Alsace : Vers un confinement des déchets industriels dangereux sur le site de Stocamine ?

ENVIRONNEMENT La Ministre de la Transition écologique Barbara Pompili a annoncé qu’une décision serait prise d’ici à la fin du mois de janvier

T.G. avec AFP

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La ministre Barbara Pompili a visité le site de Stocamine pendant plus de deux heures.
La ministre Barbara Pompili a visité le site de Stocamine pendant plus de deux heures. — SEBASTIEN BOZON / AFP
  • La visite de la Ministre de la Transition écologique Barbara Pompili était attendue sur le site de Stocamine, en Alsace.
  • Elle devait se prononcer sur le devenir de cette ancienne mine de potasse où sont depuis stockées, par 550 mètres de profondeur, 42.000 tonnes de déchets industriels dangereux non radioactifs.
  • Barbara Pompili n’a pas tranché sur le devenir du site mais a promis une réponse d’ici fin janvier. Elle penche plutôt pour le confinement de ces déchets.

Que faire des déchets industriels dangereux enterrés sur le site de Stocamine, ancienne mine de potasse de Wittelsheim, dans le Haut-Rhin ? Une réponse de la ministre de la Transition écologique Barbara Pompili, en visite sur le site mardi, était attendue.

Elle n’a pas tranché. « La décision sera prise d’ici la fin du mois. Je crois que cette affaire n’a que trop duré », a déclaré la représentante de l’Etat, après deux heures de déambulation au fond de la mine. Parmi les différents scénarios envisageables pour les 42.000 tonnes de déchets industriels dangereux non radioactifs stockés par 550 mètres de profondeur, la ministre considère qu’il reste « deux grandes options ouvertes » : les « confiner » ou en « enlever encore une partie » d’ici à 2025.

Avant même de rencontrer les élus locaux et de présider une réunion publique dans la soirée sur le sujet, Barbara Pompili a clairement affiché sa préférence pour la première option. « Quand je sors de cette mine, pour l’instant, je n’ai pas encore vu beaucoup d’arguments qui m’incitent à penser qu’il faudrait déstocker », a-t-elle déclaré, affirmant que ses « préoccupations majeures » étaient « la préservation de la nappe phréatique d’Alsace (…) et la sécurité des gens qui travaillent en-dessous ».

Mercure, chrome, cadmium, arsenic, amiante…

Ouvert en 1999 sur le site d’une mine de potasse pour une durée initialement prévue de trente ans, Stocamine devait recueillir 320.000 tonnes de déchets industriels dangereux non radioactifs (de classe 1 et 0). Mais un incendie souterrain survenu en 2002 a mis un coup d’arrêt à l’activité du site conçu à l’origine pour permettre un stockage réversible.

Depuis, la polémique est incessante sur le devenir des quelque 42.000 tonnes de déchets toujours enfouis, dont certains renferment du mercure, du chrome, du cadmium, de l’arsenic ou de l’amiante.

« Un coup de massue » pour les opposants au site

La ministre de la Transition écologique a été accueillie à son arrivée à Wittelsheim par plusieurs dizaines d’opposants à Stocamine rassemblés derrière des banderoles clamant « Pompili, n’enterre pas le problème » ou « Stocamine, une eau riche en cyanure ». « Nous sommes fermes : la seule solution est de tout sortir », a affirmé Yann Flory, porte-parole du collectif « Déstocamine », estimant que les propos de la ministre en faveur d’un confinement définitif des déchets, avant même la réunion publique, étaient « un coup de massue ».

Le déstockage des déchets est réclamé depuis des années par les associations de défense de l’environnement et les élus locaux, mais l’Etat n’a cessé de tergiverser. En 2012, il avait fait le choix de l’enfouissement définitif, tout en ordonnant le retrait des déchets contenant du mercure, mais depuis un déstockage partiel a aussi été étudié.

« Les plus dangereux pour la nappe, contenant du mercure, ont déjà été enlevés à hauteur de 95 % entre 2015 et 2017. Il reste quelques produits dangereux mais la plupart des sacs contiennent des produits qui ne sont pas solubles, donc pas dangereux pour la nappe phréatique », a estimé la ministre dans un entretien aux Dernières Nouvelles d'Alsace.

Par plus de 500 mètres de profondeur, dans des kilomètres de galeries poussiéreuses, quelques mineurs continuent de sécuriser les lieux et de creuser pour pouvoir éventuellement rendre définitif, au moyen de béton, l’enfouissement des déchets. Certains cavités de stockage de déchets sont déjà obturées tandis que les plafonds d’autres cavités se sont effondrés sur les déchets.

« Les travaux et les expérimentations qui sont menés dans la mine méritent notre attention, parce que ce qui est en train d’être fait est techniquement assez incroyable », a encore souligné Barbara Pompili, elle-même petite-fille de mineur.