De Nantes à Angers, un énorme chantier à 42 millions d'euros pour rehausser le niveau de la Loire

FLEUVE La région des Pays-de-la-Loire finance à hauteur de 30 % ces travaux dont le but est de « restaurer les milieux aquatiques et valoriser ce patrimoine culturel et naturel unique »

Julie Urbach

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Des travaux pour réhausser le niveau de la Loire. Les épis vont être remodelés pour que le sable s'échappe
Des travaux pour réhausser le niveau de la Loire. Les épis vont être remodelés pour que le sable s'échappe — J. Urbach/ 20 Minutes
  • Le lit de la Loire s'affaisse petit à petit après que des aménagements, visant à l'époque à favoriser la navigation, ont été installés par l'homme il y a un siècle.
  • Après plusieurs dizaines d'années d'études, d'importants travaux se préparent pour redonner au plus long fleuve de France son fonctionnement naturel.

« Un grand fleuve de sable quelquefois mouillé ». Voilà comment l’écrivain Jules Renard décrivait la Loire, à la fin du 19e siècle. Près de 150 ans plus tard, un énorme projet à 42 millions d’euros ambitionne de faire mentir cette citation toujours d’actualité. Entre Nantes et Angers, où le niveau d’eau du fleuve ne cesse de baisser (jusqu à quatre mètres par endroits), d’importants travaux « de rééquilibrage du lit de la Loire » se préparent. Objectifs ? « Restaurer les milieux aquatiques et valoriser ce patrimoine culturel et naturel unique », a indiqué ce mardi matin Christelle Morançais (LR), lors d’une visite à Vair-sur-Loire.

La région Pays-de-la-Loire, qu’elle préside, finance « ce projet exceptionnel » à hauteur de 30 %. Une décision prise après plusieurs dizaines d’années d’études et de modélisations, lesquelles ont montré qu’il était nécessaire et possible de redonner au plus long fleuve de France son fonctionnement naturel. Car si la Loire est par endroits aussi basse, ce n’est pas la faute au réchauffement climatique mais bien à l’activité humaine, cherchant à l’époque à maîtriser ce fleuve capricieux et sauvage

Supprimer ces épis construits par l’homme

« Il y a plus d’un siècle, quelque 700 épis [ces enrochements perpendiculaires au fleuve] ont été installés en Loire entre Nantes et Angers notamment pour aider à la navigation lors de l’étiage, rapporte Séverine Gagnol, en charge du projet chez Voies navigables de France (VNF), principal financeur. Il y a eu aussi de multiples extractions de sable, effectuées pour les reconstructions d’après-guerre par exemple. Résultat, le lit du fleuve s’est petit à petit affaissé, des bras secondaires se sont déconnectés avec des bancs de sable qui se sont végétalisés, et des conséquences sur la biodiversité. »

Concrètement, les travaux qui commenceront à l’automne visent donc à remodeler ces épis, voire à les supprimer. Trois secteurs ont été identifiés : entre Montjean-sur-Loire et Ingrandes (travaux en 2021), entre Anetz et Oudon (en 2022) et entre Sainte-Luce et Saint-Julien de Concelles (en 2023). « Nous allons aussi enlever les chevrettes, ces ouvrages qui empêchaient le sable de venir se déposer naturellement au fond, complète Stéphanie Peigney-Couderc, directrice adjointe de VNF. A Sainte-Luce, il est aussi prévu que nous placions un seuil sous l’eau, afin de retenir les sédiments et donc de relever le niveau d’eau. »

« Réparer notre Loire sinistrée »

En plus d’agir sur les espèces naturelles et sur le paysage (caractérisé par ses nombreuses îles, encore faut-il que les bras soient en eau) ce rééquilibrage doit permettre d’éviter l’érosion des berges, le déchaussement des piles de pont, ou encore de faciliter le pompage pour produire de l’eau potable, explique la région Pays-de-la-Loire. « Le devoir de réparation de notre Loire sinistrée doit être honorée, indique de son côté le Comité pour la Loire de demain, qui se réjouit de bientôt pouvoir retrouver « les usages essentiels du fleuve », tels que le canotage ou la pêche. Selon Voies navigables de France, il n’y aura aucun effet (ni positif ni négatif) sur le phénomène d’inondations, qui a encore récemment inquiété à Ancenis.

Fin mars, la région soumettra au vote des élus une grosse enveloppe de 27 millions d’euros pour le plan Loire, dont 18 millions pour ce chantier. Après plusieurs réunions publiques en février, une enquête publique doit commencer le 1er avril prochain.