Méditerranée : Plus de 600 experts alertent sur les risques environnementaux

ENVIRONNEMENT Le rapport, publié à l’attention des décideurs politiques, dresse un état des lieux sur l’impact du réchauffement climatique si rien n’est fait pour inverser la tendance

Caroline Delabroy

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Sur une plage de la Méditerranée. Illustration.
Sur une plage de la Méditerranée. Illustration. — F. Scheiber - Sipa
  • Plus de 600 experts issus des pays méditerranéens ont travaillé ensemble à un état des lieux sur les changements climatiques et environnementaux.
  • Sécheresse, réserves en eau, biodiversité marine, agriculture, les sujets évoqués sont nombreux.
  • Le prochain rapport du GIEC traitera à part de la région Méditerranée.

Fin de partie pour les sardinades et les moules en Méditerranée ? Cela peut sembler anecdotique, mais l’inquiétude est bien là, si rien ne change. Un rapport inédit alerte en effet sur les risques environnementaux dans la région. On le doit à un réseau de plus de 600 experts méditerranéens qui, à la manière du GIEC, ont décidé de se rassembler pour dresser un état des lieux à l'attention des décideurs politiques. Et celui-ci n’est pas tendre.

Il y a d’abord un constat général sur le réchauffement climatique. « La région se réchauffe un peu plus vite que la moyenne globale, relève Joël Guiot, directeur CNRS à Aix-en-Provence et l’un des coordinateurs du projet. Quand la température annuelle moyenne est supérieure à 1 °C degré par rapport à l’époque préindustrielle, on est déjà en Méditerranée à +1,5 °C, même si la région arctique se réchauffe plus vite encore. »

L'agroécologie, une solution 

« Là où les choses se compliquent, ajoute-t-il, c’est qu’on atteint les +2 °C en été en températures diurnes de l’après-midi. Cela veut dire que le réchauffement est important, avec des risques de canicules plus fréquentes si on n’infléchit pas les émissions de gaz à effet de serre. » Ces canicules ont un impact sur la santé mais aussi l’alimentation, alertent les scientifiques. A titre d’exemple, le blé, l’un des piliers de la nourriture locale, pourrait voir baisser sa productivité de 7,5 % par degré de réchauffement global.

Si les objectifs de l’accord de Paris ne sont pas tenus, c’est aussi des «sécheresses estivales qui sont appelées à être de plus en plus longues, avec dans un même mouvement des pluies de plus en plus fortes à l’automne». Les réserves en eau sont ainsi un des enjeux forts à venir. «Il y a des solutions comme l’agroécologie qui sont économes en eau, souligne Joël Guiot. C’est le genre de solution qu’il faut absolument mettre en place, le plus rapidement possible. Ce type d’agriculture permet d’améliorer les sols, qui sont capables de séquestrer le carbone, l’un des composants des gaz à effet de serre.»

Dans le prochain rapport du GIEC

Côté biodiversité marine, le constat est aussi alarmant. Déjà menacée par la surpêche, elle est confrontée au réchauffement de la mer, à son acidification, sans compter les espèces envahissantes. «On trouve de plus en plus de poissons tropicaux, comme le barracuda, qui viennent jusque dans la baie de Marseille, en empruntant le canal de Suez, continue Joël Guiot. Cela change complètement les prises de poissons. On a de moins en moins de sardines, de daurades, de loups. On le voit déjà, ça va s’amplifier. Il ne sera plus possible d’élever des moules en Méditerranée d’ici 80 ans.»

Grâce à la mobilisation de ce réseau, le prochain rapport du GIEC contiendra un (petit) chapitre sur la Méditerranée. Jusqu’à présent, il ne la traitait pas en tant qu’ensemble. «Cela nous légitime», reconnaît Joël Guiot, qui reste cependant prudent : l’avenir du réseau est encore incertain, pour des questions de financement. A ses heures plus optimistes, il se dit que la pandémie mondiale pourrait aider à aller dans le bon sens : «La Méditerranée ne va pas prendre des mesures supplémentaires par rapport au reste du monde, mais le monde a pris conscience des problèmes». «Si on applique les accords de Paris, on pourrait redescendre un certain nombre d’indicateurs», rappelle-t-il aussi. Aux politiques, à présent, de s’emparer du travail de ces experts.