Gironde : Au domaine de Nodris, ils veulent esquisser un nouveau modèle pour l’agriculture de demain

ALIMENTATION Le domaine de Nodris, dans le Médoc, sera un tiers lieu hybride, qui accueillera des événements culturels et des agriculteurs bio, le département s’étant fixé pour objectif de développer l’agriculture vivrière

Mickaël Bosredon

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Le domaine de Nodris, en Gironde
Le domaine de Nodris, en Gironde — Mickaël Bosredon/20 Minutes
  • Site historique du festival Reggae Sun Ska, le domaine de Nodris au cœur du Médoc, est en train d’être entièrement réhabilité.
  • Il accueillera toujours des événements culturels, mais aussi des éleveurs et un maraîcher bio, avec pour but de développer l’agriculture vivrière dans le département.
  • La production alimentera en partie les collèges du Médoc, et sera également vendue sur place.

C’est un magnifique site de 43 hectares, posé au cœur du Médoc, entre océan et vigne, et que les fans de reggae connaissent bien puisqu’il accueille le festival Reggae Sun Ska. Acquis par le conseil départemental de la Gironde en 2019, le domaine de Nodris à Vertheuil va peu à peu évoluer, pour devenir un site hybride qui accueillera toujours des événements culturels, mais aussi des agriculteurs bio.

Pluieurs bâtiments vont être réhabilités pour permettre à des agriculteurs de s'installer
Pluieurs bâtiments vont être réhabilités pour permettre à des agriculteurs de s'installer - Mickaël Bosredon/20 Minutes

C’est cette mixité d’activités qui a séduit Fanny Ledauphin, 28 ans. Cette ancienne professeure des écoles a décidé de tout plaquer en 2019, pour entamer une formation de responsable d’exploitation agricole, spécialisée dans les élevages caprins et transformation fromagère, à Melle dans les Deux-Sèvres. « La routine ne me convenait plus, explique-t-elle. Et on se pose tous beaucoup de questions autour de l’environnement, de notre avenir. Ici, tout est fait pour préserver l’environnement, avec notamment une station d’épuration pour le traitement des eaux usées. »

Une cinquantaine de chèvres

Son compagnon, un ancien cuisinier, l’a suivi dans sa démarche et s’est tourné vers le maraîchage. « Le projet de Nodris nous est apparu alors que j’étais encore en formation, c’est là que nous avons décidé de postuler. Le timing était parfait, sourit-elle. Ce qui nous a plus dans ce projet, c’est qu’on pourra aussi y apporter nos compétences passées, puisqu’il y a également un aspect pédagogique et alimentaire. »

Fanny Ledauphin exploitera un élevage de chèvres sur le domaine de Nodris, en Gironde
Fanny Ledauphin exploitera un élevage de chèvres sur le domaine de Nodris, en Gironde - Mickaël Bosredon/20 Minutes

Fanny Ledauphin accueillera au démarrage, en 2022, une trentaine de chevrettes de race alpine, « qui seront nourries avec les prairies de Nodris et avec des céréales bio produites aux alentours. » Elle fabriquera du fromage, « des lactiques, de la tomme et du fromage blanc. » A terme, elle espère passer à une cinquantaine de chèvres, ce qui représenterait à peu près de 30.000 litres de lait par an. « Je suis déjà en contact avec trois Amap (association pour le maintien d’une agriculture de proximité) pour écouler mes produits, et j’aimerais faire un partenariat avec les collectivités, des restaurants… »

« On va jouer la carte de la solidarité entre nous »

Son compagnon sera lui sollicité essentiellement par les collèges du Médoc pour leur fournir des légumes. « Mais il y aura aussi un magasin sur Nodris, où on pourra faire de la vente directe. Et on voudrait utiliser la conserverie qui sera sur place pour transformer des légumes » enchaîne Fanny Ledauphin, qui assure avoir « beaucoup d’autres projets en tête. » Elle espère notamment nouer des partenariats avec l’éleveur de volailles qui s’installera sur place. « On va jouer la carte de la solidarité entre nous. C’est un peu un laboratoire, ici, car je pense que les agriculteurs veulent de moins en moins être seuls dans leur coin, qui plus est quand on démarre. On recherche de plus en plus ces valeurs de partage. » Un rucher viendra enfin compléter la partie agricole du domaine.

Pour ce projet agricole, le conseil départemental avait lancé un Appel à manifestation d’intérêt, pour lequel il a reçu une quarantaine de candidatures. « Mettre à disposition un outil comme celui-là ça facilite l’émergence de projets, car on sait que l’accès au foncier est difficile » explique Dominique Fedieu, conseiller départemental délégué
au programme Gironde Alimen’terre.

« Approvisionner les collèges pour garantir des produits de qualité »

Le montant de l’investissement pour le projet est de 5,8 millions d’euros de la part du département, la région apportant 780.000 euros pour l’aménagement d’une aire de grand spectacle, et l’Etat 1,2 million dans le cadre du plan de relance. « Les agriculteurs commercialiseront leur production comme ils le souhaitent, mais l’idée est quand même d’approvisionner les collèges pour leur garantir des produits de qualité », insiste le président du département Jean-Luc Gleyze (PS).

« La question alimentaire devient de plus en plus prééminente, poursuit-il. La crise sanitaire nous amène à nous tourner de plus en plus vers les circuits courts. Et l’éducation au goût pour les jeunes est essentielle. Il est donc impératif de permettre à des maraîchers, des éleveurs, des apiculteurs, de s’installer sur des terres. La Gironde est très forestière et viticole, il faut qu’elle développe davantage le volet maraîchage en vue d’installer une agriculture vivrière. »

« Ce sera un site ouvert à tout le monde »

Mais Nodris, c’est aussi un projet culturel. Le Reggae Sun Ska devrait toujours y être accueilli, l’été. Et on y trouvera également des studios et des salles pour l’accueil d’artistes en résidence, des lieux d’exposition, ou encore un espace consacré au projet Demos (Dispositif d’éducation musicale par l’orchestre à vocation sociale), destiné à faire découvrir l’univers de la musique classique aux enfants.

« Ce sera un site ouvert à tout le monde, insiste Jean-Luc Gleyze. On montre ainsi que c’est possible d’imaginer des tiers lieux hybrides, et notamment agricoles. L’idée, c’est que ce soit inspirant et que cela donne l’envie à d’autres de se mettre à produire une agriculture vivrière, de proximité et de qualité. »