Chantiers de l’Atlantique : Bientôt un immense prototype de voile pour équiper les paquebots

CROISIERE Les Chantiers de l’Atlantique veulent utiliser la force du vent pour propulser des paquebots. Un prototype grandeur nature sera installé l’an prochain à Saint-Nazaire

Frédéric Brenon

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Image de synthèse d'un paquebot à propulsion vélique.
Image de synthèse d'un paquebot à propulsion vélique. — Chantiers de l'Atlantique
  • Le projet Solid Sail consiste en la fabrication d’une très grande voile capable de tirer de gros navires.
  • Un démonstrateur culminant à 95m de haut sera installé à terre à Saint-Nazaire en 2022.
  • Les Chantiers de l’Atlantique espèrent séduire rapidement des armateurs.

Bien conscient des problématiques environnementales posées par ses énormes paquebots, les Chantiers de l'Atlantique travaillent depuis près de dix ans à l’idée de construire un jour des navires de croisière propulsés à l’aide du vent, donc par des voiles. Le projet avance et va franchir une étape décisive avec la réalisation d’un prototype grandeur nature et son installation, à terre, à Saint-Nazaire​ en 2022, annonce ce mardi Laurent Castaing, patron du constructeur naval.

Le projet, baptisé « Solid Sail », consiste en la fabrication d’une large voile en matériaux composite suffisamment robuste pour tirer une charge aussi importante qu’un grand navire transportant des passagers. Constituée de panneaux roulants semi-rigides, elle sera hissée et affalée comme un éventail, de manière automatisée. Son gréement en carbone comportera un haut mât capable de tourner à 360° pour s’adapter à la direction du vent. Le mât serait lui-même inclinable de 70 degrés pour « passer sous les ponts ».

18 millions d’euros de dépense

Dès la fin de l’été 2021, un démonstrateur composé d’un mât inclinable et d’une voile de 500 m2 sera positionné, au sol, sur le site des Chantiers de l’Atlantique. Il sera exposé aux vents tout l’hiver puis remplacé, courant 2022, par un gréement doté d’un mât de 85 m et supportant une voile d’environ 1.200 m2. « Il sera visible de loin », sourit Laurent Castaing.

Le démonstrateur de voile Solid Sail sera installé sur le site des Chantiers de l'Atlantique en 2022.
Le démonstrateur de voile Solid Sail sera installé sur le site des Chantiers de l'Atlantique en 2022. - Chantiers de l’Atlantique / Creasynth

Coût de l’investissement : 18 millions d’euros. Une « somme considérable », supportée pour moitié par les Chantiers de l’Atlantique et, pour l’autre moitié, par des aides du conseil régional des Pays-de-la-Loire, du conseil régional de Bretagne, de l’Ademe et de l’Europe. « Sans ces aides, on n’aurait jamais été au bout », considère Laurent Castaing.

Des armateurs, dont MSC, déjà intéressés

Cette propulsion vélique est destinée à des paquebots d’environ 200 m de long, plus petits donc que les plus gros mastodontes sortis de Saint-Nazaire. « La voile viendra s’ajouter aux propulsions classiques. Il y aura encore des moteurs sur les navires à passagers. Ne serait-ce que pour des raisons de sécurité et de réglementation », explique Laurent Castaing. La réduction d’émission de C02 prévisionnelle est estimée à 40 %.

Les Chantiers misent sur le démonstrateur pour séduire les armateurs et susciter des commandes aussi vite que possible. « Il y a des clients intéressés par le concept », assure, confiant, Laurent Castaing. Le croisiériste MSC, client historique des Chantiers de l’Atlantique, en fait partie. Mais la propulsion « Solid Sail » présenterait « tellement d’avantages » qu’elle pourrait aussi d’adresser à des navires de transport de marchandises ou des grands navires de plaisance. Dans le meilleur des scénarios, le premier paquebot à propulsion vélique ne serait pas opérationnel avant 2025.

Le projet a été mené en partenariat avec une dizaine d’industriels de Bretagne et des Pays-de-la-Loire. Le navigateur Jean Le Cam, quatrième du dernier Vendée Globe, a aussi apporté son expertise.