Maltraitance animale : « Au lieu de sanctionner l’abandon des animaux, il faut faire davantage de pédagogie sur l’achat »

INTERVIEW Pour Muriel Arnal, présidente de l’association de défense des animaux One Voice, la France doit cibler les achats impulsifs d’animaux plus que condamner les abandons

Propos recueillis par Jean-Loup Delmas
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La France est le pays européen avec le plus d'abandon d'animaux par an, avec 100.000 rien que pour les chiens et chats
La France est le pays européen avec le plus d'abandon d'animaux par an, avec 100.000 rien que pour les chiens et chats — Pixabay
  • Une proposition de loi sur la maltraitance animale est étudiée à partir de ce mardi à l’Assemblée nationale. Elle veut notamment s’attaquer aux abandons d’animaux domestiques en France.
  • Avec 200.000 animaux abandonnés en 2019, la France est le mauvais élève parmi les Européens, une place qu’elle truste depuis plusieurs années.
  • Pour Muriel Arnal, présidente de l’association de défense des animaux One Voice, le vrai point-clé pour limiter ces abandons n’est pas de s’attaquer directement aux abandons mais de limiter les possibilités d’achats.

Une proposition de loi contre la maltraitance animale est débattue à partir de ce mardi jusqu’à ce vendredi à l’Assemblée nationale. Le texte s’attaque à plusieurs problèmes, avec notamment l’interdiction potentielle des spectacles avec des animaux sauvages, mais traite aussi des animaux domestiques. Le premier chapitre du texte vise ainsi à lutter contre les abandons d’animaux de compagnie, alors que la France fait figure de bonnet d’âne européen sur le sujet.

Dans son dernier rapport en juin 2020, I-Cad, une société chargée de l’identification des animaux domestiques par le ministère de l’Agriculture, rappelait que la France était le pays européen où on abandonnait le plus d’animaux domestiques. C’est ainsi environ 200.000 chiens, chats, furets et autres compagnons qui sont abandonnés chaque année, dont 100.000 rien que pour les chiens et chats (sur une population de 21 millions au total, un foyer sur deux ayant un animal de compagnie).

La proposition de loi propose notamment la mise d’en place d’une « attestation de connaissances » pour tout primo-acquérant d’un animal de compagnie, mais n’a pas validé l’idée, proposée par le député LREM Loïc Dombreval, d’interdire la vente sur Internet par des sites non spécialistes. Selon Muriel Arnal, présidente de l’association de défense des animaux One Voice, tout doit pourtant être fait pour limiter ce genre d’achats impulsifs.

Comment expliquer que la France soit le premier pays européen en matière d’abandon animal ?

On est en général bons derniers sur tout ce qui concerne les animaux. On veut sanctionner les abandons, mais en faisant cela, on traite les symptômes au lieu de la cause. Quand les gens abandonnent un animal, soit ils ont de grandes difficultés financières, soit ils ont pris l’animal en grippe. Ça ne sert à rien de leur interdire d’abandonner ou de les culpabiliser, c’est trop tard, et s’ils le gardent, ça ne ferait qu’empirer la situation pour l’animal comme pour eux. Il faut au contraire faire de la pédagogie, recommander de laisser son animal dans un refuge si on est dépassé plutôt que de l’abandonner dans la nature.

Il est surtout nécessaire de s’attaquer aux causes du problème, plutôt qu’aux conséquences. Une fois qu’on en est aux conséquences, c’est en réalité trop tard. De plus, lorsqu’un individu abandonne son animal, il le fait rarement par gaieté de cœur, il indique qu’il a fait une erreur, qu’il se rend compte maintenant de la charge que cela représente. La prise de conscience a lieu. Toute la question est de savoir comment faire en sorte que cette prise de conscience ait lieu au moment de l’achat et non de l’abandon.

Comment s’attaquer aux causes dans ce cas ?

Le problème est moins l’abandon des animaux que les gens dépassés par leurs animaux, pour quelque motif que ce soit. On insiste beaucoup sur le coût financier d’un animal, ce qui fait que certaines familles aisées ne se posent pas la question au moment d’en acheter un, en se disant qu’elles ont les revenus adéquats. Mais un animal, c’est aussi du temps, des contraintes, et des moments parfois difficiles. En France, nous sommes encore dans le mythe du chaton qu’on offre à Noël sans penser qu’on en a pour dix-treize ans à s’en occuper. Il y a un vrai manque de pédagogie et une absence de prise de conscience sur la responsabilité que représente un animal.

Au lieu de faire des spots sur les abandons d’animaux, qui n’ont pas grand effet, il faudrait faire des spots sur la responsabilité d’avoir un animal. Indiquer le coût moyen financier, le nombre d’heures par semaine à s’en occuper, etc.

Il faudrait également interdire les ventes sur Internet et en animaleries, afin d’arrêter de traiter l’animal comme un objet. Quand on achète un animal comme on achète une paire de chaussures, on multiplie les risques d’un manque de prise de conscience. Au contraire, dans un refuge ou chez un éleveur, il y a une discussion longue avant achat, on rencontre d’abord l’animal, on en parle, cela favorise la prise de recul.

Au-delà des achats, il existe aussi des familles dépassées par les naissances…

Il faut faire de vraies campagnes sur la stérilisation, notamment autour des chats. Des centaines de milliers d’animaux sont abandonnés parce qu’ils sont le fruit de naissances non désirées, il faut expliquer aux gens que les chats sont des animaux vulnérables, qu’ils ne survivent pas dans la nature, et qu’ils font en plus d’énormes dégâts.

Ces naissances non voulues sont majoritairement abandonnées ou données à des proches, qui acceptent plus pour faire plaisir que par réelle envie d’avoir des animaux, ce qui entraîne là encore des abandons futurs. Dans 80 % des cas, les animaux abandonnés ont été donnés ou achetés sur Internet, il faut donc limiter les naissances involontaires.

Cette proposition de loi va-t-elle dans le bon sens ?

Il faut mieux considérer l’animal en France, cela aidera là aussi à une prise de conscience avant achat. Toute proposition de loi renforçant le statut juridique de l’animal va dans le bon sens, même si cela semble bien long à mettre en place. Il y a une évolution de la société sur la question animale, mais les politiques semblent encore une fois à la traîne.