Seuls 14 % des cours d’eau du globe n’ont pas eu leur faune impactée par la main de l’Homme

BIODIVERSITE Des scientifiques ont mis au point un nouvel indicateur de la biodiversité dont les résultats montrent que plus de 50 % de 1.456 cours d’eau du globe ont eu leur faune de poissons modifiée à cause de l’activité humaine

Béatrice Colin
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Le fleuve Oyapock, frontalier entre la Guyane Française et le Brésil, l'un des rares cours d'eau d'Amérique du Sud dont la biodiversité en poissons reste encore peu modifiée par les activités humaines.
Le fleuve Oyapock, frontalier entre la Guyane Française et le Brésil, l'un des rares cours d'eau d'Amérique du Sud dont la biodiversité en poissons reste encore peu modifiée par les activités humaines. — Sébastien Brosse - EDB
  • Entre extinctions de certaines espèces et introductions d’autres, ou encore surpêche, la biodiversité des cours d’eau du globe a beaucoup changé au cours des deux derniers siècles.
  • Des scientifiques, coordonnés par le Toulousain Sébastien Brosse, ont mis au point un nouvel indicateur de la biodiversité.
  • Les résultats, publiés dans la revue Science, montrent que seuls 14 % des cours d’eau du globe ont été peu impactés par l’activité humaine.

Il y a un siècle, les saumons et esturgeons frayaient dans la Garonne sans que personne ne se soucie de les voir un jour disparaître. Aujourd’hui, victimes de la surpêche, de la détérioration de leur milieu mais aussi de nouveaux prédateurs introduits par l’homme comme le silure, ces deux espèces sont en danger. Et elles ne sont pas les seules depuis deux siècles à être en voie d’extinction dans les cours d’eau du globe.

« Il y a 170 cas d’extinctions attestés dans le monde, mais on est très loin du compte car pour que ce soit attesté il faut que nous n’ayons pas vu l’espèce durant dix ans. Il y a un rapport de l’IUCN [L’Union internationale pour la conservation de la nature] qui vient de sortir et corrobore nos résultats », indique Sébastien Brosse, professeur à l’université Toulouse III - Paul Sabatier et membre du laboratoire Évolution et diversité biologique (CNRS/Université Toulouse III - Paul Sabatier/IRD).

Avec son équipe, il vient de mettre au point un nouvel indicateur de biodiversité pour connaître l’impact de l’activité humaine, où il prend en compte aussi bien le nombre d’espèces, leur rôle mais aussi leurs liens de parenté entre elles pour observer les changements. Leurs premiers résultats viennent d’être publiés dans la revue Science et ils sont imparables : si plus de 50 % des 2.456 cours d’eau du globe, considérés dans l’étude, ont eu leurs faunes de poissons fortement modifiées par les activités des hommes, seuls 14 % restent peu impactés et ils n’abritent que 22 % des espèces de poissons d’eau douce de notre planète.

Des cours d’eau préservés

Des notes ont ainsi été données, de zéro, où aucun indicateur n’est impacté, jusqu’à douze, où ils le sont tous. « Il y a 14 % de la surface mondiale des cours d’eau qui ont peu changé et ont une note inférieure ou égale à trois. Ils n’ont eu aucun changement local, n’ont enregistré aucune extinction, ni introduction d’espèces. On les retrouve dans les zones où il y a peu d’humains ou d’activités économiques, dans les zones tropicales, comme l’Amazonie, l’Afrique centrale, une partie de l’Asie du sud-est, le nord de l’Australie et quelques cours d’eau à l’extrême nord de l’hémisphère nord », précise Sébastien Brosse. Aucun n’atteint le niveau zéro, car il y a toujours un cours d’eau environnant pour avoir un impact négatif sur lui.

Pas besoin d’espérer être sur le tableau d’honneur pour nos fleuves et rivières d’Europe de l’ouest ou d’Amérique du Nord. La Garonne hérite d’un 11/12 quand la Tamise décroche le pompon avec un 12/12. Et là, il n’est donc question d’extinctions validées. « Au total, il y a 4.000 espèces listées en danger, et qui vont disparaître très probablement. Si on prend l’esturgeon européen, il reste quelques milliers d’individus uniquement dans l’estuaire de la Garonne, lui c’est à très courte échéance. Ce changement déjà marqué de la biodiversité, c’est vraiment une première alerte qui risque d’être suivie par un déclin plus marqué », poursuit le scientifique.

Décisions politiques

Et en parallèle de ces extinctions dues à la pression humaine, ce qui faisait la richesse de la faune endémique va s’appauvrir pour s’orienter vers des écosystèmes aquatiques de plus en plus homogènes. Si faire marche arrière semble très compliqué, la prise de conscience citoyenne du déclin de la biodiversité existe. « Mais nous aurions besoin de prises de décision politiques fortes. On pourrait penser à des mesures plus drastiques pour tenter d’exclure des espèces invasives, une des causes du déclin de la biodiversité. Cela pourrait passer aussi par le fait de faire sauter des barrages ou encore réduire nos rejets, mais aussi la surexploitation », conclut Sébastien Brosse.