Norvège : L'Etat veut passer au tout-électrique et tripler la taxe carbone

CHANGEMENT CLIMATIQUE La Norvège fait figure de bon élève en Europe : elle se fournit quasi intégralement en électricité propre d’origine hydraulique et est pionnière dans le transport « zéro émission »

20 Minutes avec AFP

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Le centre-ville d'Oslo, en Norvège, le 17 novembre 2020.
Le centre-ville d'Oslo, en Norvège, le 17 novembre 2020. — Cornelius Poppe / NTB / AFP

Achats de véhicules électriques pour ses administrations ou gonflement de la taxe carboneLe gouvernement norvégien propose ce vendredi un éventail de mesures pour atteindre ses objectifs climatiques.

Plus gros producteur d’hydrocarbures d’Europe de l’Ouest, la Norvège ambitionne de réduire ses émissions de gaz à effet de serre de 50 à 55 % d’ici à 2030 en coopération avec l'Union européenne, à laquelle elle est étroitement associée sans en être membre. Cette réduction doit être de 90-95 % d'ici à 2050.

Ferries et bus compris

« Les changements climatiques dus aux humains ont des conséquences graves pour eux-mêmes, les animaux et la nature dans le monde entier », a déclaré la Première ministre, Erna Solberg. « La Norvège veut faire sa part pour juguler ces changements climatiques », a-t-elle assuré lors d’une conférence de presse.

Parmi les mesures présentées, le gouvernement propose d’imposer à partir de 2022 le « zéro émission » pour les achats publics de voitures et de camionnettes. Idem pour les appels d’offres portant sur les liaisons de ferries à compter de 2023 et les bus urbains à partir de 2025. Oslo veut aussi promouvoir les biocarburants et plus que tripler sa taxe carbone d’ici à 2030 pour la faire passer d’environ 590 couronnes (57 euros) la tonne aujourd’hui à 2.000 couronnes (195 euros).

Des mesures qui doivent encore être débattues

Un tel relèvement devrait contribuer à encourager le captage et stockage de CO2 (CCS), domaine technologique dans lequel la Norvège a réalisé d’importants investissements, notamment pour la séquestration du carbone dans des couches géologiques sous la mer.

Ces propositions sont susceptibles d’être modifiées puisque le gouvernement, minoritaire, a besoin de l’appui d’autres partis pour les faire adopter au Parlement. « C’est extrêmement positif que le gouvernement veuille augmenter la taxe CO2 et introduire des budgets d’émissions », s’est félicitée la branche norvégienne des Amis de la Terre. « Mais ils évitent les grandes et difficiles questions sur la production de pétrole, la construction d’autoroutes, l’agrandissement d’aéroports et l’efficacité énergétique », a-t-elle ajouté.

Accusé d’hypocrisie

Greenpeace, de son côté, a déploré que les réductions proposées dans les secteurs échappant aux quotas européens de CO2 (transport, déchets, agriculture, construction…) soient limitées à 45 % d’ici 2030.

Alimentée quasi intégralement en électricité propre d’origine hydraulique, la Norvège est pionnière dans le transport « zéro émission », un domaine où elle est première dans le monde. Les voitures électriques y ont représenté plus de la moitié (54,3 %) des nouvelles immatriculations l’an dernier.

Mais ses dirigeants sont aussi accusés d’hypocrisie dans la mesure où ils continuent d’attribuer des licences d’exploration pétrolière, notamment dans les fragiles eaux arctiques de la mer de Barents. En décembre, la Cour suprême du pays a rejeté la demande de Greenpeace et d’une autre ONG de défense de l’environnement, qui réclamaient l’annulation de permis pétroliers dans l’Arctique, jugés anticonstitutionnels par les plaignants et contraires aux engagements pris dans le cadre de l'Accord de Paris​.