Vendée Globe : La skippeuse Alexia Barrier est aussi une exploratrice pour l'environnement

SCIENCES Alexia Barrier, qui est arrivée aux Sables-d’Olonne dimanche, un mois après le vainqueur, explique avoir concouru pour la science et non la performance

Elise Martin

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La Niçoise Alexia Barrier a bouclé le Vendée Globe en 111 jours, 17 heures et 8 minutes dimanche 28 février
La Niçoise Alexia Barrier a bouclé le Vendée Globe en 111 jours, 17 heures et 8 minutes dimanche 28 février — J-F. Monier / AFP
  • La navigatrice Alexia Barrier a profité de ce tour du monde pour faire des relevés scientifiques sur l’état de la mer.
  • Grâce à ce défi sportif et l’association 4myplanet, elle espère sensibiliser les enfants (mais pas que) sur les questions environnementales et la protection de la biodiversité.

« Je ne réalise toujours pas », lâche Alexia Barrier qui vient de boucler son premier tour du monde en 111 jours seule, sans assistance ni escale lors de la neuvième édition du Vendée Globe. Arrivée dimanche aux Sables-d’Olonne, un mois après le vainqueur Yannick Bestaven, elle confiait ce mardi à 20 Minutes : « Ça fait bizarre de ne plus faire attention à tout sur le bateau ».

La Niçoise est partie en sachant qu’elle « n’était pas dans le match ». Son bateau, l’Imoca surnommé le « Pingouin » a été mis à l’eau pour la première fois en 1997. « Quoi que je fasse, je savais que je n’avais pas les mêmes capacités que mes concurrents même en y mettant la même énergie. C’est comme chauffer une maison les fenêtres ouvertes », précise la navigatrice. Alors, elle s’est concentrée sur d’autres défis.

« Mon plus beau souvenir ? La rencontre avec la nature »

Lorsqu’elle s’est lancée dans l’aventure, Alexia Barrier emmenait avec elle sa volonté de jouer un rôle sur la protection de l’environnement. Elle a profité de visiter les eaux du monde pour y faire des relevés. « J’ai fait des prélèvements de température et de salinité, lancé des bouées pour les scientifiques en partenariat avec IOC Unesco, l' Ifremer et la Classe Imoca, développe-t-elle. Ça peut paraître une goutte d’eau comme ça mais c’est essentiel. Ces données sont précieuses et rares. Personne n’est dans le Grand Sud. Seuls les satellites envoient des informations mais la recherche a aussi besoin d’avoir des éléments in situ pour la préservation de la planète ».

La protection de l’environnement fait partie de tous ses projets depuis dix ans maintenant. A travers cette expérience, elle a d’ailleurs été marquée par l’importance de remettre en question « notre manière de vivre ». « Mon plus beau souvenir, c’était au moment du 40e jour sans avoir vu un humain. Au niveau des quarantièmes rugissants, je suis tombée nez à nez avec un phoque. On s’est regardé dans les yeux, lui, au milieu de son environnement naturel, et moi, très émue de ce spectacle et de ce lien avec un être vivant ».

Après ce tour du monde, la skippeuse retient que « la vie sauvage se plaît quand elle est très loin de celle des hommes ». Elle précise : « J’ai été en contact direct avec la biodiversité. J’ai vu une multitude d’espèces différentes d’oiseaux. C’est là que je me dis qu’il faut vraiment laisser la nature tranquille ».

« J’espère que ça pourra inspirer les enfants »

A travers ce défi sportif, Alexia Barrier voulait sensibiliser le grand public à la lutte contre le réchauffement climatique et notamment les enfants avec son association 4myplanet. Elle leur envoyait des vidéos et recevait leurs messages sur le bateau. « Ça m’a fait beaucoup de bien. C’est beaucoup plus facile de parler de protection de la nature avec des enfants finalement », plaisante-elle qu’à moitié.

« Je voulais aussi porter un message d’espoir, d’énergie et d’inspiration. Pour montrer que tout est possible quand on y croit ». Cette philosophie de battante est liée au fait qu’elle soit la dixième femme ayant bouclé le Vendée Globe depuis l’apparition de la mixité en 1996. « Ça montre que dans notre sport, on a notre place. Même s’il y a encore des difficultés à avoir des financements, on progresse. J’espère que ça aura encouragé des jeunes sportives à poursuivre leurs rêves. Ce n’est pas une question de genre, si on a un talent, il faut le laisser s’exprimer ».

En attendant son prochain tour du monde en bateau, en 2024, elle fera d’ici trois semaines, le tour de France en train pour rencontrer des jeunes et leur transmettre l’expérience qu’elle vient de vivre. « On a parfois besoin de voir les gens en vrai », conclut-elle.