Ile de Ré : Plus de 200 cadavres de pieuvres échoués sur une plage, un phénomène « exceptionnel »

ANIMAUX L’association Ré Nature Environnement a comptabilisé quelque 200 cadavres de pieuvres, sur une bande de plage de 2,5 km, à l’ouest de l’Ile de Ré

Mickaël Bosredon
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Pieuvre échouée sur une plage d'Ars-en-Ré, en janvier 2021
Pieuvre échouée sur une plage d'Ars-en-Ré, en janvier 2021 — Pierre Le Gall
  • L’association Ré Nature Environnement a dénombré quelque 200 cadavres de pieuvres, à la mi-janvier sur une plage de l’île de Ré.
  • Cela pourrait être dû au coup de froid qui s’était produit quelques jours auparavant, et qui aurait été fatal à une population de femelles dont les œufs venaient d’éclore.
  • La pieuvre avait disparu de la côte atlantique française depuis le milieu des années 1960, et commence à réapparaître depuis quelques années.

Un phénomène « exceptionnel », et que Pierre Le Gall n’avait « jamais vu ». Le 17 janvier dernier, cet ancien universitaire spécialisé en biologie du littoral, qui a passé « toute [sa] carrière sur la plage », et aujourd’hui secrétaire général de l’association Ré Nature Environnement, est alerté de la présence massive de cadavres de pieuvres, sur la plage de La Grange à Ars-en-Ré, à l’ouest de l’île de Ré (Charente-Maritime).

Pieuvre échouée sur la plage d'Ars-en-Ré (Charente-Maritime)
Pieuvre échouée sur la plage d'Ars-en-Ré (Charente-Maritime) - Pierre Le Gall

Avec d’autres membres de l’association, Pierre Le Gall se lance alors dans l’inspection de la plage, scrute la laisse de mer. « Quelque 161 cadavres ont été comptés d’un côté, et de l’autre, nous en avons dénombré 31 sur la seule plage de La Grange, détaille le secrétaire général. Cette répartition démontre que cet échouage sur 2,5 km de plage n’est pas un phénomène ponctuel résultant d’un apport direct d’un stock défectueux [dont une personne se serait débarrassée], mais qu’il est directement lié à la formation de la laisse de mer. »

Elles ont manifestement eu un comportement inhabituel de regroupement

Comment expliquer cet échouage massif et inhabituel ? Selon le spécialiste, le coup de froid observé quelques jours auparavant, aurait pu être fatal à une population de femelles dont les œufs venaient d’éclore.

« La pieuvre ne se reproduit qu’une seule fois et pendant qu’elles gardent les œufs, les femelles restent accrochées à des cailloux, elles ne bougent plus et ne mangent plus, explique Pierre Le Gall. Progressivement, elles s’affaiblissent, et lorsque les œufs éclosent, elles meurent d’épuisement, mais une par une et de façon dispersée. » Là, elles ont manifestement eu un comportement de regroupement, « ce qui est inhabituel chez Octopus vulgaris. » 

Octopus vulgaris est la pieuvre « que l'on trouvait de façon très commune sur toutes nos côtes françaises, avant qu'elle ne soit détruite en quasi totalité par les grands froids de l'hiver 1962-1963 », précise Pierre Le Gall. A cette époque, « les rassemblements n'étaient pas signalés par les scientifiques et autres observateurs. De ce fait, cette espèce est considérée comme ne pratiquant pas les regroupements, même en période de reproduction. C'est pourquoi l'échouage simultané de plus de 200 individus sur une faible portion de côte doit être envisagé comme le signe d'un rassemblement important. » Si ce type de regroupement lors de la reproduction est décrit « chez d'autres espèces de pieuvres dans le monde », il pourrait donc s'agir ici d'une première, ce qui serait d'une grande importance « pour la compréhension de la biologie de cette espèce. »

« Espèce en voie de récupération de ses populations »

Aujourd'hui, cette espèce de pieuvre « se régénère lentement, et cela ne fait que quelques années seulement qu’on commence à en revoir » poursuit Pierre Le Gall, qui a pu en observer en Bretagne, en Normandie ou en Charente-Maritime. « C’est une espèce en voie de récupération de ses populations. » Ce que démontre cette présence exceptionnelle de cadavres.

La piste de la pollution, envisagée à un moment pour expliquer cet échouage, a aussi rapidement été écartée. « On n’a trouvé que des adultes, si cela avait été une pollution, toute la population serait morte, et on aurait certainement trouvé d’autres espèces d’ailleurs », conclut le spécialiste.