Bretagne : Une « nageoire de baleine » à l’arrière des gros tankers pour des économies de carburant spectaculaires

TRANSPORT MARITIME L’Ifremer et la start-up bretonne Blue Fins travaillent sur un système utilisant la force de la houle

Camille Allain
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Illustration d'un pétrolier en mer. En Bretagne, une start-up travaille sur un système de nageoire de baleine permettant de limiter la consommation.
Illustration d'un pétrolier en mer. En Bretagne, une start-up travaille sur un système de nageoire de baleine permettant de limiter la consommation. — KARIM SAHIB / AFP
  • A Brest, la start-up Blue Fins et l’Ifremer planchent sur un système permettant d’économiser du carburant sur les très gros bateaux.
  • Ce mécanisme de nageoire de baleine récupère l’énergie de la houle pour aider les pétroliers à avancer.
  • L’enjeu est de taille pour les armateurs qui devront réduire leurs émissions de gaz à effet de serre de 50 % d’ici 2050.

C’est un appendice que ses inventeurs comparent à une « nageoire de baleine ». L’image est parlante et illustre bien le rôle de ce « foil » né dans l’esprit d’un jeune ingénieur breton. Passé chez de grands industriels comme Naval Group ou Technip, Olivier Giusti est expert en ingénierie maritime. Sa fibre pour les énergies renouvelables l’a poussé à se pencher sur l’épineuse question de l’empreinte carbone du trafic maritime. Et c’est là que l’idée lui est venue de récupérer l’énergie des vagues. Pourquoi ne pas reproduire le mouvement de balance d’une nageoire de baleine pour faire avancer les plus grands bateaux du monde ?

« J’ai présenté mon idée à l’Ifremer en 2018. A l’époque, je pensais récupérer l’énergie de la houle pour la transformer en électricité. Mais c’est un marché très concurrentiel donc on a opté pour un système de propulsion généré par les mouvements de la mer », explique Olivier Giusti, fondateur de la start-up Blue Fins, installée à Brest (Finistère). Son système alimenté par la force houlomotrice permettrait en plus de générer de l’électricité susceptible d’alimenter le navire.

Les navires équipés pourraient économiser jusqu’à 20 à 30 % de carburant

Cette invention, lauréate du concours Octo'Pousse de l’Ifremer, l’ingénieur l’a mise au point avec la complicité de ses voisins scientifiques de l’Ifremer qui ont accepté de prêter leurs infrastructures pour tester les premiers prototypes à taille réduite. Accrochée à l’arrière des immenses pétroliers et méthaniers, la nageoire d’environ 25 mètres de long et 10 mètres de large s’actionne lorsque la mer ondule et que le navire se met en mouvement. Et les résultats sont très probants.

D’après les calculs, les navires équipés pourraient économiser de 20 à 30 % de carburant sur les routes les plus houleuses. « Quand un bateau est en mer, il n’y a pas toujours de vague. L’efficacité du système dépend du lieu, de la saison, de l’orientation de la houle, des vents. Nous devons étudier des parcours type pour les navires où cette technologie serait la plus utile », précise Marc Le Boulluec, ingénieur à l’Ifremer et membre du laboratoire Comportement des structures en mer.

En Bretagne, une start-up travaille sur un système de nageoire de baleine permettant de limiter la consommation des gros bateaux.
En Bretagne, une start-up travaille sur un système de nageoire de baleine permettant de limiter la consommation des gros bateaux. - Blue Fins / IFREMER

Son équipe qui regroupe environ 40 personnes sur le site de Brest s’emploie à étudier l’environnement maritime et les sollicitations dont font l’objet les structures flottantes. S’il est plus souvent appelé à travailler sur la résistance des éoliennes offshore que sur la consommation des super tankers de 300 mètres de long, le scientifique estime qu’avec des gains de 20 à 30 % de carburant, les transporteurs pourraient rapidement se tourner vers cette technologie. « Leur consommation en fioul lourd est énorme, même si en volume, le transport maritime est a priori moins polluant que le transport routier. Mais ils seront à l’écoute car ils ont des besoins d’économie ».

« Les armateurs ont la pression donc ils cherchent la bonne solution »

Ces « besoins » ont été imposés par l’accord de Paris signé en 2015, qui prévoit une réduction du volume total des émissions d’au moins 50 % en 2050 par rapport à 2008. D’après une étude menée en 2020 par l’Organisation maritime internationale (OMI), le transport maritime serait responsable de 2,89 % du total des émissions de gaz à effet de serre au monde. « C’est un marché encore nouveau. Certains utilisent des voiles​, d’autres un kite [un grand cerf-volant]. Les armateurs ont la pression donc ils cherchent la bonne solution », explique Olivier Giusti. Fondée en fin d’année, sa start-up vient de nouer un partenariat avec un gros industriel dont le nom restera secret. Un premier prototype à taille réelle pourrait voir le jour en 2023.

Le coût de cette technologie qui devra pouvoir être rétractée en cas de tempête ou de calme plat se chiffrera sans doute en millions d’euros pour l’armateur. « Entre un et dix millions suivant la taille et la complexité du navire », selon son inventeur. Un montant à mettre en perspective du coût global des mastodontes des mers, dont le prix d’achat peut atteindre 200 millions d’euros. Une goutte d’eau.