Biodiversité : Le One Planet Summit, un premier sommet ce lundi pour bien lancer l’année

DIPLOMATIE 2021 s’annonce crucial pour la biodiversité avec une série de sommets internationaux qui doivent à aboutir à l’élaboration d’un nouveau cadre pour mieux protéger nos écosystèmes. Cela commence ce lundi avec le One Planet Summit, organisé depuis l’Elysée

Fabrice Pouliquen

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Le président Emmanuel Macron prend la parole lors d'une édition précédente du One Planet Summit le 26 septembre 2018.
Le président Emmanuel Macron prend la parole lors d'une édition précédente du One Planet Summit le 26 septembre 2018. — Seth Wenig/AP/SIPA
  • Lancés par Emmanuel Macron en 2017, les One Planet Summits réunissent chefs d’Etats et acteurs de la société civile et privée pour dégager des nouvelles coalitions sur la transition écologique. Une quatrième édition est organisée ce lundi depuis l’Elysée
  • Et cette fois-ci, on parlera de biodiversité. De la grande muraille verte d’Afrique à l’agroécologie, en passant par la protection des écosystèmes marins ou encore les liens entre déforestation, espèces et santé humaine.
  • L’Elysée promet des engagements concrets. Une manière de bien lancer 2021 ? L’année s’annonce cruciale pour biodiversité avec, en fin d’année, le sommet de Kunming, en Chine, qui doit être aussi majeur que la COP21 l’a été sur le climat.

C’est une autre conséquence de la pandémie de Covid-19 : 2020 a été une année quasi blanche en matière de sommets internationaux dédiés à l’environnement. Au grand dam de la biodiversité ? On annonçait l’année cruciale sur le front de la lutte contre l’érosion du vivant, cet autre grand défi environnemental de ce XXIe siècle avec le réchauffement climatique.

Deux sommets, surtout, devaient émailler l’année : le Congrès mondial de la nature de l' UICN (Union internationale pour la conservation de la nature), qui était prévu en juin dernier à Marseille, et  la COP15 biodiversité à Kunming, en Chine, qui devait se tenir cet automne. Celle-ci surtout était attendue. Elle devait accoucher d’un nouveau cadre mondial, post-2020, pour mieux protéger les écosystèmes. Il s’agissait ainsi de trouver une suite aux vingt objectifs d’Aïchi, définis par la communauté internationale pour la période 2010-2020 et dont aucun n’a été pleinement atteint.

Ambition renforcée avec le Covid-19 ?

Maud Lelièvre, présidente du comité français de l’IUCN, invite à relativiser l’impact de ces rendez-vous manqués. « Ces sommets ont tous été reportés à 2021, rappelle-t-elle. Certes, on a décalé d’un an les prises de décisions ce qui n’est pas rien au regard des pressions qui pèsent aujourd’hui sur les écosystèmes naturels. D’un autre côté, la pandémie de Covid-19 [une zoonose] a montré un peu plus encore que la crise de la biodiversité était un enjeu politique majeur. Cette crise sanitaire a eu au moins cet effet révélateur chez beaucoup de personnes. »

Y compris dans la sphère des dirigeants politiques ? Début de réponse ce lundi alors que se tient toute la journée, un nouveau One Planet Summit organisé par la France en concertation avec les Nations Unies et la Banque mondiale. Covid-19 oblige, il se tiendra en ligne pour la majorité des participants, même si une dizaine d’entre eux sont attendus à l’Elysée.

Ces sommets internationaux, voulus par Emmanuel Macron, réunissent des chefs d’Etats, des acteurs de la société civile et privée dans le but de faire émerger de nouvelles coalitions autour d’initiatives concrètes pour faire avancer la transition écologique.

La Grande muraille verte pour commencer la journée

Les trois premières éditions – Paris en 2017, New York en 2018 et Nairobi en 2019 – ont porté sur le changement climatique et les manières de financer la transition énergétique. La quatrième, ce lundi, s’intéressera à la biodiversité. La journée commencera par un forum de l’investissement consacré à « la grande muraille verte pour le Sahara et le Sahel ». Ce projet pharaonique est porté depuis quinze ans par l’Union africaine mais patine aujourd’hui. Il vise à lutter contre les changements climatiques et la désertification sur le continent en restaurant des terres agricoles dégradées le long d’une longue bande de 8.000 kilomètres du Sénégal à Djibouti.

L’après-midi commencera officiellement ce sommet international construit autour de quatre thématiques. « La protection des écosystèmes terrestres et marins, la promotion de l’agroécologie, la mobilisation des financements pour la biodiversité et enfin le lien entre déforestation, espèces et santé humaine, liste l’Elysée en rappelant que ce seront aussi les quatre thématiques clés de la négociation de la COP15 biodiversité, reprogrammée en fin d’année, toujours à Kunming.

Donner le meilleur coup d’envoi à une année 2021 cruciale

C’est là tout l’enjeu de ce quatrième One Planet Summit : donner le meilleur coup d’envoi possible à une année 2021 crucial en matière de diplomatie environnementale.

Parmi les intervenants attendus ce lundi, l’entourage d’Emmanuel Macron annonce Antonio Guterres, secrétaire général de l’ONU, David Malpass, président de la Banque Mondiale, Ursula von der Leyen, présidente de la commission européenne, et plusieurs chefs d’Etats, d’Angela Merkel, la chancelière allemande, à Carlos Alvarado, président du Costa Rica, en passant par Boris Johnson, Premier ministre britannique, ou Justin Trudeau, son homologue canadien.

Mais plus que le casting, ce sont les coalitions attendues qui importent. Six grandes initiatives internationales sont d’ores et déjà annoncées. L’une visera à accélérer la réalisation des objectifs de la Grande muraille verte « avec une enveloppe espérée de 10 milliards d’euros pour la période 2021-2025 », précise une conseillère d’Emmanuel Macron.

Elargir à 50 pays la coalition de la Haute Ambition pour la nature

Ce nouveau One Planet Summit cherchera aussi à élargir la coalition de la Haute Ambiton pour la nature, lancée par le Costa Rica, la France et la Grande-Bretagne. Ses pays membres s’engagent à mettre 30 % de leurs espaces terrestres et maritimes sous protection d’ici 2030, un des objectifs phares qui doit être discuté à Kunming. « Cette coalition compte une vingtaine de membres à ce jour, l’objectif est de passer à 50 ce lundi, ce qui n’est pas impossible », glisse-t-on dans l’entourage du président de la République. Pour lancer la dynamique, Emmanuel Macron confirmera l’engagement de la France à atteindre ce cap des 30 % d’aires protégées, dont 10 % sous protection forte, d’ici 2022.

En parallèle, ce One Planet Summit présentera « la Coalition pour une mer Méditerranée exemplaire en 2030 », fondée sur un plan d’actions autour de la préservation de la pêche durable, la lutte contre la pollution marine, la durabilité du transport maritime. Toute nouvelle, elle ne compte pour l’instant que six membres*. Là encore, il s’agira de la faire monter en puissance.

D’autres alliances sont encore annoncées sur la question des finances allouées aux enjeux de biodiversité. La « coalition pour la convergence des financements autour du climat et de la biodiversité » devrait ainsi voir le jour ce lundi. « Elle vise à s’assurer que 30 % de la finance climat publique soient consacrés à des programmes visant des solutions basées sur la nature », précise-t-on toujours à l’Elysée.

Voilà pour le programme. Il ne faudrait pas, une nouvelle fois, que le Covid-19 joue les trouble-fêtes. Jeudi, l’Elysée restait prudent sur la liste des personnalités présentes, se préparant à d’éventuelles annulations de dernière minute.

*La France, l’Espagne, l’Italie, la Tunisie, Monaco et la Commission européenne.