Haute-Garonne : Pour « recréer l’hiver d’il y a 40 ans » et sauver ses abeilles, un apiculteur les confine à la cave

EXPERIENCE Persuadé que le réchauffement climatique désoriente les abeilles et augmente leur mortalité, un apiculteur haut-garonnais a mis ses ruches à la cave pour les faire profiter d’un hiver artificiel

Hélène Ménal

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Une abeille qui butine. Illustration.
Une abeille qui butine. Illustration. — Ausloos - Sipa
  • Le réchauffement climatique entraîne des redoux hivernaux trompeurs pour les abeilles qui s’épuisent à aller butiner hors saison.
  • Pour contrer le phénomène et confirmer son intuition, un apiculteur du Volvestre, près de Toulouse, a eu l’idée de confiner ses ruches à la cave pour créer les conditions d’un « vrai » hiver.
  • Au sortir des grands froids, l’expérience, soigneusement documentée, s’avère concluante.

Il n’y a plus de saisons, même pour les abeilles. En entraînant des redoux hivernaux de moins en moins exceptionnels, le réchauffement climatique déboussole les ruchers. C’est du moins l’intuition – qui s’est muée en « constatation » au cours de l’hiver – de Xavier Dumont, un apiculteur et scientifique retraité habitant à Latrape, au sud de Toulouse.

« Au moindre rayon, elles partent butiner alors qu’elles devraient hiverner, j’en ai même vu carrément mourir loin du rucher engourdies par le froid », raconte l’apiculteur passionné. Bilan des courses, « au moment des fortes gelées de février, elles ne sont plus assez nombreuses pour se réchauffer entre elles », et meurent de plus belle. Sans compter les reines qui, croyant le printemps venu, pondent et pondent encore, favorisant l’infestation par le verroa, un acarien friand de larves qui, s’il est en trop grand nombre, peut faire mourir les colonies d’abeilles.

Un garage fait aussi l’affaire

Xavier Dumont en a eu assez de retrouver ses ruches décimées au sortir de l’hiver. Ce scientifique de formation, qui aime expérimenter et transmettre dans son Rucher de Cantegril comme le montrent ses vidéos YouTube, a donc décidé de « recréer les hivers d’il y a quarante ans », froids d’un bout à l’autre. Un temps où les abeilles se préservaient du froid en rentrant « en léthargie ».

Les ruches en cave de Xavier Dumont.
Les ruches en cave de Xavier Dumont. - Xavier Dumont - Le Rucher de Cantegril

Alors, comment remonter le temps ? « En mettant les ruches en cave » tout simplement, « ou si on n’en a pas dans un garage, une pièce orientée au nord qui reste fraîche et à température pouvant varier de 2 à 12 °C ».

Des sorties pour se dégourdir les ailes

Le retraité aux airs d’instituteur d’antan a « hiverné dans son garage » ses ruches le 20 novembre 2020. Il a tâtonné au départ, buttant sur le cycle jour/nuit, pour constater que l’obscurité complète était indispensable. « Elles se sont vite apaisées, on n’entendait plus une mouche voler », se souvient-il. Tous les dix jours environ, il a sorti ses ruches au soleil, histoire que ses pensionnaires « se dégourdissent les ailes et fassent leurs petits besoins ».

Et en cet hiver finissant, au bout de 70 jours de mise en cave, l’heure a sonné de déconfiner les travailleuses : ses quatre ruches ont non seulement survécu à l’expérience mais elles sont restées « bien populeuses » et le taux d’infestation par le verroa a très fortement diminué puisque les reines ne pondaient plus. Xavier Dumont invite la grande communauté apicole à participer à l’expérimentation l’hiver prochain.