Tempête de neige à Madrid : « La conjonction du froid et de fortes précipitations a provoqué un jackpot neigeux », explique Météo-France

INTERVIEW François Jobard, prévisionniste à Météo-France, explique que c’est la rencontre de deux phénomènes qui a provoqué les chutes de neige exceptionnelles à Madrid et en Castille

Propos recueillis par Rachel Garrat-Valcarcel

— 

Des chutes de neige jamais vues se sont abattues sur Madrid et la Castille.
Des chutes de neige jamais vues se sont abattues sur Madrid et la Castille. — BENJAMIN CREMEL / AFP
  • La capitale Madrid et la région du centre de l’Espagne sont couvertes de neige : jusqu’à 50 cm sont tombés depuis la nuit de vendredi à samedi.
  • Même pour début janvier, un tel phénomène est exceptionnel, juge un prévisionniste de Météo-France interrogé par 20 Minutes.
  • En France, le redoux est attendu pour le milieu de la semaine, mais ne va pas durer.

Madrid et la Castille sous un épais manteau neigeux : c’est une image qu’on n’a pas l’habitude de voir. Ces chutes de neige ont déjà fait trois morts en Espagne. Et ça va tenir : les températures vont encore se refroidir en début de semaine, la nuit. La faute à la tempête Filomena mais pas seulement. L’Hexagone grelotte aussi depuis le début de l’année : est-ce lié et est-ce que ça peut durer ? 20 Minutes a posé ces questions à François Jobard, prévisionniste chez Météo-France.

Que s’est-il passé sur l’Espagne ces derniers jours et qui a provoqué ces chutes de neige massives sur la Castille ?

Filomena est arrivée dans un contexte où de l’air froid était déjà installé sur l’Espagne depuis plusieurs jours, avec de fortes gelées. Il avait fait jusqu’à -7 °C à Madrid les jours précédents. Ces températures basses pour la capitale espagnole étaient dues à un courant de nord-est d’altitude qui faisait suite à la tempête Bella, qu’on a connue sur la France à la toute fin du mois de décembre. Et d’ailleurs, depuis la fin décembre, la France connaît aussi des températures plus froides que les normales, de façon durable (bientôt deux semaines).

Il y a par ailleurs une dépression, qui a été baptisée Filomena par la météorologie espagnole. Filomena avait déjà engendré des intempéries sur les îles Canaries, très au sud, en face du Maroc, avant de revenir vers le détroit de Gibraltar et la péninsule Ibérique. Ça se gâte sérieusement dans la journée de vendredi sur toute l’Espagne mais surtout dans la région de la Malaga, dans le Sud, qui va subir des pluies diluviennes. Tout ça parce que la dépression ramène de l’air doux et très humide de régions subtropicales. Dans la nuit de vendredi à samedi, la dépression Filomena s’est déplacée grâce à des vents de sud-ouest qui l’ont amenée à rencontrer le courant d’air froid dont je parlais plus tôt. La conjonction, très rare, de ces deux phénomènes a provoqué ces chutes exceptionnelles de neige dans la région de Madrid.

Le mot n’est pas trop fort : de telles chutes de neige sur le centre de l’Espagne, c’est exceptionnel ?

Le terme n’est pas volé. La réunion du froid et des fortes précipitations, centrée sur la région de Madrid, fait qu’on a un jackpot neigeux. Habituellement, les températures de Madrid sont comparables à celles de Nîmes en France et une chute de neige est rare : deux ou trois fois par an en moyenne. Vendredi, il n’a pas fait plus de 1 °C à Madrid, ce qui n’est pas loin du record absolu de l’après-midi la plus froide. En termes de précipitations, c’est un climat sec : plus de 20 mm de pluie en hiver sur une journée, c’est rare. Là, on a eu l’équivalent de 50 mm, tombés sous forme de neige. Donc là, on a de l’exceptionnel en termes de quantité de précipitations et de l’exceptionnel en termes de température qui fait qu’on a de l’extraordinaire en termes de neige. Il faut sans doute remonter à 1952 pour avoir une hauteur de neige plus importante dans la capitale espagnole.

En France, vous l’avez dit, il fait froid depuis environ deux semaines. Ce sont aussi les suites de la tempête Bella de fin décembre ?

Oui, Bella est passée par là avec à l’arrière une masse d’air durablement froide qui s’est installée. On est toujours dans ce contexte sur une bonne partie de l’Europe de l’Ouest. Cette situation va changer un peu la semaine prochaine avec un radoucissement a priori assez bref. Entre mardi et jeudi, on va retrouver une masse d’air plus océanique et donc plus douce. On retrouvera des températures proches de 10 °C l’après-midi sur une grande partie ouest du pays qui n’empêcheront peut-être pas des chutes de neige dans le nord de la France mardi. Il semble que le temps va se refroidir à partir de vendredi prochain, c’est en tout cas la dernière tendance. Quelques chutes de neige pourraient arriver dans l’est du pays.

L’Espagne, elle, en a terminé avec les chutes de neige mais pas avec le froid…

Le manteau neigeux ne va pas fondre de sitôt. Alors, bien sûr, les journées vont quand même bien se radoucir jusqu’à 10 °C lors d’après-midi ensoleillées. Mais il y aura une très forte amplitude thermique : les températures baisseront très fortement la nuit jusqu’à jeudi. La nuit la plus froide pourrait être celle de lundi à mardi, jusqu’à arriver au-delà de -10 °C, soit très proche du record absolu pour les minimales. Ces records sont entre -10 °C et -15 °C suivant les stations météos de Madrid. Le fait qu’il y ait de la neige au sol, c’est vraiment un facteur de refroidissement.