Bretagne : Pourquoi les dauphins communs s'aventurent-ils si près de nos côtes ?

ANIMAUX L’espèce est plutôt habituée à évoluer dans des grands fonds et les échouages se multiplient en raison des marées

Camille Allain

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Des dauphins communs nagent au large des côtes françaises. Un phénomène de plus en plus courant qui interroge les scientifiques.
Des dauphins communs nagent au large des côtes françaises. Un phénomène de plus en plus courant qui interroge les scientifiques. — Rex / SIPA
  • Les observateurs des dauphins s’étonnent de voir l’espèce de dauphins communs s’approcher de plus en plus près des côtes françaises.
  • En Bretagne, deux d’entre eux ont été sauvés d’une mort certaine alors qu’ils étaient prisonniers de la vase de la baie du Mont Saint-Michel.
  • Les scientifiques ont du mal à expliquer le déplacement de cette population, plutôt habituée des grands fonds marins et qui souffre des captures accidentelles de pêche.

Ils ont pu regagner le large tous les deux après avoir vécu un épisode de stress intense qui aurait pu leur être fatal. Le dimanche 10 janvier, deux dauphins communs ont été sauvés d’une mort certaine par les pompiers de Cancale et Gaël Gautier, coordinateur de l’association Al-Lark. Tous n’ont pas cette chance. Lundi, un de leurs congénères, mort, s’est échoué sur la côte à Saint-Malo​, plus habituée à accueillir les grands dauphins, une espèce habituée du littoral. « Les dauphins communs vivent plutôt au large, dans le golfe de Gascogne. Quand ils s’approchent de nos côtes, ils se trouvent piégés par les marées », explique Gaël Gautier.

Depuis cinq ans, le nombre d’échouages sur les côtes bretonnes tend à augmenter à en croire tous les observateurs de l’espèce. Les raisons de ce phénomène nouveau sont pourtant difficiles à établir. « Le dauphin commun est une espèce océanique, qui vit sur le talus continental (une zone de transition entre les faibles profondeurs et les abysses) mais que l’on voit se rapprocher de plus en plus des côtes. On sait que ses déplacements sont liés à la prospection alimentaire. Ce sont sans doute leurs proies qui les entraînent vers ces zones de danger », explique Sami Hassani, coordinateur du réseau échouage qui pilote le centre de soins d’Océanopolis, à Brest.

Les pêcheurs en voient de plus en plus…

Ces « dangers » évoqués par le scientifique sont multiples. S’ils sont parfois prisonniers des marées en suivant des bancs de maquereaux et de sardines, les dauphins communs sont surtout capturés accidentellement par les bateaux de pêche, nombreux dans ces zones poissonneuses. Un phénomène que dénonce vivement l’ONG Sea Sheperd, dont les prises de position mettent souvent en rogne les pêcheurs. L’Etat français a même été condamné pour ces faits. « Les pêcheurs nous disent qu’ils voient de plus en plus de dauphins. Mais ça ne veut pas dire qu’ils sont plus nombreux. On ne peut pas avoir de hausse spontanée des populations car c’est une espèce à croissance lente », estime Willy Dabin, membre de l’observatoire Pelagis.

Installé à La Rochelle, cet ingénieur n’a pas non plus de réponse quant à la présence accrue des cétacés près des côtes. Début janvier, 32 dauphins communs se sont échoués sur l’île de Ré (Charente Maritime) et trois en sont morts. « L’hypothèse la plus pessimiste serait qu’on exploite trop la ressource au large. La plus optimiste serait que la ressource serait de plus en plus abondante près des côtes », poursuit l’ingénieur.

Le réchauffement des eaux en question

Le réchauffement des eaux, sous l’effet du changement climatique, est aussi une piste avancée même si elle ne peut pas être confirmée aujourd’hui. Des phénomènes de déplacements de population ont pourtant été observés ces dernières années chez des cousins du dauphin. « Nous avons vu des marsouins migrer vers le sud sans doute à cause du réchauffement de la mer du Nord, qui est peu profonde et qui est plus sensible au réchauffement. Les cétacés sont une espèce très mobile. Peut-être qu’elle subit la même chose », suggère Sami Hassani.

Pour évaluer l’ampleur du phénomène, des survols aériens du littoral atlantique français devraient avoir lieu ces prochains mois. Les scientifiques espèrent en profiter pour avoir une meilleure idée des populations de cétacés évoluant près de notre littoral.