La restauration livrée sommée de réduire l'impact environnemental de ses emballages

CHARTE Deliveroo, Uber Eats, Frichti… Ce lundi, Barbara Pompili, ministre de la Transition écologique, réunit les acteurs de la restauration livrée autour d’une charte d’engagements à réduire l’impact environnemental de leurs emballages. Ce qui passe par le réemploi ?

Fabrice Pouliquen

— 

Un livreur à vélo, travaillant pour la plateforme Deliveroo, rue de Rivoli à Paris.
Un livreur à vélo, travaillant pour la plateforme Deliveroo, rue de Rivoli à Paris. — M.ASTAR/SIPA
  • 200 millions de repas ont été livrés en France en 2019. En considérant que pour un repas livré, trois à quatre emballages sont utilisés, cela représente au bas mot plus de 600 millions d’emballages à usage unique, calcule le ministère de la Transition écologique.
  • Dans cette charte signée ce lundi, les principaux acteurs français de la restauration livrée s’engagent à réduire leur utilisation de plastique à usage unique et améliorer le réemploi de leurs emballages.
  • Ils promettent surtout d’expérimenter en 2021 de solutions locales de réemploi de contenants et emballages. Comme celles que mettent en place, ces derniers temps, un nombre croissant de restaurateurs spécialisés dans la livraison à emporter.

Les principales plateformes de livraison de repas (Uber Eats, Stuart ou Deliveroo…), et principaux acteurs de la cuisine digitale* (Foodcheri, Nestor, PopChef, Frichti…). Mais aussi des fabricants d’emballage (Metro, Duralex) et des start-up spécialisées dans la réutilisation de contenants (Reconcil, En boîte le plat, ou Uzaje)…

Vingt acteurs de la restauration livrée ont rendez-vous ce lundi après-midi au ministère de la Transition écologique. Réunis par la ministre Barbara Pompili, ils signeront une charte d’engagements volontaires pour réduire l’impact environnemental de leurs emballages et développer le réemploi.

Un secteur grand consommateur d’emballages à usage unique

L’enjeu est de taille dans la bataille contre le plastique à usage unique. En 2019, en France, plus de 200 millions de repas ont été livrés par les acteurs du secteur de la restauration livrée. « En considérant que pour un repas livré, trois à quatre emballages sont utilisés, cela représente au bas mot plus de 600 millions d’emballages à usage unique qui terminent dans nos poubelles », calcule le ministère de la Transition écologique.

Ce n’est pas la première fois que les acteurs de la restauration livrée sont réunis à l’Hôtel de Rocquelaure. En juillet dernier déjà, Brune Poirson, alors secrétaire d’État à la Transition écologique, les avait rassemblés en leur donnant trois mois pour présenter leurs stratégies « zéro déchet ». « Il y a eu des premiers rendus, assure, à 20 Minutes, Barbara Pompili. Mais le deuxième confinement et toutes les problématiques liées au Covid-19 ont pu retarder des acteurs dans l’élaboration de leur stratégie. Nous voulions leur laisser plus de temps pour avoir la charte la plus ambitieuse et réaliste possible. »

Aller plus loin que la loi antigaspillage pour une économie circulaire

La loi anti-gaspillage pour une économie circulaire (Agec), dont on fête le premier anniversaire, fixe déjà toute une série d’obligations en matière de réduction des plastiques à usage unique au secteur de la restauration, y compris la restauration livrée. C’est notamment l’interdiction de toute une série d’objets en plastique à usage unique déjà effective. Les gobelets, verres et assiettes jetables depuis le 1er janvier 2020 et les couvercles à verre, les couverts et les récipients en polystyrène expansé depuis cette année. C’est aussi la suppression progressive des emballages plastiques à usage unique avec un objectif de fin de mise sur le marché en 2040.

« Cette loi Agec apporte les règles et objectifs généraux dont on a besoin, reprend la ministre de la Transition écologique. En parallèle, il y a tout un travail de réflexion et de concertation à mener, secteur par secteur, pour voir comment atteindre concrètement ces objectifs. Et cette question se pose en particulier pour la restauration livrée à domicile, qui consomme beaucoup de plastique à usage unique aujourd’hui et qui est en plein boom depuis le début de la crise sanitaire liée au Covid-19. »

Cette charte comprend dix engagements. Les signataires promettent notamment de bannir les sacs plastiques pour la livraison d’ici 2023, de mettre fin à la livraison systématique de couverts et de sauces dès le 1er mars prochain et, surtout, d’arriver à 50 % d’emballages livrés sans plastique à usage unique d’ici le 1er janvier 2022 et 70 % d’ici le 1er janvier 2023. Autres engagements marquants : celui d’atteindre 100 % de contenants et emballages recyclables en 2022.

Plus que le recyclage, viser le réemploi…

Surtout, cette charte veut ouvrir la voie au développement du réemploi dans la restauration livrée. Autrement dit, l’utilisation d’emballages et de contenants réutilisables que l’entreprise récupérerait elle-même une fois vide ou que le consommateur aurait à charge de rapporter lui-même. Ils seraient ensuite lavés pour être remis dans le circuit. Parce qu’il contribue à réduire la production de déchets et parce qu’il utilise globalement moins d’énergie, le réemploi est à privilégier au recyclage**, considèrent les ONG environnementales. La loi Agec fait aussi cette hiérarchie et fixe des obligations en la matière à la restauration rapide. A compter de 2023, les repas et boissons consommés dans l’enceinte de ces établissements [typiquement McDonald’s] devront ainsi être servis dans des contenants réutilisables.

En revanche, il n’y a pas d’obligations similaires prévues pour les repas proposés en vente à emporter ou livrés à domicile ou dans les entreprises. Cela n’empêche pas des restaurateurs d’expérimenter les repas servis dans des boîtes consignées que le client a la charge ensuite de rapporter.

Ces initiatives essaiment à mesure que les start-up qui cherchent à les épauler dans cette transition se structurent et montent en puissance. Sitôt la charte signée, Barbara Pompili s’en ira à Neuilly-sur Marne (Seine-Saint-Denis) pour l’inauguration du centre de lavage industriel d’Uzaje. Le premier en Ile-de-France de l’entreprise qui en exploite déjà un à Rennes et prévoit d’en avoir huit couvrant toute la métropole en 2022. « A Neuilly-sur-Marne, on pourra laver jusqu’à 40 millions de contenants par an, détaille Emmanuel Auberger, fondateur et président d’Uzaje. Ils viendront notamment de la grande distribution et de la restauration collective où nous avons des partenariats pour développer les emballages consignés, mais aussi de la restauration livrée. A partir de ce printemps, nous allons par exemple travailler avec Foodles [restaurant d’entreprise connecté], l’une des entreprises réunies par Barbara Pompili ce lundi. »

La promesse d’essayer…

C’est alors tout l’objectif de cette charte : pousser les principaux acteurs de la restauration livrée à se lancer concrètement dans le réemploi. Les signataires s’engagent ainsi à mener dès 2021 des expérimentations de solutions locales en la matière. « Elles serviront à évaluer l’intérêt écologique et la viabilité économique de ces systèmes de réemploi, indique Barbara Pompili. Ces acteurs ne seront pas laissés seuls. Un comité de suivi se réunira tous les deux mois pour faire un point sur ces tests. Ils pourront aussi profiter d’un accompagnement de l’Ademe (Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie) et demander à mobiliser les crédits ouverts par le volet économie circulaire du plan « France Relance ». »

Soit tout de même 500 millions d’euros, « dont environ la moitié, justement, est dédiée aux solutions de substitution et au recyclage des plastiques », rappelle la ministre.

*Ces restaurants « virtuels » qui fonctionnent à partir d’une cuisine centrale

**Utiliser la matière première d’un déchet - un emballage par exemple - pour en faire un nouvel objet