Vendée : Ils offrent une seconde vie pour les coquilles d’huîtres et en font de la porcelaine

RECYCLAGE L'entreprise Alegina va lancer une levée de fonds pour la construction d'une usine 4.0 en Vendée en 2024

David Phelippeau
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Philippe Gaboriau, co-fondateur de la société Alegina.
Philippe Gaboriau, co-fondateur de la société Alegina. — D.P. / 20 minutes
  • Trois Vendéens ont créé en 2018 Alegina, une start-up qui souhaite offrir un débouché à la coquille d’huître.
  • Les trois dirigeants ont surtout développé la fabrication de la porcelaine avec les coquilles d’huîtres.
  • Forts de leur succès, ils envisagent la création d’une usine 4.0 en Vendée pour 2023.

Ils ont décidé de donner une seconde vie à la coquille d’huîtres. Philippe Gaboriau, ancien fonctionnaire territorial et ex-maire d’une commune en Vendée, Thierry Didelon, à la tête de Didelon machines outils au Poiré-sur-Vie ( Vendée), et Dominique Girardeau, céramiste, se sont associés en 2018 pour créer, Alegina. A partir des coquilles d’huîtres, cette start-up vendéenne a mis au point trois types de matériaux : une pâte à porcelaine, un revêtement de chaussée et un substrat pour toiture végétalisée. « On considère l’huître comme une matière première et non comme un déchet, insiste Philippe Gaboriau. On propose de se réapproprier la coquille, c’est un projet qui a séduit la profession ostréicole. C’est finalement la meilleure manière pour qu’il y ait un geste de tri. Les ostréiculteurs ne demandent que ça. »

190.000 T d'huîtres sont produites en France chaque année.
190.000 T d'huîtres sont produites en France chaque année. - D.P. / 20 minutes

C’est fin 2016 que les trois associés ont eu cette idée. « Il y a des petites lumières qui s’allument parfois… », sourit Philippe Gaboriau, qui avoue avoir toujours eu « la passion pour les coquillages » et « une certaine sensibilité environnementale ». Jusqu’à la création de l’entreprise en 2018, les trois hommes s’informent, prennent des contacts, découvrent, s’interrogent beaucoup : « Y a-t-il vraiment un marché ? Que peut-on faire avec ces coquilles ? » Ils prennent « quelques gamelles », de l’aveu même de Philippe Gaboriau. Avec un laboratoire, ça n’a par exemple pas fonctionné. Les difficultés décuplent l’envie de réussir des trois hommes. D’autant qu’ils sont soutenus notamment par la région Pays-de-la-Loire.

Une porcelaine de grande qualité très prisée déjà

Pour la porcelaine, ils travaillent avec des céramistes installés à… Limoges. La pâte, appelée Kaomer, donne une porcelaine de grande qualité servant à concevoir des bijoux, des services pour les arts de la table etc. Confidentialité oblige, Philippe Gaboriau ne souhaite pas en dire davantage sur le procédé de fabrication. « Le monde du luxe, des plasticiens, des chefs étoilés, etc. viennent à nous. Des contrats se finalisent actuellement. » Les commandes se multiplient… L’unité de production située au Poiré-sur-Vie va vite devenir trop exiguë. A tel point que les trois associés, qui seront bientôt quatre, prévoient la construction d’une usine 4.0 sur une superficie de 2.000 à 3.000 m2, pour 2023 aux alentours de La Roche-sur-Yon. Les dirigeants, entourés désormais d’un ingénieur chimiste et de nombreux prestataires (designers, céramistes etc.), envisagent une levée de fonds de trois millions d’euros d’ici à la fin de l’année pour financer ce projet.

Reste maintenant à gérer l’approvisionnement en coquilles d’huîtres. Quelque 190.000 tonnes sont produites en France chaque année ; 130.000 tonnes sont commercialisées. La plupart de ces coquilles sont incinérées ou enfouies. « C’est une solution économique et écologique qui ne tient pas », regrette Philippe Gaboriau. Des discussions ont ainsi été entamées avec les différentes collectivités pour trouver une filière de collecte pérenne, qui garantirait une matière première en quantité et de qualité.