Un cycliste passe dans la rue de Rivoli, le 30 juillet 2020.
Un cycliste passe dans la rue de Rivoli, le 30 juillet 2020. — Christophe ARCHAMBAULT / AFP

TRANSPORTS

Le marquage obligatoire des vélos, une mesure efficace contre le vol ?

Fabrice Pouliquen

Depuis le 1er janvier, les vélos neufs doivent porter un numéro d’identification unique, une obligation qui sera étendue aux bicyclettes d’occasion vendues par des professionnels au 1er juillet. La mesure était très attendue par les associations d’usagers

  • Dispositif de la LOM (Loi d’orientation des mobilités), toutes les bicyclettes neuves vendues en magasin doivent désormais porter un numéro d’identification unique auquel seront rattachées les coordonnées du propriétaire.
  • La mesure, vue d’un bon œil par les associations d’usagers comme par l’Union sport et cycle, permettra déjà de restituer à leurs propriétaires une plus grande partie des quelque 100.000 vélos volés retrouvés chaque année en France.
  • Elle vise aussi à couper l’herbe sous le pied des trafiquants en rendant plus compliqué la revente sur le marché de l’occasion. Mais pour que ça marche, il ne faudra pas seulement se contenter de marquer les vélos neufs…

 

Nouvelle baisse de la taxe d’habitation, le Smic augmenté de 0,99 %, l’homéopathie plus pris en charge par l’Assurance maladie, les contrôles à la frontière entre la France et le Royaume-Uni rétablis… Dans la liste de ce qui change en cette année 2021, il faudrait ajouter le marquage des vélos. Toutes les bicyclettes neuves vendues en magasin doivent désormais porter un « identifiant unique » – un code alphanumérique à dix chiffres – auquel seront rattachées les coordonnées du propriétaire.

Jusque-ici, cette pratique était déjà possible, mais laissé au bon vouloir des propriétaires. La loi d’orientation des mobilités (LOM) du 24 décembre 2019 prévoyait de la rendre obligatoire. C’est effectif depuis le 1er janvier, « avec une période de tolérance sur le premier trimestre 2021, le temps que tous les acteurs se mettent en conformité avec la loi, le texte réglementaire étant paru le 28 décembre », précise Patrick Guinard, administrateur de l ’Union sport et cycle, qui fédère des marques et points de vente de vélo, mais aussi président de l’Association de promotion et d’identification des cycles (Apic).

Entre 300.000 et 400.000 vélos volés par an

C’est cette dernière qui aura la charge de tenir à jour le fichier national de ces vélos « marqués ». Étiquette, gravage ou procédé chimique… La technique d’apposition de ce numéro est laissée libre. « Le décret précise simplement qu’il doit être lisible sans difficulté sur un cycle en stationnement et que le procédé d’apposition doit garantir la permanence de celui-ci et son inaltérabilité, hors cas de dégradation volontaire », détaille Patrick Guinard.

De quoi refroidir les voleurs ? Le but affiché est en tout cas de s’attaquer à l’un des freins à la pratique du vélo en France. « Avant, les gens avaient surtout peur de faire du vélo, commence Olivier Schneider, président de laFédération des usagers de la bicyclette (FUB). Maintenant que les collectivités investissent dans des aménagements pour sécuriser les trajets, ce qui dissuade de plus en plus d’acheter un vélo, c’est la crainte de se le faire piquer, tout simplement. » Plus de 318.000 bicyclettes ont été volées en 2018, selon le rapport d’enquête « cadre de vie et sécurité » du ministère de l’Intérieur, « un chiffre qu’on sait en deçà de la réalité, bon nombre de victimes ne portant pas plainte », indique Olivier Schneider.

Restituer les bicyclettes, compliquer la revente de vélos volés

Ce numéro d’identification unique n’empêchera pas des vols, ni ne permettra de suivre à la trace leurs auteurs. L’espoir est qu’il permette de redonner le sourire à des propriétaires de bicyclettes volées et de désengorger les commissariats. « C’est tout le problème aujourd’hui, pointe Olivier Schneider. Sur les 300.000 à 400.000 vélos volés chaque année, 100.000 sont retrouvés, mais une poignée seulement, à peine 7.000, peuvent être restitués à leurs propriétaires car identifiables. » Le reste ? « Ils s’entassent un temps dans les commissariats avant de finir bien souvent à la décharge », glisse Patrick Guinard.

Avoir une chance de retrouver son vélo n’est pas le seul bénéfice attendu. « Avec ce numéro d’identification, l’idée est aussi de couper l’herbe sous le pied des trafiquants en limitant la capacité de revente », anticipe Jean-Sébastien Catier, président de Paris en selle, association de promotion du vélo dans l’agglomération parisienne. Une grande partie de leur butin est aujourd’hui écoulée sur le marché de l’occasion, via des circuits plus ou moins informels. Typiquement sur le site leboncoin.fr. Un marché qui devrait prendre plus d’importance encore dans les mois à venir, alors « que beaucoup de Français cherchent à acquérir des vélos et qu’il y a peu de stocks de bicyclettes neuves dans les boutiques », poursuit Jean-Sébastien Catier. Le numéro d’identification pourra alors servir de repère pour un acheteur soucieux d’éviter le recel. « Il pourra déjà vérifier que le numéro est bien rattaché à la personne qui vend la bicyclette, commence Patrick Guinard. Surtout, le numéro doit être suffisamment difficile à enlever pour que toute tentative laisse des traces et rende la transaction louche. »

« Créer au plus vite un réflexe collectif »

Le marquage des vélos a des limites. Il ne devrait gêner que faiblement les trafics internationaux, dans lesquels les vélos volés en France sont au plus vite expédiés à l’étranger. « Par ailleurs, si on ne marque que les vélos neufs, seule une infime part des 26 millions de vélos du parc français seront identifiés », craint Olivier Schneider. Le décret prévoit que l’obligation d’identification soit étendue aux vélos d’occasion vendus par les professionnels dès le 1er juillet prochain. Ce qui laisse de côté les transactions entre particuliers. « Il faudra créer au plus vite un réflexe collectif, pousse le président de la FUB. C’est-à-dire que les acheteurs exigent systématiquement que le vélo soit marqué, même si le vendeur est un particulier, et que les propriétaires fassent marquer leur vélo de leur propre initiative. »

Le système pourrait alors être un bon complément aux trackers GPS. Ces derniers équipent un nombre croissant de vélos et permettent de le suivre à la trace s’il a été volé. C’est l’un de ces outils qui avait permis, mi-décembre, à un conseiller municipal de Strasbourg de retrouver son vélo électrique volé six mois plus tôt en région parisienne. « Ces trackers sont amenés à se développer », estime Patrick Guinard, qui pointe toute de même leur prix encore important [entre 100 et 400 euros] comme frein actuel. « Par ailleurs, plus les vélos sont équipés et plus les voleurs deviendront habiles pour les déjouer, surtout si une poignée de modèles seulement dominent le marché », ajoute Olivier Schneider.

Ne pas oublier le stationnement sécurisé

Voilà pourquoi l’aménagement de parkings sécurisés, mesure qui agit à la source contre les vols, n’est pas moins nécessaire, insiste-t-on tant à la FUB qu’à Paris en selle. « Il y a notamment un gros déficit dans les gares, pointe le président de la FUB. Il est aussi très compliqué de stationner son vélo dans le bâtiment ancien. Et dans le nouveau, bien que le stationnement sécurisé pour les vélos y soit obligatoire, les règles ne sont pas toujours respectées par les promoteurs immobiliers. Pourtant, c’est de plus en plus un critère déterminant dans le choix d’un appartement. »