Economie circulaire : Que faut-il espérer de l’indice de réparabilité des appareils, arrivé en 2021 ?

REPARATION Depuis le 1er janvier, un indice de réparabilité doit figurer sur cinq catégories de produits dont les smartphones, les ordinateurs et les lave-linge. L’idée : orienter les consommateurs vers des produits plus responsables et inviter les fabricants à revoir leurs copies. Mission difficile ?

Fabrice Pouliquen

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Les lave-linge constituent l'un des cinq produits pilotes sur lesquels est expérimenté, depuis le 1er janvier, l'indice de réparabilité.
Les lave-linge constituent l'un des cinq produits pilotes sur lesquels est expérimenté, depuis le 1er janvier, l'indice de réparabilité. — MEIGNEUX/SIPA
  • La disponibilité de la documentation technique, la démontabilité du produit, la disponibilité des pièces détachées et leur prix… C’est sur ces critères que repose l’indice de réparabilité, nouveauté de l’année 2021.
  • Cet indice – une note de 0 à 10 – est pour l’instant expérimenté sur les smartphones, les téléviseurs, les ordinateurs portables, les lave-linge et les tondeuses à gazon. Avec l’espoir qu’il oriente les consommateurs vers des produits plus responsables et change les process des fabricants.
  • Une révolution ? Bien trop tôt pour le dire, répondent tant les ONG que les fabricants concernés, qui parlent d’un outil potentiellement intéressant. Mais avec des limites, à commencer par le fait qu’il n’existe pour l’instant que pour la France.

Il y avait déjà l’étiquette-énergie, ces notes de A +++ à G qui précisent les performances énergétiques des appareils électroménagers, avec l’idée d’orienter le consommateur vers les produits les plus écoresponsables. Depuis le 1er janvier, un nouvel indicateur a débarqué en France, du moins sur cinq catégories de produits choisis pour l’expérimenter : les smartphones, les ordinateurs portables, les téléviseurs, les lave-linge et les tondeuses à gazon.

C’est l’indice de réparabilité, une note de 0 à 10 qui doit figurer sur ces produits et renseigner les consommateurs de la facilité qu’il y a à les réparer. Cette note, calculée par les fabricants eux-mêmes, s’appuie sur cinq critères : la disponibilité de la documentation, la démontabilité, la disponibilité des pièces détachées, leur prix. Et un cinquième critère spécifique à chaque produit (voir encadré).

Encore peu visible dans les rayons

Le pictogramme est encore peu visible dans les rayons. « Les textes ont été publiés le 31 décembre, or les fabricants ont besoin de temps pour calculer leur indice de manière fiable, justifie Caroline Marcouyoux, responsable RSE de l’Alliance française des entreprises du numérique (Afnum). La majorité de nos adhérents devraient avoir calculé leurs indices d’ici à la fin du premier trimestre. » Le site  indicereparabilite.fr, lancé par la société Spareka, acteur de l'autopération, référence au fur et à mesure les produits notés. « Pour l’instant, on a plus de lave-linge que de smartphones ou d’ordinateurs, indique Etienne Curati, qui gère cette base de données. Mais des indices de réparabilité tombent chaque jour et c’est souvent les fabricants eux-mêmes qui nous informent. »

Le signe qu’ils jouent le jeu ? Ce n’était pas gagné, à écouter Alma Dufour, chargée de campagne surproduction aux Amis de la Terre, l’une des associations qui a participé aux deux années de négociation qui ont abouti à cet indice. « Il y a eu des points de crispations, indique-t-elle. Nous avons notamment dû batailler pour que l’indice intègre le prix de la réparation. C’est un point crucial car c’est le premier frein aujourd’hui à la réparation en France : Il ne suffit pas qu’elle soit possible, mais aussi qu’elle soit abordable. » En face, les entreprises craignaient de devoir divulguer des informations sensibles à la concurrence.

Des espoirs sur les lave-linge, des doutes sur les smartphones ?

Au final, tant les ONG que les organisations professionnelles se disent globalement satisfaites de la méthode de calcul. « Les cinq critères fonctionnent et devraient permettre de différencier les produits entre eux », lance ainsi Alexandrine Fadin, responsable développement durable du Gifam, qui regroupe, entre autres, les fabricants de lave-linge. Avec une mise en garde tout de même de Laëtita Vasseur, cofondatrice de l’association HOP (Halte à l’obsolescence programmée) : « Il ne faudrait pas que cet indice devienne un outil de greenwashing, avec des entreprises qui jouent sur des paramètres annexes pour gonfler leur note sans s’attaquer au cœur du sujet : la réparabilité, indique-t-elle. C’est pourquoi nous avons insisté pour que le consommateur puisse demander le détail du calcul établi par les fabricants. » Et à partir de 2022 démarreront les contrôles de la répression des fraudes.

Il reste à savoir comment les consommateurs s’approprieront ce nouvel indicateur. Alma Dufour a de bons espoirs sur les lave-linge. « Les fabricants sont nombreux sur ce marché et on a rarement une marque en tête lorsqu’on s’apprête à en acheter un. » Elle est plus sceptique sur les smartphones, « où l’on se rapproche d’un oligopole, avec une poignée de grands acteurs et des clientèles souvent très fidèles. Il y a ceux qui ne jurent que par Apple, d’autres que par Samsung… » Pas sûr que l’indice de réparabilité joue beaucoup dans le choix du modèle. Un raisonnement que l’on peut étendre aux ordinateurs et téléviseurs ? « Les études marketing tendent à montrer que sur les produits numériques, le consommateur est d’abord attentif à son prix, puis ses fonctionnalités, son design, et enfin des critères comme l’étiquette énergie, qui existe pour les téléviseurs, explique Caroline Marcouyoux. Mais il est encore trop tôt pour se prononcer. Tout dépendra par exemple de la communication que fera le gouvernement autour de ce nouvel indice. Nous étudierons en tout cas avec attention les effets l’indice réparabilité sur les critères de choix des consommateurs. »

Peu de marges sur les process de fabrication ?

L’indice de réparabilité pourrait s’ajouter en bout de liste, poussant alors peu les fabricants à rendre leurs produits plus réparables. La Afnum et Gifam pointent de toute façon une limite à ce nouvel indicateur. « Il n’existe pour l’instant que pour la France alors que les entreprises concernées travaillent à l’international et n’ont bien souvent qu’une seule chaîne de production pour toute l’Europe », reprend la responsable RSE de l’Afnum. « Dès lors, les changements à court terme sont plus à attendre sur les pratiques commerciales, poursuit Caroline Marcouyoux. C’est-à-dire sur les documentations techniques ou la disponibilité des pièces détachées. »

Des améliorations à la marge ? « On peut avoir une superbe notice, mais si l’appareil n’est pas facilement démontable, ça ne servira à rien », résume Laëtitia Vasseur. La cofondatrice de Hop, comme Alma Dufour, invitent tout de même à voir cet indice comme une première mesure d’une série attendue dans les prochaines années, qui visent à favoriser la réparation en France. Comme le fond de réparation dès l’an prochain, et l'indice de durabilité en 2024.

Des freins tenaces sur la réparation ?

Car c’est tout le paradoxe aujourd’hui : 81 % des Français ont une bonne image de la réparation, mais 36 % seulement réparent ou font réparer leurs produits quand ils tombent en panne, pointait une étude de l’Ademe en mars dernier.

L’indice de réparabilité pourrait contribuer à lever quelques freins identifiés, comme le coût perçu des réparations, leur complexité ou encore le manque d’information. Mais il y en a d’autres sur lesquels il n’aura pas de prises. L’Ademe pointe notamment la disparition d’un grand nombre de réparateurs indépendants, notamment dans le secteur de l’électroménager (petit et gros) ou des téléviseurs. Autrement dit, si le nombre de réparations augmente, y aura-t-il suffisamment de main-d’œuvre pour les effectuer ? Et que dire de l'obsolescence culturelle, qui consiste à vouloir posséder le modèle le plus récent même si l’actuel fonctionne encore ? « L’indice de réparabilité ne servira pas à grand-chose si on ne s’attaque pas, en parallèle, à ce problème », insiste Alma Dufour.

Quels sont les cinq critères retenus ?

  • Le premier porte sur la disponibilité de la documentation technique. Les fabricants fournissent-ils une notice riche incluant notamment un schéma de démontage ?
  • Le deuxième porte sur la démontabilité du produit. En clair : les composants sont-ils amovibles ? Le démontage peut-il se faire en un nombre restreint d’étapes ?
  • La disponibilité dans le temps des pièces détachées et leurs délais de livraison. Ce critère prend aussi en compte à qui les constructeurs tiennent à disposition ces pièces détachées. Y compris aux réparateurs et particuliers ?
  • Le prix de la pièce détachée, c’est-à-dire le rapport entre le prix de la pièce détachée la plus chère et le prix du produit originel.
  • Le cinquième critère est spécifique à la catégorie du produit concerné. Pour les lave-linge, par exemple, il prendra en compte la présence ou non d’un compteur d’usage sur les produits, mais aussi l’assistance à distance ou la possibilité de mise à jour logicielle.