Loire-Atlantique : Vétérinaire ostéopathe, elle soigne les vaches sans médicaments

AGRICULTURE L'ostéopathie, ce n'est pas que pour les humains. En Loire-Atlantique, Elsa Louvet manipule les bovins en étant à l'écoute de leur bien-être. Une approche qui se développe

20 Minutes avec AFP

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Elsa Louvet, vétérinaire et ostéopathe en Loire-Atlantique
Elsa Louvet, vétérinaire et ostéopathe en Loire-Atlantique — D.Meyer/AFP

Après une matinée passée à soigner des chiens et chats à la clinique vétérinaire du Sillon, à Blain (Loire-Atlantique), Elsa Louvet enfile sa tenue noire, ses chaussures de sécurité, et s’installe au volant de son véhicule utilitaire pour emprunter les chemins cahoteux de la campagne nantaise qu’elle sillonne depuis 2015. Agée de 32 ans, la vétérinaire ostéopathe propose aux éleveurs une alternative à la médecine traditionnelle animale, sans médicaments ni anti-inflammatoires.

Dans une ferme de Loire-Atlantique, ses mains accrochées sur le dos d’une vache bretonne, la jeune femme cherche « les points de tension » de l’animal de 600 kg qui peine à retomber sur son postérieur. Il se positionne mal, compense la douleur en repliant une patte. « Je vais faire un certain nombre de choses derrière. Je vais aussi travailler par voie rectale », explique le Dr Louvet, avant de plonger sa main protégée d’un gant dans la partie interne de l’animal. La vache meugle doucement mais ne se débat pas.

Il s’agit de mettre le bovin en confiance. « Si je suis tendue, je transmets ma tension, et je ne peux pas aller jusqu’au relâchement de l’animal », commente cette « véto » rurale qui est aussi « la première à savoir quand un coup va partir. »

Cracking, points de tension…

La manipulation est longue et physique. « En ostéopathie animale, on superpose plusieurs techniques. Il y a le cracking qui consiste à faire vibrer les vertèbres, c’est la même chose quand on a un écrou qui est coincé : on tape dessus pour le faire vibrer et le dégripper », explique la vétérinaire. Au niveau du cadran viscéral, « on va chercher les points de tension, ceux qui sont le plus dysfonctionnants, à l’origine de tensions dans l’organisme. Beaucoup sont sous la voûte lombaire », ajoute-t-elle, avant de saisir une patte qu’elle tient repliée.

Une demi-heure après, la noiraude a rejoint ses congénères. « Je suis arrivée au bout de ce que je pouvais faire aujourd’hui », glisse Elsa Louvet, pour qui le rétablissement « peut prendre deux jours comme deux semaines ». « On va retomber sur l’équilibre de manière automatique. C’est comme enlever les cailloux d’une rivière qui empêchent l’eau de couler ».

Moyennant une cinquantaine d’euros la séance, l’éleveur s’est laissé convaincre par l’ostéopathie. « C’est la même chose que les phytosanitaires, considère le quinquagénaire. A un moment donné, on nous a inculqué que c’était la solution miracle, comme le médicament chez les vétérinaires. »

« Eviter un certain nombre de maladies »

Cette technique connaît depuis plusieurs années un regain d’intérêt et suit la tendance récente du législateur à considérer les animaux comme des « êtres sensibles ». Elsa Louvet, qui consacre 25 à 50 % de son activité à l’ostéopathie, estime que cette pratique, comme l’acupuncture et « toutes ces médecines qui prennent le corps dans sa globalité, vont permettre d’éviter un certain nombre de maladies ». « Tout ce qui est gestion de l’immunité, tout ce qui est bien-être de l’animal en global, va permettre aux animaux de mieux se défendre contre les agressions et les infections », souligne-t-elle.

Selon les derniers chiffres de l’Ordre des vétérinaires, 384 vétérinaires inscrits à l’Ordre ont déclaré réaliser des actes d’ostéopathie sur le territoire français, dont 131 qui sont titulaires du diplôme d’école ou diplôme inter-école des ENV (Écoles nationales vétérinaires) qui dépendent du ministère de l’Agriculture.

Si l’ostéopathie animale par des non-vétérinaires est autorisée par décret depuis 2017, « pour pouvoir réaliser des actes d’ostéopathie sur des animaux, tout non-vétérinaire doit valider ses compétences au préalable », rappelle l’Ordre des vétérinaires qui souligne qu’à défaut, il s’agit d’un exercice illégal de la médecine vétérinaire.