Coronavirus à Toulouse : Moins de voyages, moins de pollution… Ils envisagent l’aéronautique autrement

ALTERNATIVE Faut-il profiter de la crise du coronavirus pour repenser les usages de l’avion ? A Toulouse, berceau de l’aéronautique, certains – chercheurs, simples habitants ou salariés de la filière – osent le sacrilège. Avec des propositions concrètes

Hélène Ménal

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Une passagère dans un aéroport. Illustration.
Une passagère dans un aéroport. Illustration. — Andreas Arnold - AP - Sipa
  • Touché de plein fouet par la crise sanitaire et confronté à la problématique climatique, le secteur aérien doit-il faire sa révolution ?
  • A Toulouse, où le sujet est particulièrement sensible, un collectif mêlant syndicalistes, scientifiques, habitants et même salariés de la filière, appelle à un grand débat sur l’aéronautique de demain.
  • Pour lui, l’avenir passe en partie par une autre façon de voyager, avec des solutions concrètes, et inévitablement polémiques.

Et si deux fois au cours de votre vie professionnelle vous aviez la possibilité de poser un « congé voyage » de six mois ? Pour partir loin, explorer et découvrir lentement plutôt que de multiplier les sauts de puce en avion en jonglant avec vos congés payés. Cette option fait partie des réflexions dévoilées ce jeudi à Toulouse par le collectif Pensons l’aéronautique pour demain (PAD).

A l’heure où dans le berceau de l’aéronautique, beaucoup regardent tomber les licenciements chez les sous-traitants d’Airbus en croisant les doigts pour que les effets de la crise sanitaire se dissipent au plus vite, le PAD cherche à en tirer les leçons. En pointant les dangers – désormais très concrets – d’une certaine dépendance à la mono industrie. Le collectif regroupe des contributeurs à la base improbables : des riverains de l’aéroport, forcément archi-convaincus, mais aussi des cégétistes, des chercheurs en économie ou en écologie plutôt sceptiques sur l’avion à hydrogène ou même des étudiants de la filière ou des salariés de l’aéronautique du collectif Icare.

« Rebattre les cartes »

Pour les salariés actuels ou futurs, on se dit qu’il y a un côté « maso » à tenter de scier la branche sur laquelle ils sont assis, dans un « cœur du réacteur » où 110.000 emplois directs dépendent de l’aéronautique. « C’est vrai, reconnaît Yves* un ingénieur. Mais même avant le Covid, nous étions nombreux déjà à nous dire que la recherche d’une croissance du trafic à tout prix allait trop loin. C’est le moment ou jamais de rebattre les cartes et d’utiliser les compétences de l’aéronautique dans des filières plus diversifiées et robustes, moins vulnérables ».

« Il faut que les choses soient claires, nous ne sommes pas contre l’avion, anticipe aussi Maxime Léonard, de la coordination aéronautique CGT, nous sommes pour une perspective plus modérée ». D’autant que la problématique climatique, comme le prouve le rapport du think-tank The Shift Project, présenté mercredi, s’invite dans le débat. Yves est convaincu par ces enjeux environnementaux. Passionné par les aspects technologiques de son métier, l’ingénieur se dit que « monter une usine textile pour filer du chanvre », une ressource écolo, n’est pas si éloigné de la mise en place d’une chaîne d’assemblage d’avions.

Quotas calculés en émission de CO2

Le PAD planche depuis le mois de novembre sur les alternatives. Avec donc, notamment, cet atelier citoyen sur un autre tourisme, régulant un trafic aérien qui, avant le Covid, doublait tous les 15 ans mais pourrait avoir du mal à redécoller. « Le voyage ne se réduit pas à l’avion », estime Pascal Gassiot, de la fondation Copernic. Les idées iconoclastes fusent : « des quotas de voyage par personne calculés en fonction du CO2 émis », des bonus en congés payés supplémentaires pour ceux qui choisiraient le train. Le PAD creuse profond, en évoquant même une aide aux pays qui vivent du tourisme de masse low cost. « L’avion est une ressource précieuse mais aussi coûteuse pour l’environnement, il faut veiller à ne pas la dilapider », souligne Chantal Beer-Demander, la présidente du Collectif contre les nuisances aériennes de *l’agglomération toulousaine.

Le sujet est vaste, plus qu’épineux à Toulouse. Le PAD en a conscience. Il propose d’en débattre publiquement en organisant des « assises de l’aéronautique », « probablement cet été ». Avec « des décideurs industriels » mais aussi des représentants du tourisme, des élus et des habitants. Gros débat en approche.

* Le prénom a été changé