Hauts-de-France : L’invasion des plantes exotiques s’intensifie et inquiète

BIODIVERSITE Un groupe d’experts scientifiques et techniques a été créé en 2020 pour gérer l’invasion de plantes exotiques dans le Hauts-de-France

Gilles Durand
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La renouée du Japon est une plante de plus en plus envahissante dans le Nord.
La renouée du Japon est une plante de plus en plus envahissante dans le Nord. — B. Toussaint / Conservatoire de Bailleul
  • Depuis plusieurs décennies, des plantes exotiques se propagent dangereusement dans la nature, provoquant parfois l’extinction d’espèces rares.
  • On recense aujourd’hui 42 espèces animales et 40 espèces de plantes invasives dans les Hauts-de-France. Contre 14 espèces animales et 29 espèces végétales répertoriées en 2015.

L’invasion des profanateurs de biodiversité. Ce pourrait être le titre d’un film racontant comment, depuis plusieurs décennies, des plantes exotiques se propagent dangereusement dans la nature, provoquant parfois l’extinction d’espèces rares.

Or le scénario n’a rien d’une fiction. Il s’agit d’un constat dressé par le conservatoire botanique de Bailleul, dans le Nord, depuis une dizaine d’années, au travers d’un guide de sensibilisation destiné au grand public*. La troisième édition vient de paraître avec un constat inquiétant : les espèces exotiques invasives sont de plus en plus nombreuses.

Menace contre la biodiversité

Il y a six ans, 14 espèces animales et 29 espèces végétales étaient répertoriées. Elles sont aujourd’hui respectivement 42 et 40. On connaît à peu près les dégâts que cause la faune exotique : frelons asiatiques, écrevisses américaines, tortues de Floride ou encore perruches à collier. Le fléau que constitue la flore venue d’ailleurs reste souvent ignoré.

La première menace concerne la biodiversité. « Au lieu de venir localement l’enrichir, ces plantes forment des peuplements denses d’une seule espèce et les autres périclitent », explique Benoît Delangue, chargé de missions scientifiques au Conservatoire. Car il n’existe pas de régulation dans leur développement. « Elles proviennent de l’autre bout du monde et n’amènent pas avec elles les organismes qui régulent leur développement », précise Benoît Delangue.

Des problèmes de navigation

La bercé du Caucase pose de plus en plus de problème à cause de ses propriétés très urticantes.

Parfois, les nuisances sont de taille. La renouée du Japon qui se développe au bord des routes, notamment sur le périphérique de Lille, peut gêner la visibilité des automobilistes avec sa taille pouvant atteindre plus de deux mètres. Le Bercé du Caucase peut, lui provoquer lésions et brûlures si on entre en contact avec la sève.

En 2020, un groupe d’experts scientifiques et techniques a été mis en place pour gérer la gestion de ces plantes envahissantes. « L’éradication est bien souvent impossible pour ces espèces qui prolifèrent très vite », explique Benoît Delangue.

Multiplication des échanges commerciaux mondiaux

Et s’en débarrasser peut coûter cher. Sur le canal de la Somme, les autorités doivent débourser chaque année environ 200.000 euros pour dégager les voies de navigation entravées par une plante aquatique au nom barbare.

Quelles autres solutions ? « Agir en amont et interdire la vente de certaines espèces, indique Benoît Delangue. Une réglementation est mise en œuvre depuis quelques années, mais la multiplication des échanges commerciaux mondiaux favorise l’extension des plantes exotiques qui voyagent avec les marchandises. »

* « Plantes exotiques envahissantes des Hauts-de-France », gratuit (sauf frais d’envoi par la Poste). Version PDF disponible sur le site Web du Conservatoire de Bailleul.