Montpellier : En interdisant la chasse, y-a-t-il un risque de prolifération des sangliers ?

ANIMAUX La ville de Montpellier a annoncé qu’elle allait résilier les conventions signées avec des associations pour chasser sur des terrains qui lui appartiennent

Nicolas Bonzom

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Un sanglier (illustration)
Un sanglier (illustration) — Dmitry Feoktistov/TASS/Sipa USA/SIPA
  • La ville de Montpellier a décidé à la fin de l’année dernière de résilier les conventions qui mettaient à disposition des terrains qui lui appartiennent pour chasser.
  • La décision a suscité la colère des chasseurs, mais aussi de certains élus.
  • Parmi leurs arguments, le risque de voir prolifération les sangliers aux portes de la ville, avec, pour conséquences, des dégâts sur les parcelles et des accidents.

La ville de Montpellier (Hérault) a décidé qu’il n’y aurait plus un seul coup de fusil sur des terrains qui lui appartiennent : elle a entamé la résiliation des conventions qui permettaient à des associations de chasser sur ses terres. La mesure vise à prévenir les accidents, permettre aux promeneurs de se réapproprier la nature et mettre fin, aussi, à une pratique que les écologistes considèrent comme cruelle.

Mais peut-on vraiment se passer des chasseurs ? Non, selon Vincent Tarbouriech, le chef du service départemental de l’Office français de la biodiversité. « Ils sont les seuls à pouvoir réguler la faune sauvage, et notamment les problèmes liés à la présence de sangliers, de plus en plus nombreux sur la métropole montpelliéraine, explique-t-il. Les lieutenants de louveterie [des bénévoles] peuvent intervenir ponctuellement, avec des arrêtés préfectoraux, pour placer des cages pièges dans les zones urbanisées où les chasseurs ne peuvent pas accéder, mais cela reste temporaire. »

Des dégâts sur les parcelles, chez les agriculteurs, et des accidents de la route ?

Ces derniers jours, des élus sont montés au créneau pour dénoncer cette mesure. Notamment Laurent Jaoul (sans étiquette), le maire de Saint-Brès, que la fin de la chasse à Montpellier a ulcéré. Outre la tradition ancestrale et les valeurs que son interdiction mettrait en péril, l’élu pointe aussi le risque de voir le gibier se multiplier. « La prolifération des sangliers sera un véritable problème, gronde-t-il. On en a déjà vu sur l’esplanade, devant le Corum… Les risques, ce sont les dégâts sur les parcelles des particuliers, sur les clôtures, chez les agriculteurs. Et les accidents de la route. »

Les escapades, souvent nocturnes, des sangliers, pour trouver à manger, font en effet régulièrement le bonheur des réseaux sociaux. Mais pas toujours des riverains. Dans une lettre envoyée il y a quelques jours aux services de l’Etat, un habitant de la Martelle, dit avoir eu « la visite d’un ou plusieurs sangliers » dans son jardin, dans la nuit du 31 janvier au 2 février. Ce n’est pas la première fois. C’est même récurrent. « Ils peuvent occasionner de graves accidents, pour les automobilistes, mais également pour les deux-roues, déplore-t-il. Ils sont aussi un danger pour les très nombreux promeneurs qui arpentent les zones embroussaillées, avec des enfants et des chiens. Dans notre cas, ces animaux ont détruit un arbre et des plantations de fleurs. Rien de bien grave, mais nous craignons de nous retrouver nez à nez avec un ou plusieurs de ces animaux. »

« On en tue jusqu’à Fréjorgues et Lattes »

Il y a peu, la mise en place de cages pièges par la Fédération des chasseurs de l’Hérault a permis de capturer 183 sangliers, aux portes de Montpellier. « Sans ces cages pièges, il y aurait peut-être 1.000 sangliers de plus en ville, assure son président, Jean-Pierre Gaillard. Il y a énormément de sangliers, ils rentrent par Juvignac, la Mosson, le parc de Lunaret, le Lez. Ils descendent jusqu’à la mer. On en tue jusqu’à Fréjorgues et Lattes. Chaque année, on tue 20.000 sangliers dans l’Hérault. Et en moyenne, 10.000 femelles. Si vous ne les tuez pas, chacune aura six petits, ça fait 60.000 petits. »

Pour l’instant, aucun village de la métropole n’a dit son intention de prendre la même décision que la ville-centre. Lundi, le maire, Michaël Delafosse (PS), a d’ailleurs précisé que cette mesure ne concernait que sa commune, et que chaque maire était « libre de définir sa stratégie ». Pour Vincent Tarbouriech, de l’Office de la biodiversité, « si toutes les communes de la métropole venaient à prendre la même décision, retirer leur droit de chasse aux sociétés de chasse locales, il n’y aurait plus assez de pression cynégétique sur la population de sangliers, et donc un risque d’explosion des populations ».

« C’est très peu probable »

De son côté, Coralie Mantion (EELV), l’élue en charge du dossier à la mairie de Montpellier, balaie tout risque de prolifération de sangliers. « Il n’y a pas beaucoup de sangliers sur les territoires où nous avions des conventions de chasse que nous avons arrêtées, confie-t-elle. D’autre part, ces conventions ne concernent que la chasse de loisirs, les lapins et les oiseaux. Des oiseaux qui ne devraient pas être chassés. »

Et si, « mais c’est très peu probable », poursuit l’élue écologiste, « il y a vraiment trop de sangliers », des battues peuvent être diligentées par des arrêtés préfectoraux. Coralie Mantion souligne, par ailleurs, qu’il existe « des alternatives » à la chasse des sangliers, dont l’installation de répulsifs naturels, qui ne dégradent pas les cultures, de barrières électriques ou encore de haies vives, que les sangliers ne traversent pas. « Tout cela, il faut d’abord le mettre en place avant de se dire : on va les chasser. »