes des animaux sauvages. Et quelques données précises grâce à des sangliers équipés de GPS par les chasseurs de la Haute-Garonne : « une femelle suivie pendant un an a traversé 3.300 fois la route, un autre sanglier a passé trois nuits sur l’échangeur du Palays à Toulouse pendant le confinement », énumère l’écologue. Et toujours près de la Ville rose, une trentaine de chevreuils se noie tous les ans dans le Canal de Saint-Martory, d’où l’idée d’imaginer avec le conseil départemental des ponts flottants.

Autre développement concret de Via Fauna, la réflexion en cours avec l’Etat et les ASF sur un « point noir », animalier s’entend, sur l’autoroute A20, près de Montpezat-du-Quercy (Tarn-et-Garonne). L’autoroute y constitue une barrière naturelle mais la route communale bitumée qui passe en dessous ne séduit pas vraiment non plus sangliers et chevreuils. « Nous allons essayer d’enlever une bande de bitume pour laisser un passage terreux, indique Johan Roy, et d’installer un isolement phonique avec des panneaux de bois ». Le pari d’un chemin champêtre sans entraves, sous la voie express.